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29.04.2005

Soirées jordaniennes

2 soirées locales comme je les aime :

- Sur la terrasse d’un bar surplombant l’animation de downtown, le quartier populaire d’Amman, accompagnée d’un narguilé et d’un pepsi, je discute de tout et de rien avec un Palestinien vivant en Jordanie. Sans grandes pompes, il me raconte brièvement son passage en prison lors de la première Intifada pour activisme politique. Mansar III, la fameuse et redoutée prison israélienne perdue au milieu du désert du Néguev. C’est sa sortie de prison qui le marque, ébloui par l’éclatement des couleurs du monde, après avoir passé 3 mois à ne voir que le jaune du sable et le bleu des tentes et uniformes.

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- Nuit passée chez mon amie de l’Union avec ses enfants. La discussion de la soirée est centrée sur l’honneur tâchée de la famille un peu plus tôt dans la journée : Dema, 23 ans, fréquente en tout honneur Qussaï, depuis 3 ans. Le mariage est désapprouvé par la famille de celui-ci. Ils décident alors de ne plus se voir. Mais voilà que 3 mois plus tard, cet après midi même, Qussaï a attendu Dema devant chez elle, s’est agenouillé devant elle dans la rue lui exprimant son amour éternel. Horreur de la famille entière à la vue de cette scène, qui va sans doute alimenter la conversation des voisins. Dema est considérée comme fautive, elle a provoqué cette situation et doit maintenant se tenir à carreaux. Elle se révolte : pourquoi est elle tenue responsable du comportement d'un autre ? Mais sa mère et son oncle ne veulent rien entendre.

Hanine (sa cousine) et Dema, sur le toit d’une maison, surplombant Amman.
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26.04.2005

Les Irakiens à Amman

Depuis les 6 derniers mois, selon des chiffres récemment diffusés par le gouvernement, le coût de la vie à Amman a augmenté de 60%.

La principale raison : la venue en masse des Irakiens qui quittent leur pays pour s'installer quelque temps dans une région un peu plus calme. De riches familles déménagent et débarquent avec leurs gros 4x4 aux vitres teintées dans les rues d'Amman. Ils sont facilement reconnaissables, affichant le drapeau irakien sur les pare-brises. Ils se rencontrent au coin des places, et restent les soirées entières dans la rue à discuter, adossés à leurs voitures. Ils sont vus d'un mauvais oeil par les Jordaniens, qui ont peur qu'ils viennent prendre leur travail, mais qui sont quand même bien contents de voir les portefeuilles garnis s'ouvrir aisément. Ce n'est pourtant pas facile pour ces Irakiens de venir s'installer en Jordanie et d'obtenir un permis de résidence, une nouvelle procédure les oblige à ouvrir un compte en banque fourni de 100.000$ pour obtenir la précieuse carte.

L'été ne se profile pas vraiment mieux. Il est prévu que les touristes venant des pays du Golfe passant habituellement leurs vacances dans la région Nord (Syrie et Liban dû au faible coût de la vie) se retournent vers la Jordanie cette année, à cause de la nouvelle instabilité de la région.

Amman invivable à partir de cet été ?

13:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

25.04.2005

Les allemands et la Constitution

Dans le cadre de mon projet, je suis aujourd'hui allée rencontrer des ONGs irakiennes présentes à Amman dans le cadre d'un workshop organisé par une fondation allemande au sujet de la Constitution irakienne. (La Constitution irakienne est le principal sujet des projets implémentés par les ONGs en ce moment -et du mien par la même occasion- puisqu'elle est en cours d'écriture, il est l'heure de faire de l'advocacy à son propos).

Après avoir rencontré les personnes qui m'intéressaient, l'organisateur de l'évênement m'a gentilement proposée d'assister au workshop.
Thème : Formation de l'Etat et du Gouvernement
Principe : 13 ONGs irakiennes participent au workshop. Elles se voient présenter divers sujets par un expert international sur la façon de monter les divers composantes d'un gouvernement (je suis arrivée au moment de l'organisation de la vie judiciaire), puis discutent entre elles des tendances préférables pour l'Irak. Leur travail futur sera de distribuer leurs opinions sur ces sujets à la population irakienne.

Mes réflexions :
- les présentations des sujets sont faites par deux experts internationaux (visiblement allemands). L'un des deux a notamment participé à l'écriture de la Constitution de l'Espagne d'après Franco, de Cuba et de l'Afrique du Sud après l'Apartheid. Grosse pointure. Que fais je donc la ?

- les présentations des experts sont agrémentées d'exemples divers et variés, afin de décrire les différents systèmes existants ici ou là, en allemagne, en espagne, aux etats unis.. le but est donc de fournir des éléments aux personnes présentes pour pouvoir y extraire les possibilités adéquates pour l'Irak. Mais des experts occidentaux, présentant des exemples occidentaux, tirés de la base existante de démocraties, n'est ce pas une approche biaisée ? Ou sont les exemples pris dans les Constitutions des pays arabes ? Ne semblerait il pas naturel que les similarités culturelles impliquent une similarité dans la gestion d'un pays et donc dans la Constitution ? Décidément, même les Allemands imposent une forme de démocratie à l'Irak.

- il va décidément falloir que je me mette à niveau question sciences politiques, j'étais larguée de A à Z.

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24.04.2005

La femme et la voiture

La semaine dernière, nous avons demandé à l'assistante de l'ONG de nous rendre un service et d'aller en voiture à la frontière avec Israël au nord de la Jordanie, pour récupérer quelqu'un.

Ce n'est seulement qu'une semaine plus tard que nous avons appris la "gaffe" que nous avions faite. C'est une autre amie qui nous a raconté le coup de téléphone qu'elle a reçu de notre assistante en pleurs, le matin du voyage, la suppliant de l'accompagner dans son périple. La frontière nord avec Israël n'est pourtant qu'à 1h30 de voiture de Amman. Najwa est une jeune femme venant d'un milieu aisé, travaillant et ne portant pas le voile, il ne nous ait donc pas venu l'idée une seconde que prendre la voiture toute seule pour sortir d'Amman pourrait la gêner.

Explication de notre seconde amie : prendre la voiture pour une femme dans Amman ne pose aucun problème. Elle connait la route, la ville n'est pas mal fréquentée et si besoin est, il est facile d'appeler au secours quelqu'un si un pépin arrive. Mais partir loin (i.e sortir d'Amman), chercher une route qu'elle ne connait pas (même si il y a des panneaux) et surtout, se retrouver toute seule en cas de problème ... si jamais la voiture tombe en panne, une femme seule au bord des grands chemins, c'est inacceptable.

Nous nous sommes donc confondus en excuse à la pauvre Najwa pour notre manque de considération et pour le traquenard dans lequel nous l'avons envoyé.

20:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

18.04.2005

Muezzin d'ete

Le passage a l'horaire d'ete se fete et la mosquee en bas de la maison en a profite pour faire peau neuve.
Nouveau chanteur pour le muezzin et surtout, ils en ont profite pour augmenter le niveau sonore des hauts parleurs. A 4h du matin, il est donc devenu impossible de ne pas se reveiller, dehors, c'est la java !
Vivement le retour de l'hiver.

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16.04.2005

Retour au pays

Après une semaine de break passée en France, me voilà de retour sur Amman.
Prise d'air et prises de bonnes et nouvelles résolutions.
Relance des nouvelles sur lesquelles je ne travaillais plus et ouverture de ce blog par la même occasion sur lequel j'ai inséré mes anciens discours.
Je suis ainsi fin prête à vous faire part de toute anectode et avancée dans mes travaux et rencontres, vous raconter la vie ici comme je la vois.
Trois chantiers de travail principaux : l'arabe, la situation et droits des femmes dans les pays environnants (en vue de mon eventuel projet) et l'histoire du moyen orient.

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Pour se remettre dans l'ambiance, une vue d'Amman.

17:10 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Les plages de sable et de boue

Retour d’Aqaba pour 4 jours de quasi-vacances. Soleil et plage au rendez vous, difficile de résister à l’appel de la mer et du bateau, alors que j’aurais du rester enfermée dans une salle de réunion la journée entière comme les autres. J’ai pourtant eu un sacré mérite à rester quelques heures d’affilée à écouter un langage qui ne m’est pas encore clair, bien que je fasse d’énormes progrès de ce côté. Pendant ces quelques jours partagés avec les femmes de l’Union, j’ai retrouvé tout ce qui me fascine chez les populations des pays arabes, du moins du Moyen Orient ; une aisance dans les relations humaines, un humour de tous les instants, un carpé diem généralisé et un fatalisme face à la vie qui élimine tout stress ou prise de tête ; des éléments rassemblés qui poussent les gens à faire la fête, à partager leur bonheur en chantant, en dansant et en rigolant à chaque minute. J’ai aussi découvert de façon concrète les différences de la vie de ces femmes selon le milieu dont elles sont issues : les jeunes filles voilées qui, de nuit ne peuvent admirer la mer que du haut de leur balcon, jusqu’à ce qu’un homme un peu malin les repère et qu’elles se chassent d’elles-mêmes ; les femmes non voilées qui avalent leur bière enfermées à double tour dans leur chambre, la canette coincée sous le lit ; puis la femme qui m’embarque sur un bateau avec mari, enfants et amis, une boite de maïs dans une main, une bière dans l’autre, chantant à tue-tête des chansons palestiniennes tandis que la barque s’approche doucement de la limite des eaux israéliennes. Le point d’orgue du programme a sans doute été la visite d’un camp d’enfants palestiniens organisé pour les vacances. Dans une école de la ville, ont été rassemblés une centaine d’enfants, dont la moitié venant de Palestine, handicapés des suites de l’Intifada, et l’autre moitié venant des camps palestiniens de Jordanie. Jeux, sketchs et chansons pour nous accueillir, puis rencontre avec tous les responsables où j’ai pu tenir mon discours tout en arabe, comme les autres.

J’ai réussi à m’échapper une après-midi cette semaine pour aller visiter une branche de l’Union dans le camp palestinien de Baqa’. Situé au nord ouest d’Amman, il s’agit du plus grand camp palestinien de Jordanie. Entre 110.000 et 160.000 habitants selon les chiffres donnés par le gouvernement (qui ne prend en compte que les personnes vivant dans les limites du terrain alloué au camp) et l’UNRWA (l’office des réfugiés palestiniens des UN, qui tient compte des gens qui ont déménagés hors des limites du camp et se sont installés à la périphérie, i .e de l’autre côté de la route). Au premier coup d’œil, il ressemble en tout point aux autres camps de réfugiés de Cisjordanie. Petites ruelles étroites, qui s’assombrissent alors que les bâtiments s’élèvent peu à peu, le troisième étage des maisons est en cours de construction pour accueillir la nouvelle génération. Ce qui différencie Baqa’ des autres camps que j’ai connus, c’est l’animation qui règne dans les ruelles, les cris et les rires des enfants qui couvrent le bruit sourd de la route départementale qui longe le camp et qui mène à Jérash, les artères plus larges et commerçantes qui sont impraticables de monde jusqu’à 2h de l’après midi. Ici, les maisons tiennent debout, les enfants ne jettent pas de pierres et les seules affiches présentent sur les murs sont celles d’Abu Ammar. Nadia me raconte sa première visite du camp en 1977. A cette époque, en hiver on y laissait ses chaussures dans un tas de boue rouge écarlate, le camp ayant été construit sur de la terre agricole. Les rues ont été goudronnées, mais depuis une dizaine d’années seulement.


Pour les photos, vous verrez que je ne suis pas la seule à me baigner toute habillée.. une rue de Baqa' et puis un petit son des filles dans le bus alors qu'elles dansaient sur les sièges, les voitures voisines les ayant repérées se sont mises à klaxonner ..

http://data.over-blog.com/lib/7/7/777/files/CIMG1343.WAV

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La fête du mouton

C’est la fin des vacances de l’aïd. Kull 3m wa antum bkheir. La vie a été sensiblement ralentie pendant ces 5 jours, personne ne travaille, beaucoup de magasins et autres sites sont fermés, la ville entière est très calme. Les peaux de moutons ensanglantées se sont amassées sur le bord des trottoirs et pendouillent maintenant aux façades des immeubles, fraîchement lavées. Nous avons profité de ces quelques jours de calme pour faire un grand ménage de printemps dans l’appart pour mieux accueillir notre nouvelle colocataire, une espagnole qui a l’air un peu déboussolée pour ses premiers jours. Nous sommes aussi allés chercher le soleil dans la vallée du Jourdain, près de la Mer Morte, où on a trouvé un beau temps et une chaleur qui nous ont changé de notre grisaille environnante. C’est l’occasion de jouer les touristes pour visiter un des lieux présumés du baptême du Christ. Visite agréable, dans un lieu très sensible, puisqu’il se situe au bord du fleuve du Jourdain, qui marque la frontière de la Jordanie et d’Israël. Le site en lui-même n’a rien d’exceptionnel, mais le panorama qui s’offre à nous est enchanteur, vue sur toute la vallée du Jourdain du côté Palestine, nous sommes juste en face de Jéricho et nous distinguons même le mont de la tentation. Le circuit de visite passe évidemment par le fleuve du Jourdain qui est plutôt décevant, il ne s’agit aujourd’hui plus que d’un petit ruisseau boueux. L’autre côté de la rive du ruisseau fait donc partie du territoire israélien, ce qui ne peut pas passer inaperçu. Alors que le désert nous entoure des kilomètres à la ronde, face à nous, se dresse fièrement le drapeau israélien monté sur une bâtisse close. Israël ne garde t-il donc pas mieux ses frontières ? Etonnant à première vue… un peu moins lorsqu’un peu plus loin, on peut apercevoir sur une colline une tour de garde accompagnée de tout l’armada qui va avec. Je comprends alors que nos moindres faits et gestes sont surveillés.

Une nouvelle femme est arrivée la semaine dernière au shelter de l’Union. C’est une égyptienne de 18 ans, mariée il y a peu en Egypte avec un Jordanien qui l’a ramenée dans son pays. Son mari l’a immédiatement mise dans les mains d’un autre homme, voulant la prostituer. La jeune fille s’est débattue, a été remise dans les bras de son mari qui l’a battue pour son manque de coopération. Elle s’est alors enfuie de la maison. L’ambassade égyptienne l’ayant récupérée a alors pris contact avec l’Union, la jeune femme est ainsi arrivée au shelter. Pendant ce temps, le mari a contacté la police afin de déclarer qu’il avait perdu sa femme, en expliquant qu'elle avait volé des choses chez lui pour être sure qu'elle lui soit ramenée. La police a alors demandé à l’Union de libérer la femme pour qu’elle puisse rentrer chez son mari. Chose non considérable vu la situation, l’Union a pour l’instant déclaré que la jeune femme s’était enfuie du shelter … en attendant de voir à quels moyens elle pouvait avoir recours pour sauver la jeune égyptienne. Suite au prochain épisode...

J’ai commencé mes cours d’arabe au centre culturel français, pratique, c’est à deux pas de la maison ! Cours en petit comité deux fois par semaine, basé sur la conversation. Ca n’avance pas assez vite à mon goût, ca ne m'aide toujours pas à comprendre les trainings, mais c’est toujours ça. Public pas très jeune, je me suis donc précipitée sur le seul américain un peu plus jeune du groupe. J’ai ainsi de nouveaux amis (car derrière chaque américain se cachent à peu près 35 autres américains), mais je me suis fait taper sur les doigts par mes colocataires, les américains sont des gens peu fréquentables dans ce pays !

Retour demain au travail après les vacances pour de nouvelles aventures. Je pars avec d’autres femmes de l’Union à Aqaba (sur la mer rouge) pour préparer des trainings pour 4 jours. Inclus dans le programme, une journée à nous pour profiter de la ville car la plupart des filles n’y sont jamais allé. Il n’y a pourtant pas grand-chose à voir la bas mais Aqaba étant la seule station balnéaire et touristique du pays, toutes les filles sélectionnées ne parlent plus que de ça !

Pour les photos, le Jourdain marquant la frontière, et vue sur la Palestine qui commence à partir des petites collines, au fond on distingue l’oasis de Jéricho.

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Journée aux sources

Vendredi, c’est le weekend, tout le monde a décidé de ne pas travailler, alors hop, il est temps de sortir de la grisaille d’Amman !

On saute dans la voiture et on commence à suivre les panneaux indiquant Madaba : nous nous dirigeons vers cette ville située à 30 km au Sud d’amman où se situent 30km plus loin les fameuses sources d’eau chaude. Pas facile de trouver la bonne route. On se trompe plusieurs fois de chemin, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’en fait les panneaux indiquant la direction se trouvent immédiatement avant l’endroit où il faut tourner, et non pas 50 mètres avant …

Nous ne sommes pas bien en avance, donc nous accélérons le rythme… sauf que le vendredi, les gendarmes sont de sortie. On se fait arrêter par un policier ne parlant pas un mot d’Anglais. Baptiste n’avait pas sa ceinture, et dépassait la vitesse autorisée de 10%... On sort les papiers de la voiture, le permis de conduire, puis le policier nous laisse tranquillement repartir, tout sourire, sous un ‘Welcome to Jordan’ tonitruant !

Après une heure et demi de route, dans un paysage magnifique de collines, de vallées, de hauts plateaux surplombant au loin la Mer Morte, nous arrivons enfin dans la profonde vallée étroite des sources d’eau chaude.

Paiement du droit d’entrée, nous explorons le site où se trouve un grand complexe hôtelier tenu par la chaîne Mercure. Evidemment, nous sommes venus en touristes (maillots 2 pièces et sans serviette) puisque complexe de luxe rime avec occidentaux et service complet. Sauf qu’on nous avait pas prévenu : le complexe est fermé. Pas âme qui vive dans l’hôtel. On appelle, on finit par monter les étages pour enfin trouver quelqu’un. Après de longues négociations, on arrive à se faire prêter des serviettes pour aller se baigner dehors.

Premier point d’arrêt : la cascade d’eau chaude. Un seul hic : que des mecs sont présents dans l’endroit, pas une seule femme en vue ... ! 15 mecs sont entrain de faire trempette sous la cascade dans un bassin. Hors de question d’aller là dedans en maillot de bain, et nous n’avons rien pour nous changer, que faire ? Plonger en t-shirt avec la serviette attachée autour de la taille, ou y aller carrément toute habillée ? Evidemment, pas de question à se poser pour les mecs, Baptiste trempe déjà dans la piscine et s’est fait adopter par la troupe de jordaniens. Finalement, nous plongeons avec Audrey en Jean et t-shirt .. on verra bien plus tard quand il s’agira d’enlever les vêtements ! Baignade agréable dans une eau à 40 degrés. On ressort de là trempées jusqu’aux os (jusqu’ici tout est normal) et nous décidons d’aller voir à quoi ressemblent les bains romains. Pour cela, il faut reprendre la voiture sur 200m… mais comme nous sommes mouillées … Baptiste prend le volant et nous montons, Audrey et moi sur le capot de la voiture. Crises de fou rires à déambuler, les 2 nanas, trempées, sur le capot de la voiture, sous l’œil éberlué mais rigolard des jordaniens qui pique-niquent à droite à gauche. Soulagement à l’arrivée devant les bains romains, ils sont en effet séparés entre mecs et filles, on va pouvoir tranquillement enlever nos affaires trempées.

Retour à Amman, les 2 filles à poil dans la voiture ! Le challenge est de trouver un moyen de sortir de la voiture pour rentrer dans la maison … on s’enroule dans les manteaux, on marche un peu vite pour que personne n’y voit du feu… j’ai qu’une trouille c’est de lâcher le manteau et me retrouver en petite culotte dans la rue !! Surtout que y’a 2 shebabs qui traînent devant notre porte … Fin du weekend.

Sinon, ça y’est nous ne sommes plus que deux à la maison pour une dizaine de jours, Baptiste s’en est allé travailler dans la région kurde autour de Erbil. Et puis tout va aller très vite maintenant, puisque dès que Baptiste reviendra, il sera déjà l’heure de rentrer en France.

Aujourd’hui, je suis allée faire un tour à la station de police du quartier pour faire renouveler mon visa, (au bout de 15 jours, on doit justifier sa présence dans le coin) c’était plutôt efficace car en moins d’1/4 d’heure, après être passée dans 3 bureaux, après avoir reçu 3 welcome to jordan, j’avais mon tampon ! La dessus, on a des leçons à prendre…

Sur ce, je n’ai plus d’inspiration, en plus c’est l’appel à la prière, donc je cours chercher mon tapis !

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Déluge sur Amman

Depuis hier matin, le temps s’est assombri. (ça change, c’est pas drôle de se balader tout le temps en pull dans la rue). Il pleut. Il pleut, comme il peut pleuvoir à Paris, et ça n’a rien de dramatique. Sauf qu’à Amman, toute pluie se transforme très rapidement en déluge. Je m’explique : ici, les égouts ils ne connaissent pas. L’eau file donc dans la rue, forme des ruisseaux, des rivières, des fleuves … vous connaissez le schéma. Mais ce qui rend le tout encore plus spectaculaire, c’est de voir l’eau qui finit par dévaler les collines comme les torrents, et s’amasser dans le fond de vallée en formant des piscines. Et est-ce une raison suffisante pour que les voitures ralentissent ? Absolument pas. Tout le monde continue à rouler à fond dans les piscines, à arroser tout ce qui passe à 5 mètres à la ronde ... Bref, les jours de pluie, mieux vaut ne pas être piéton à Amman.

Mais bon, je ne suis pas là pour parler de la pluie et du beau temps.

Le boulot !!!! Maintenant que j’ai vu un peu mieux ce qui se passait dans mon association, je suis apte à vous expliquer ce que je vais faire, etc. Je travaille donc pour la Jordanian Women’s Union, asso reconnue en Jordanie qui effectue un travail remarquable et efficace dans tout ce qui est lutte pour le droit, le respect, l’égalité, la reconnaissance, l’éducation, le statut… des femmes. Elle se concentre essentiellement sur la violence faite sur les femmes, et effectue un travail social, psychologique et légal sur tout ce qui s’y rapporte. Elle met donc en place divers projets apportant de l’aide aux femmes victimes de la violence mais aussi apportant de l’information et des bases de réflexion sur le statut de la femme en Jordanie et toute discrimination s’y rattachant. La directrice est une femme extraordinaire, dotée d’un sacré caractère, intransigeante mais sympathique à la fois. Obtenir l’égalité et l’indépendance des femmes en Jordanie est sa lutte personnelle, et ne perd pas une occasion de glisser ses idées féministes (pas dans le sens péjoratif du terme) à toute personne qu’elle rencontre. Elle me racontait hier, qu’elle avait assisté la veille à une cérémonie d’enterrement, elle se trouvait au milieu de toutes les femmes, et était la seule qui ne s’était pas recouvert les cheveux, alors que mêmes les femmes ne portant pas le voile d’habitude les avaient tout de même cachés. Elle a ainsi démarré son discours sur le port du voile et la pauvre condition féminine, se disant qu’elle ne se trouvait pas sur un terrain facile, mais à sa grande surprise, l’ensemble de femmes ont demandé son retour le lendemain pour approfondir son discours !

L’essentiel des activités de l’Union se concentre donc autour du thème de la violence. Toutes les activités sont regroupées dans un même bâtiment à Amman ce qui m’a permis de rapidement comprendre les engrenages. L’activité de hotline permet de recevoir les appels de détresse puis de rencontrer par la suite les femmes pour leur apporter une aide sociale, psychologique ou juridique. Un shelter et un hôtel permettent d’abriter pour quelque temps les cas en dangers. D’autres activités ont été montées pour éduquer les femmes et leur permettre de devenir économiquement indépendantes. Un salon de coiffure, une cuisine, un café internet permettent ainsi de former ces femmes (venant du shelter ou d’autres femmes montrant une volonté de devenir indépendante) afin qu’elles puissent par la suite trouver un travail et subvenir à leurs besoins. Une guest-house accueille aussi les familles pour que parents et enfants puissent se rencontrer dans un endroit neutre, et dans un environnement plus cordial que la station de police la plus proche. Un petit magasin vendant chips, bonbons, jouets et cigarettes est aussi là pour faire marcher les fonds de l’Union.

D’autres activités et projets sont aussi en cours de réalisation, d’autres guest houses sont en cours d’ouverture dans d’autres villes de Jordanie, le réseau de hotline s’élargit, des cours sur l’égalité des sexes et le féminisme sont donnés. De nouveaux projets sont sur le point de démarrer, tel que le grand projet d’ouverture d’une hotline et d’un système de support pour traiter la violence sur les enfants, et des cours sur les femmes et la globalisation, la démocratie, le sécularisme, les conventions internationales, etc.

C’est ainsi que j’ai été accueillie les bras ouverts pour venir travailler !

Pour l’instant, j’ai monté un team de travail avec une fille qui est coordinatrice sur tout ce qui est activités de la cuisine, salon de coiffure et internet. Je l’aide à faire les rapports narratifs et économiques finaux d’activités, surtout que tout doit être fait en anglais, et l’anglais constitue son point faible.

J’ai donc commencé à mettre un nez dans les affaires, les papiers, à regarder les méthodes de travail… et ce n’est pas triste. Tout est fait sur papier, la compta, la finance … bizarre de voir un rapport financier d’un projet de 20.000 dollars tenir sur une feuille de papier, écrite à la main ! On se demande à quoi servent les ordinateurs, sans doute à faire joli, vu que y’en a un dans chaque bureau, un pour trois personnes ! Et puis l’organisation … inexplicable, mais c’est le bordel. Le plus drôle, c’est qu’on est jamais tranquille pour bosser. Y’a toujours des personnes qui passent, qui viennent, qui s’asseyent, qui discutent, qui rigolent, qui téléphonent.. un peu dur au début de savoir qui est qui, qui travaille ici ou pas, qui il faut écouter ou non, tout le monde se mêle de tout, y met son grain de sel, et au début on est totalement perdu.. enfin ça, pour ceux qui connaissant les pays arabes, c’est du courant. Mais ça reste sympathique comme ambiance, toute occasion, tout prétexte est bon pour boire un café, fumer une clope, ou manger un morceau. Ca c’est encore un truc qui me fait halluciner, les réunions où systématiquement on se voit servir un café, un thé, et une assiette de bouffe. (pratique avec la cuisine à l’étage en dessous !).

Bon donc dans un premier temps, j’aide cette fille à faire ses rapports, mais en même temps je m’occupe avec la directrice de faire une propal pour gagner un budget pour débuter les cours sur la globalisation, la démocratie, etc. Je devrais ensuite être mise sur la clôture du projet d’extension des cours sur la violence et ses origines, pour enfin me consacrer au suivi de projet sur la mise en place du réseau d’aide aux enfants victimes de violence. Et la grande grande nouvelle, c’est quand même que la directrice m’a confirmé que si elle était contente de mon travail, elle serait prête à me faire un contrat !! A suivre …

Enfin, c’est pas tout ça, mais y’a plus drôle que le boulot.

Malgré les loques que sont mes collocs (bon d’accord, eux ne finissent pas de travailler à 15h30), on a quand même réussi à sortir un peu, à aller voir le monde. J’ai vu un peu la tête des expats, qui visiblement finissent par tous devenir dingues à force de tourner en rond en cherchant à travailler sur l’Irak, rencontre du staff de PU, de gens de UNAMI, WFP.. et des 2 Simona qui sont revenues clore leurs programmes mais surtout échapper à la pression médiatique qu’elles subissent en Italie, expats qui ne risquent pas de rester pour encore très longtemps dans le coin, car petit à petit toutes les missions se terminent, aucun travail efficace ne devenant possible en Irak en étant loin du terrain. Visite des endroits hypes de la ville, ce qui se limite essentiellement aux lounges, cafés, restos des grands hôtels, où on retrouve la jeunesse flambante jordanienne.

Demain, première sortie d’Amman, les collocs ont décidés de se faire un vrai weekend ,i.e de ne pas travailler ce vendredi. Le planning est d’aller du côté de la mer morte rendre une visite aux sources d’eau chaude … je vous en donnerai des nouvelles !

Bon j’arrête mon baratin pour aujourd’hui, je vous laisse digérer tout ça, c’était pas franchement intéressant, mais il fallait bien passer par la à un moment ou à un autre !

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Un jeudi comme les autres

Aujourd’hui, Jeudi, c’est le jour de l’eau à Jebel Weibdeh. Ce n’est même pas la peine de s’en souvenir ou de le noter, il suffit de sortir dans la rue pour voir l’eau qui coule partout, de tous les jardins, de toutes les maisons, et de voir les femmes s’agiter sur les terrasses pour étendre le linge. C’est donc le jeudi que la municipalité recharge les citernes d’eau situées sur le toit dans notre quartier. Ce jour là, l’eau coule à flot dans les citernes, et il faut donc en profiter car il faudra tenir avec les citernes jusqu’à la fin de la semaine. Le jeudi on a donc le droit : de prendre une douche plus longue que d’habitude, de faire les machines de linge, de laver sa voiture sous tous les angles, d’arroser les sols de la maison entière, d’arroser le jardin, et même de laisser couler l’eau dans la rue.
Tout est fait pour économiser l’eau, ce système de citernes, et tous ces robinets et ces douches qui coulent à deux à l’heure. Pour rajouter à la limitation d’eau, dans notre maison, on a un autre problème, nos citernes sur le toit sont mauvaises. Pas question de boire l’eau du robinet. On se fait livrer l’eau à domicile par bidons de 15 litres, c’est pas cher, 2 dinars (2€20 les 2 bidons).

Je ne vous ai pas encore parlé des femmes qui travaillent à l’Union. La majorité de ces femmes viennent déjà d’un milieu aisé, puisqu’elles sont toutes allées (ou vont) à l’université et sont même allées jusqu’au niveau du doctorat pour certaines d’entre elles. Plusieurs ont étudié à l’étranger, en Angleterre, à Cuba ou aux Etats-Unis. Très peu d’entre elles portent le voile et elles ont toutes, sans exception, la cigarette à la main et ca fume, ca fume, ca rigole, et ca gueule contre la mosquée située la porte à côté. Beaucoup d’entre elles sont d’origine palestinienne, et des cartes, des photos de la Palestine sont placardées sur les murs. Hier, il y a eu une grande réunion de toutes les responsables des branches de l’Union des autres grandes villes de Jordanie. Une trentaine de femmes étaient ainsi réunies, et là surprise : les femmes non voilées se comptaient sur les doigts d’une main !

Bon pour finir, une histoire qui fait les choux gras de nos soirées en ce moment et qui ne concerne pas la Jordanie. Audrey s’occupe d’un projet sur Bagdad destiné à un camp palestinien. La semaine dernière, l’armée américaine a débarqué dans des chars dans le camp, a emmené plusieurs hommes et a fouillé les maisons, les locaux, les bureaux et a emporté tout matériel électronique qu’elle trouvait ( des ordinateurs aux appareils photo, en passant par les play-stations de la halte garderie…) sous prétexte de rechercher des informations utiles. Au passage, ils ont mis un peu le bordel, détruits quelques murs, cassé des portes et des vitres, tirés un peu à droite à gauche (aussi dans la garderie). Si vous voulez, on a quelques photos. Le lendemain, l’armée est revenue dans le camp, cette fois pour s’excuser. Ils ont même apporté des moutons (!!!) pour mieux se faire voir de la population. Le surlendemain, un fermier a débarqué au camp pour faire des réclamations, les américains lui ont volé ses moutons !!!! Et la cerise sur le gâteau, c’est que depuis hier, l’armée est encore revenue dans le camp, mais cette fois pour réparer les dégâts. Les voila visiblement en ce moment entrain de refaire les murs, et remettre les vitres … en attendant, Audrey se bat avec les autorités pour qu’on lui rende les ordis, les imprimantes, les appareils photos et le fric de son association qui ont disparu.

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From Amman

Je vous écris en direct live de mon salon, avec vue sur la mosquée qui se trouve juste devant la fenêtre (vous imaginez les nuits entrecoupées ..), et qui me bouche légèrement la vue sur la colline d’en face.

Je suis donc arrivée sans encombres (ou presque) à Amman où je me suis trouvée plongée brutalement dans mon nouveau monde. A peine le pied posé sur le sol jordanien, me voila introduite dans les folles soirées d’expats travaillant à Amman principalement pour le compte de l’Irak . Il va falloir que je me mette au goût du jour si je veux un jour participer au débat de la réelle nécessité du travail des ONGs dans le pays ou du bien fondé de la stratégie des UN, etc… enfin plutôt si un jour je veux pouvoir faire la conversation à un expat car l’irak l’irak l’irak, ils n’ont que ca à la bouche !

Enfin les expats, ya pas que ça à Amman (bien que j’en ai 2 dans mon appart, mon frère et une autre fille, mais bon eux cest pas pareil). A Amman y’a aussi le boulot. Le lendemain de mon arrivée, je suis allée rendre visite à l’Union des Femmes Jordaniennes, l’asso pour laquelle je vais normalement travailler, pour avoir une idée de ce que je vais bien pouvoir faire … ce n’est pas encore très clair, mais j’essaie de pousser le truc pour travailler avec une des femmes qui s’occupe de la finance, compta et coordination de projets .. je pourrais ainsi l’aider à écrire les rapports de suivi de programmes en anglais, faire des traductions de docs de l’arabe à l’anglais (oui oui), etc .. Pour l’instant, j’ai surtout fait connaissance avec les femmes, et visité les différentes activités, ce qui signifie littéralement, s’asseoir dans un bureau, boire un café, boire un thé, fumer une clope, changer de bureau, boire un autre café, manger un coup, fumer 3 clopes, monter au premier étage, refuser à boire, manger un gâteau, etc .. enfin tout de même j’essaie d’en apprendre plus sur le boulot de chacune et les façons de travailler …

Sinon pour le logement, je squatte pour l’instant avec mon frère dans une asso espagnole. En plein centre ville, au sommet de Jabal Weibdeh (Amman est construite sur pleins de petites collines, donc on se repère grâce au nom de celles ci), vue sympa sur les collines avoisinantes, et surtout grand appart (120/130 mètres carrés pour 3). Quartier très calme vu que les grandes artères se situent dans le fond des vallées formées par les collines. Je ne suis pas très loin d’où je travaille (2 collines plus loin), du coup j’en profite en sortant pour rentrer à pied à la maison, en passant par des chemins différents histoire de commencer à me repérer dans la ville. J’avais plus ou moins dans la tête l’idée d’aller plutôt squatter dans l’asso au lieu de rester entre expats, mais j’ai été rapidement découragée par mes deux colocataires me prédisant des pièces mal chauffées, des douches glaciales etc… donc je vais tâter le terrain prudemment pour voir de quoi il en retourne .. du coup aucun projet la dessus pour l’instant.

J’attends maintenant avec impatience de réellement commencer le boulot… car rester assise à discuter pendant 4 heures c’est bien gentil ..

Enfin voilà les news .. à vous de me dire à quoi ressemble la vie à Paris, parce que j’ai déjà oublié ! hehehehehe j’arrive toujours pas à réaliser que c fini pour au moins 1an … 1 an !!

ci joint la vue que jai de mon salon !!

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