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27.01.2006

les femmes et la non-indépendance

A fréquenter mes deux collègues irakiennes tout au long de la semaine dernière, je me suis rendue compte d'un élément important à prendre en compte dans la lutte pour le droit des femmes: ces femmes qui ne jouissent pas de droits élémentaires depuis leur tendre enfance, n'ont pas la capacité de jouir de ces droits à moins d'un long travail d'éducation et de rééducaton quant à leur confiance et leur indépendance.

Je précise tout d'abord le contexte: Laura et Sandra sont deux Irakiennes catholiques de 27 et 34 ans.

Premier épisode

Alors que je suggérais de partir passer une journée près de la Mer Morte, Sandra assise à côté de sa soeur Laura, me regardait les yeux sortant des orbites: "Toutes les trois? Mais ce n'est pas possible! Il nous faut un homme avec nous! Comment peut on s'y rendre toutes seules? Un taxi? Tu connais le chauffeur? Est il de confiance? Et là-bas, que se passera t-il si nous sommes toutes seules? Non décidément c'est bien trop compliqué."

Je n'ai jamais rien vu de plus facile dans ce pays que d'héler un taxi dans la rue, de lui dire je veux aller à la Mer Morte, emmène moi et hop, l'escapade débute.

Peur de l'aventure, peur d'un évênement innatendu, besoin de la protection d'un homme, des obstacles que ces deux femmes (qui ne sont pas des jeunes adolescentes!) se mettent sur le chemin alors que réaliser un de leur souhait les plus chers (se rendre sur le lieu de bâptème du Christ) est si facilement atteignable.

La seule solution trouvée: supplier le seul homme de la maison de bien vouloir nous accompagner, il aura fallu beaucoup de travail pour le convaincre mais cède devant le désespoir des deux femmes.

Second épisode

Sandra et Laura veulent se rendre chez un coiffeur. Je leur en indique un que je connais. Sandra et Laura voudraient que je les accompagne pour leur montrer l'endroit. Malheureusement, ma semaine est chargée et j'ai vraiment autre chose à faire que d'aller passer 3 heures dans un salon de coiffure avec ces demoiselles.

"Ecoutez, ca va être difficile pour moi de vous accompagner. Je vais vous expliquer à l'aide d'un plan et vous trouverez facilement."

"Non, il faut que tu viennes avec nous, nous ne connaissons pas l'endroit, s'il te plait accompagne nous la bas".

A force de vaine discussion, me voila les accompagnant en taxi. Il a été impossible de faire comprendre à ces deux femmes que grâce à mes explications, elles trouveraient facilement l'endroit et que si jamais je n'avais pas été assez claire, il suffirait de demander son chemin à un passant dans la rue.

La encore, mon espoir de les voir prendre un peu de liberté s'envole en fumée.

Conclusion

Ces femmes n'ont manifesté aucune envie, aucun désir de jouir d'un peu d'indépendance. Alors qu'elles arrivent tout droit de Bagdad où elles ne mettent jamais un pied dehors à part pour se rendre au travail, il m'aurait semblé évident de les voir profiter de cette liberté à Amman.

Mais non, l'idée doit simplement leur paraître saugrenue de vouloir vivre de nouvelles expériences ou au moins, de se laisser vivre.

A quoi bon demander plus de droits pour les femmes si celles ci ne sont pas prêtes à les mettre en pratique?

Il s'agit d'un énorme travail d'éducation, d'apprentissage, non seulement pour les hommes mais pour les femmes pour que celles ci puissent obtenir des rôles similaires au sein de la société mais pour qu'elles soient aussi capables de les assumer.

Comme le démontre tout à fait justement une féministe anglaise, Mary Wolltoncroft dans son livre 'Droits de la femme', comment une jeune femme peut elle conduire correctement son foyer si elle ne fait déjà pas preuve d'intiative et d'indépendance ne serait-ce qu'à la maison?

Commentaires

C'est là qu'on se rend compte de la qualité de sa propre éducation, non?

Ecrit par : Georges | 31.01.2006

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