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16.04.2005
Déluge sur Amman
Depuis hier matin, le temps s’est assombri. (ça change, c’est pas drôle de se balader tout le temps en pull dans la rue). Il pleut. Il pleut, comme il peut pleuvoir à Paris, et ça n’a rien de dramatique. Sauf qu’à Amman, toute pluie se transforme très rapidement en déluge. Je m’explique : ici, les égouts ils ne connaissent pas. L’eau file donc dans la rue, forme des ruisseaux, des rivières, des fleuves … vous connaissez le schéma. Mais ce qui rend le tout encore plus spectaculaire, c’est de voir l’eau qui finit par dévaler les collines comme les torrents, et s’amasser dans le fond de vallée en formant des piscines. Et est-ce une raison suffisante pour que les voitures ralentissent ? Absolument pas. Tout le monde continue à rouler à fond dans les piscines, à arroser tout ce qui passe à 5 mètres à la ronde ... Bref, les jours de pluie, mieux vaut ne pas être piéton à Amman.
Mais bon, je ne suis pas là pour parler de la pluie et du beau temps.
Le boulot !!!! Maintenant que j’ai vu un peu mieux ce qui se passait dans mon association, je suis apte à vous expliquer ce que je vais faire, etc. Je travaille donc pour la Jordanian Women’s Union, asso reconnue en Jordanie qui effectue un travail remarquable et efficace dans tout ce qui est lutte pour le droit, le respect, l’égalité, la reconnaissance, l’éducation, le statut… des femmes. Elle se concentre essentiellement sur la violence faite sur les femmes, et effectue un travail social, psychologique et légal sur tout ce qui s’y rapporte. Elle met donc en place divers projets apportant de l’aide aux femmes victimes de la violence mais aussi apportant de l’information et des bases de réflexion sur le statut de la femme en Jordanie et toute discrimination s’y rattachant. La directrice est une femme extraordinaire, dotée d’un sacré caractère, intransigeante mais sympathique à la fois. Obtenir l’égalité et l’indépendance des femmes en Jordanie est sa lutte personnelle, et ne perd pas une occasion de glisser ses idées féministes (pas dans le sens péjoratif du terme) à toute personne qu’elle rencontre. Elle me racontait hier, qu’elle avait assisté la veille à une cérémonie d’enterrement, elle se trouvait au milieu de toutes les femmes, et était la seule qui ne s’était pas recouvert les cheveux, alors que mêmes les femmes ne portant pas le voile d’habitude les avaient tout de même cachés. Elle a ainsi démarré son discours sur le port du voile et la pauvre condition féminine, se disant qu’elle ne se trouvait pas sur un terrain facile, mais à sa grande surprise, l’ensemble de femmes ont demandé son retour le lendemain pour approfondir son discours !
L’essentiel des activités de l’Union se concentre donc autour du thème de la violence. Toutes les activités sont regroupées dans un même bâtiment à Amman ce qui m’a permis de rapidement comprendre les engrenages. L’activité de hotline permet de recevoir les appels de détresse puis de rencontrer par la suite les femmes pour leur apporter une aide sociale, psychologique ou juridique. Un shelter et un hôtel permettent d’abriter pour quelque temps les cas en dangers. D’autres activités ont été montées pour éduquer les femmes et leur permettre de devenir économiquement indépendantes. Un salon de coiffure, une cuisine, un café internet permettent ainsi de former ces femmes (venant du shelter ou d’autres femmes montrant une volonté de devenir indépendante) afin qu’elles puissent par la suite trouver un travail et subvenir à leurs besoins. Une guest-house accueille aussi les familles pour que parents et enfants puissent se rencontrer dans un endroit neutre, et dans un environnement plus cordial que la station de police la plus proche. Un petit magasin vendant chips, bonbons, jouets et cigarettes est aussi là pour faire marcher les fonds de l’Union.
D’autres activités et projets sont aussi en cours de réalisation, d’autres guest houses sont en cours d’ouverture dans d’autres villes de Jordanie, le réseau de hotline s’élargit, des cours sur l’égalité des sexes et le féminisme sont donnés. De nouveaux projets sont sur le point de démarrer, tel que le grand projet d’ouverture d’une hotline et d’un système de support pour traiter la violence sur les enfants, et des cours sur les femmes et la globalisation, la démocratie, le sécularisme, les conventions internationales, etc.
C’est ainsi que j’ai été accueillie les bras ouverts pour venir travailler !
Pour l’instant, j’ai monté un team de travail avec une fille qui est coordinatrice sur tout ce qui est activités de la cuisine, salon de coiffure et internet. Je l’aide à faire les rapports narratifs et économiques finaux d’activités, surtout que tout doit être fait en anglais, et l’anglais constitue son point faible.
J’ai donc commencé à mettre un nez dans les affaires, les papiers, à regarder les méthodes de travail… et ce n’est pas triste. Tout est fait sur papier, la compta, la finance … bizarre de voir un rapport financier d’un projet de 20.000 dollars tenir sur une feuille de papier, écrite à la main ! On se demande à quoi servent les ordinateurs, sans doute à faire joli, vu que y’en a un dans chaque bureau, un pour trois personnes ! Et puis l’organisation … inexplicable, mais c’est le bordel. Le plus drôle, c’est qu’on est jamais tranquille pour bosser. Y’a toujours des personnes qui passent, qui viennent, qui s’asseyent, qui discutent, qui rigolent, qui téléphonent.. un peu dur au début de savoir qui est qui, qui travaille ici ou pas, qui il faut écouter ou non, tout le monde se mêle de tout, y met son grain de sel, et au début on est totalement perdu.. enfin ça, pour ceux qui connaissant les pays arabes, c’est du courant. Mais ça reste sympathique comme ambiance, toute occasion, tout prétexte est bon pour boire un café, fumer une clope, ou manger un morceau. Ca c’est encore un truc qui me fait halluciner, les réunions où systématiquement on se voit servir un café, un thé, et une assiette de bouffe. (pratique avec la cuisine à l’étage en dessous !).
Bon donc dans un premier temps, j’aide cette fille à faire ses rapports, mais en même temps je m’occupe avec la directrice de faire une propal pour gagner un budget pour débuter les cours sur la globalisation, la démocratie, etc. Je devrais ensuite être mise sur la clôture du projet d’extension des cours sur la violence et ses origines, pour enfin me consacrer au suivi de projet sur la mise en place du réseau d’aide aux enfants victimes de violence. Et la grande grande nouvelle, c’est quand même que la directrice m’a confirmé que si elle était contente de mon travail, elle serait prête à me faire un contrat !! A suivre …
Enfin, c’est pas tout ça, mais y’a plus drôle que le boulot.
Malgré les loques que sont mes collocs (bon d’accord, eux ne finissent pas de travailler à 15h30), on a quand même réussi à sortir un peu, à aller voir le monde. J’ai vu un peu la tête des expats, qui visiblement finissent par tous devenir dingues à force de tourner en rond en cherchant à travailler sur l’Irak, rencontre du staff de PU, de gens de UNAMI, WFP.. et des 2 Simona qui sont revenues clore leurs programmes mais surtout échapper à la pression médiatique qu’elles subissent en Italie, expats qui ne risquent pas de rester pour encore très longtemps dans le coin, car petit à petit toutes les missions se terminent, aucun travail efficace ne devenant possible en Irak en étant loin du terrain. Visite des endroits hypes de la ville, ce qui se limite essentiellement aux lounges, cafés, restos des grands hôtels, où on retrouve la jeunesse flambante jordanienne.
Demain, première sortie d’Amman, les collocs ont décidés de se faire un vrai weekend ,i.e de ne pas travailler ce vendredi. Le planning est d’aller du côté de la mer morte rendre une visite aux sources d’eau chaude … je vous en donnerai des nouvelles !
Bon j’arrête mon baratin pour aujourd’hui, je vous laisse digérer tout ça, c’était pas franchement intéressant, mais il fallait bien passer par la à un moment ou à un autre !
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