31.05.2005
4 jours en Palestine
Passer 4 jours en Palestine, c'est fatiguant. On n'y passe que 3 jours car il faut compter les heures passées à la frontière, mais le temps est facilement rattrapé par les courtes nuits auxquelles les Palestiniens sont habitués.
Le séjour commence mal, 5 heures pour effectuer les 45 kilomètres qui séparent Amman de la Cisjordanie. Moi et mon passeport français qui nous pensions VIP nous énervons rapidement. Rien n'y fait et les Palestiniens s'énervent face à moi: tu oses te plaindre alors que tu attends comme les autres pendant 5h une fois dans ta vie alors que c'est notre quotidien?!
Je ratte donc mon premier rendez vous à Jerusalem.
Je ne reconnais plus la Palestine de 2002, lorsque le passage à chaque check-point nous faisait une contraction de l'estomac. Les soldats israéliens prennent le soleil et se découvrent de leur gilet par balles, les cartes d'identités sont contrôlées selon l'humeur.
Je ne reconnais plus la Palestine de 2002 car le mur de 8 mètres de haut a défiguré le paysage, les collines et les champs verts qui s'étendent ne sont désormais plus visibles sur la route de Ramallah, les taxis filent le long des blocs de parpaings.
Je partage la vie de famille de T. au milieu des 12 enfants. J'observe la hiérarchie familiale, le respect au père et à la mère, mais aussi le pouvoir du grand frère sur les plus jeunes, je garantis l'impossibilité à instaurer un esprit de révolte ! Les plus jeunes sont ravis de pouvoir m'emmener dans la ville, manger des glaces et visiter leur lieu de travail.. et oui, les grandes vacances ont débuté et de 15 à 26 ans, il faut aider à apporter le repas sur la table.
Situation inédite pour moi avant, je me retrouve dans un bar d'une aire de grande route israélienne qui traverse la Cisjordanie. Me voila avec les Palestiniens assise à côté de familles israéliennes et en face d'une troupe de soldats. Chacun s'observe du coin de l'oeil mais personne ne dit mot. L'unique serveur palestinien vient s'asseoir à côté de nous et nous raconte comment le jeudi soir, le lieu est bondé et que après quelques bières, il y a souvent des problèmes entre israéliens et palestiniens. Solidarité palestinienne, il explique que le jeudi soir, c'est facile de donner les boissons en douce aux clients palestiniens.
Retour un peu triste à Amman, la chaleur n'y est plus et l'animation de la famille me manque.
11:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Voyage
24.05.2005
Le respect des valeurs de la femme arabe
Pour se conformer aux besoins et volontés des ONGs participant au projet, je leur ai envoyé à toutes un questionnaire afin de définir les axes prioritaires concernant les femmes et leurs droits sur lesquelles elles voudraient travailler.
Position quasiment unanime des représentantes qui prônent la liberté et l'indépendance de la femme quant à ses droits primaires, ses droit à la participation à la vie politique et sociale et le respect des différentes communautés et confessions.
Il ya pourtant une organisation irakienne qui sort du lot: Présidente de son ONG, R. se bat pour les droits de la femme tout en demandant à ce que les valeurs éthiques et religieuses de la femme arabe soient respectées. Elle demande les droits pour la femme irakienne de vivre en sécurité, le droit de ne pas être arrêtée par les autorités sans raison valable, le droit de ne pas être prise en otage par les autorités pour obliger un membre de sa famille de se rendre à sa place, ... elle demande aussi le droit pour l'homme de trouver un travail afin que la femme puisse rester à la maison pour élever ses enfants et y prendre plaisir.
De ce que j'ai entendu dire, R. est une femme à fort caractère, qui n'a pas hésité à rentrer dans Fallujah lors des moments difficiles pour effectuer son travail. Les workshops promettent d'être animés ..
11:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Voyage
21.05.2005
En skoda dans la vallée du Jourdain
Vendredi, c'est jour de sortie. Depuis une semaine, nous avions planifié notre petite virée à Salt, à l'ouest d'Amman, au bord de la vallée du Jourdain.
Audrey, Khaled, Peter et moi partons donc en skoda sur les routes de la Jordanie.
Salt: Capitale de la Jordanie jusqu'en 1950. L'arrivée massive des Palestiniens réfugiés après 1947, qu'on installe dans les terres plus pauvres à l'est de la vallée du Jourdain, a entraîné un développement phénoménal de la ville d'Amman qui devient le coeur battant du pays et donc la nouvelle capitale.
Salt est une petite ville installée dans le creux et les versants de collines étroites, parsemée de maisons ottomanes. Le guide conseille de s'aventurer sur les versants des collines, de grimper les escaliers à la découverte des recoins de la ville pour y sentir l'ambiance vieillotte et traditionnelle.
Mais aujourd'hui, c'est chose impossible: étant donné le niveau du thermomètre, nous sommes incapables de monter trois marches.
Nous reprenons donc la voiture et partons à la découverte des routes de la vallée du Jourdain. Joli paysage sur des routes en descente, plus nous nous enfoncons vers la plaine du Jourdain, plus la température augmente.
Premier arrêt, un minuscule ruisseau qui nous permet de nous tremper les pieds, extase totale.
Deuxième arrêt, cette fois un plus gros ruisseau qui fait la joie des familles des villages environnants. Barbecue et chaises dans le ruisseau, même les femmes se plongent jusqu'au cou en jelaba dans l'eau boueuse. Les hommes sont visiblement ravis d'une petite distraction liée à notre arrivée, ils ne nous lâchent pas des yeux.
Un mini checkpoint installé sur la route attire notre attention, nous envoyons notre délégué masculin prendre des informations de direction: la route sur laquelle nous sommes mène tout droit au pont du Roi Hussein, la frontière avec la Palestine, elle est fermée un peu plus loin pour raisons de sécurité. Les policiers ne peuvent s'empêcher de s'enquérir des 2 femmes assises dans la voiture, sont elles mariées ? sont elles vos amies ?
On clot notre journée de repos par une séance de cinéma pour aller voir le dernier Star Wars. Même ici on n'échappe pas à nos habitudes occidentales !
15:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Voyage
20.05.2005
Une famille Jordanienne un jeudi soir
Hier soir, j'ai passé la soirée chez mes amis jordaniens, une famille aisée de 9 enfants, dont 6 vivent encore sous le toit des parents. Avec autant de monde dans la maison, il y a de l'ambiance.
La première fille a invité ses copines dans le grand salon de réception de la maison, pour fêter sa sortie de l'hopital, elle vient de se faire refaire le nez. Grande tablée de nourriture: tabouleh, feuilles de vignes, patisseries fourrées à la viande, et gâteaux divers dont le fameux knafeh, tradition palestinienne. Repas 'léger' du soir, préparé et servi par la petite main indonésienne qui vit à la maison.
La seconde fille a invitée ses copines à elle dans sa chambre, pyjama partie, jus d'orange et cacahuètes.
La troisème fille se prépare activement pour sa sortie du lendemain, elle va passer la journée à un picnic et a besoin de se procurer des vêtements de sport, elle prend donc sa voiture à 10h du soir pour aller s'acheter un jogging au magasin du coin.
Deux autres filles gloussent toutes seules devant la télé, avalant thé sur café, fumant clopes sur clopes.
Le fils est installé dehors sur la terasse avec ses copains, à fumer le narguilé.
L'autre fils est assis dans la voiture avec un de ses copains, et passe la soirée à la jordanienne. Ce qui consiste à: acheter des bières et les boire dans la voiture, faire des détours dans le quartier, passer s'acheter un paquet de chips à un endroit, un sandwich aux falafels à un autre, stationner quelques temps devant la maison..
Et moi au milieu, je passe d'une pièce à l'autre, d'une scène à l'autre, et j'essaie d'améliorer mon arabe.
12:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Voyage
19.05.2005
Droits des femmes et conférence
Il est temps que je vous présente le projet sur lequel je travaille actuellement.
Je tente d'organiser une conférence regroupant des ONGs de femmes locales d'Iraq, Jordanie, Liban et Palestine, afin qu'elles puissent se rencontrer, échanger expériences, idées, problèmes, projets. Dans le cadre de l'écriture de la nouvelle Constitution Irakienne, cette conférence servira de support aux ONGs irakiennes pour définir une stratégie d'advocacy pour le maintien des droit des femmes au sein de leur nouvelle Constitution.
Le projet initial était d'organiser une conférence de 4 jours sur Amman entre 20 ONGs, mais les UN sont passés par là, sont arrivés avec leurs fonds et leurs grandes idées de vouloir changer le monde, et le projet s'est légerement transformé. Résultat du nouveau projet : 2 workshops pour 20 ONGs, et une grande conférence VIP pour 50 personnes conviant des membres du gouvernement irakien entre autres.
Pour ajouter à la complication de la tâche, l'agenda est tight : 3 mois pour organiser 3 events.
Surtout que notre projet présente une originalité, ce sont les ONGs qui seront maîtres de leur conférence et qui vont préparer les matières à la discussion, présentations, recherches, interventions, etc. Nous ne sommes là que pour fournir le cadre du projet, les ONGs font le reste. Mais il s'agit donc de les surveiller, de vérifier qu'elles produisent, pas n'importe quoi, et ceci en temps et en heure. Et tout ca par téléphone et par internet, sachant que je ne mettrai pas un pied en Irak, peut être 1 ou 2 au Liban et en Palestine.
Le projet a donc commencé il y a maintenant 2 semaines. J'ai deux jeunes filles qui travaillent avec moi, Dina, 25 ans, irakienne, et Dana, 24 ans, jordanienne. Oui, je me mélange les pieds dans les prénoms.
La première étape de contact avec les ONGs est maintenant terminée, je les ai toutes identifiées, toutes contactées pour leur présenter le projet, j'attends paisiblement qu'elles me remplissent mes questionnaires pour commencer à bosser sur l'agenda de mes events.
Evidemment, c'est le stress total, je ne sais pas comment je vais venir à bout de tout ca, mais heureusement, jai une bonne équipe, et inshallah, tout se passera bien !
16:30 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Voyage
18.05.2005
Waleed et son GMC
Waleed est l'ancien homme à tout faire irakien de Baptiste. Chauffeur, garde du corps, logisticen, nounou...
Depuis que Baptiste a quitté l'Irak, Waleed a trouvé un nouveau travail : chauffeur de GMC entre Bagdad et Amman.
Un GMC est une grosse voiture, une espèce de 4x4 à 2 banquettes arrières, qui peut contenir 7 passagers. C'est le moyen de transport populaire des Irakiens pour se rendre à Amman.
En ce moment, les GMC irakiens courent donc les rues à Amman. Ils sont tellement nombreux que le gouvernement jordanien a décidé de ne plus leur laisser la voie libre pour circuler dans la ville. Un parking leur a été réservé à l'entrée d'Amman, et il leur est interdit de rentrer dans le centre sous peine de grosse amende et de quelques jours de prisons.
C'est donc au parking que nous sommes allés chercher Waleed. Là, quelques 200 GMC identiques sont alignés, les chauffeurs assis et attendant le client pour retourner sur Bagdad. Waleed a l'air bien content de nous voir et de pouvoir s'échapper de sa cage à GMC. Il en profite pour nous faire monter dans son camion, boire un verre de thé préparé à Bagdad le matin même (encore chaud! ) et manger quelques gateaux irakiens.
Il passera la nuit à la maison, nous ne voulons pas le laisser dormir dans sa voiture.
Le lendemain matin, je trouve Waleed debout à la première heure, clope au bec. Le voyant prêt à décamper, je lui propose de se faire un café, un thé, de prendre une douche, de prendre quelque chose à manger. Il refuse catégoriquement toutes mes propositions, et je n'ai malheureusement pas le temps de mettre moi même mes petites mains aux fourneaux. Il rase les murs et repart en direction du parking, surveiller son GMC. Un peu surprise par son comportement, j'en parle à Baptiste le soir qui me rigole au nez :
1- Un Irakien refuse toujours les choses 3 fois par politesse. Il faut lui mettre le café dans la main pour voir si il l'accepte -ce qui signifie qu'il veut bien un café- ou si il le refuse -il était donc sincère, il ne voulait pas de café.
2- Il a probablement été apeuré par ma présence. Il ne me connait pas bien, il est dans ma maison, hors de question qu'il fasse un geste si ce n'est pas moi qui le fait. Soit je lui fais moi même un café, soit je lui en fais pas.
3- Il a probablement été encore plus apeuré par le fait que je lui propose d'aller lui même se faire un café. Horreur ! Rentrer dans la cuisine d'une maison qui n'est pas la sienne pour se faire un café alors qu'une femme est présente et devrait se précipiter pour le faire à sa place !
Il m'a probablement trouvé très impolie... la prochaine fois, j'oublierai mes obligations de travail et je prendrai mon temps pour respecter les traditions d'hospitalité ..
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07.05.2005
Un libanais et un palestinien
Que se racontent un libanais et un palestinien lorsqu'ils se rencontrent ?
Ils se chamaillent à savoir lequel a le mieux combattu les israéliens.
Le libanais se vante d'avoir fait déguerpir les israéliens de son territoire tandis que le palestinien est fier comme tout d'avoir infligé la première défaite d'envergure à ces derniers lors de la bataille d'El-Karameh.
Mohamed, jordanien mais de père et de mère palestiniennes, ne peut pas mettre le pied en territoire israélien. Ses activités politiques au sein du parti communiste jordanien dans sa jeunesse l'ont fait inscrire sur les listes noires des mukhabarat jordaniens qui sont échangées avec Israël. Il n'a pas non plus le droit de travailler au sein du gouvernement ou dans une entreprise de télécommunications, terrain considéré comme sensible !
21:08 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Voyage












