31.03.2006

Courses à Downtown

Le printemps est définitivement la. Le soleil et la chaleur sont au rendez vous.
Pour fêter ça, je me suis rendue Jeudi matin à Downtown, le centre ville traditionnel d'Amman pour faire quelques courses, en compagnie de mon chauffeur.

Premier arrêt au bureau de transfert pour envoyer quelques dollars à Bagdad. Ils nous connaissent bien, nous sommes reçus dans le bureau du directeur et depuis qu'ils savent que nous sommes une organisation humanitaire, ils ne nous prennent plus de coùts de transfert.

Deuxième arrêt dans un petit restaurant dans une petite rue calme, adjacente à l'animation de Downtown. Tabourets installés sur le trottoir, nous prenons notre petit-déjeuner fait de homous, foul et thé à la mente. Dommage, je n'ai pas mon appareil photo, mais la scène est sympathique!

Troisième arrêt dans une papeterie au coeur de downtown. Nous marchons quelques minutes au soleil au milieu des locaux pressés et touristes. L'envie de continuer à déambuler dans les rues est là, nous hésitons à aller prendre un café au soleil devant le théatre romain, mais la raison l'emporte, c'est l'heure de rentrer au bureau!

27.03.2006

Kurdistan dans le sang

Cela faisait plus de deux mois que c'etait prevu, je devais aller au Kurdistan pour superviser un training.
N'y ayant pas pense plus que ca au lancement du projet, j'avais vaguement essaye de dissuader mon manager de m'envoyer la bas, pointant le fait que ma presence la bas n'etait pas reellement indispensable. De plus, pourquoi aller faire depenser 850$ a notre bailleur pour un billet d'avion qui ne mettrait pas en peril la reussite du projet?

Qu'a cela ne tienne, derriere ce training devant etre organise a Erbil, il y avait tout un planning d'organiser un petit voyage pour tous les membres de l'ONG travaillant a Bagdad. C'etait donc l'occasion revee pour rencontrer mes collegues irakiens que je ne connais qu'a travers le chat.

Alors que le voyage est prevu pour la semaine prochaine, mes premieres crampes a l'estomac se font sentir. C'est donc naturellement que je me tourne vers mon frere pour lui demander conseil, ayant lui meme passe plusieurs mois en Irak. La reponse ne se fait pas attendre: "imprudente! ce n'est pas le meilleur moment d'aller mettre les pieds la bas! Personne n'est irremplacable et ta presence la bas n'est pas obligatoire.  J'ai moi meme fait mes erreurs de jeunesse, ne l'oublie pas, nous n'avons qu'une vie." D'un commun accord, nous decidons que je vais me renseigner plus en details sur la situation actuelle au Kurdistan.

Le Kurdistan est considere comme calme. Calme par rapport au reste de l'Irak evidemment. Les explosions ne sont pas frequentes, il n'y a pas eu de kidnapping d'etrangers. Les frontieres du Kurdistan d'avec le reste de l'Irak sont surveillees. Ainsi, des etrangers sont toujours installes la bas, et se promenent a pied dans les rues des grandes villes kurdes. Pour certain, le Kurdistan c'est comme Amman. Pour d'autres, le Kurdistan reste une province d'Irak et peut etre touche par la violence a tout moment.

Je passe donc quelques coups de fil a des connaissances s'etant rendu de nombreuses fois sur le terrain.

P.: " Pas de problemes au Kurdistan! J'y vais aussi la semaine prochaine et de la je prendrai un avion pour Bagdad pour y passer 2 jours!" Il y a certaines fois ou on sait de suite qu'il y a des gens a qui ont ne peut pas se fier.

K.: " Si tu n'y vas pas pour une tache indispensable, ne prend pas de risques. La guerre civile est au centre de l'Irak, elle peut deborder a tout moment au Nord au Sud, on ne sait pas. Et tu sais que quand il y a des problemes, ils ferment les frontieres a double tour, les aeroports aussi, tu pourrais te trouver coincee la bas."

A.: " Le Kurdistan est secure a.... 70%. N'y vas pas."

Un etranger installe au Kurdistan est plus mitige, il me demande de lui decrire nos regles de securite, le quartier ou nous allons resider, il est pret a me rencontrer quand il viendra dans deux jours a amman pour discuter plus amplement. Mais mon choix ne tient qu'a moi.

Je pese toute la journee le pour, le contre. Je fume un paquet de cigarettes en moins de 12 heures. L'envie de decouvrir l'Irak mais l'inconscience de prendre des risques pour un motif si leger l'emporte. J'annonce donc ma decision, je n'irai pas a Erbil.

Une chose m'etonne toujours, c'est la position de ma collegue. Elle tremblait sous les 3 explosions d'Amman voulant mettre en place des plans d'evacuation du pays d'urgence. Aujourd'hui, elle s'en va la fleur au fusil decouvrir le Kurdistan. A chacun ses angoisses, je suppose.   

25.03.2006

Un apprenti-sorcier

Ma collocataire est malade. Depuis un mois, elle a une mysterieuse maladie qui lui provoque des maux aux jointures, dans les os et dans la tête. Elle a beau manger à longueur de journées des tue-douleurs, rien n'y fait.

Un soir, n'en pouvant plus, elle appelle un médecin. Prises de sang à la maison, résultats banals, on lui préscrit d'autres anti-douleurs, mais ceux là n'y font rien non plus. Elle dort et attend que la douleur se décide elle même à s'en aller un beau jour.

Azzedine nous parle alors d'un respectable vieil homme, possédant une pharmacie dans un quartier sombre d'Amman, qui aurait la réputation de pouvoir soigner les maladies bizarres. Apprenti-sorcier? Magie noire? Ma collocataire assez plante verte, est prête à tout essayer.

Pour rencontrer le vieil homme, il y a des horaires précis. Entre 10h du soir et 8h du matin. Nous nous rendons donc un beau matin, (à 8h) à la fameuse pharmacie, située de l'autre côté de Jebel Al-Qussour (le bout du monde) pour rencontrer notre vieux sorcier. La pharmacie est petite, les médicaments sont empilés de tous côtés, on se fraie un chemin jusqu'au comptoir au fond de la boutique. Le vieux bohnome est là, nous installe deux petits tabourets, et écoute les maux de ma collocataire. Il pose de nombreuses questions, se gratte le menton, étudie les résultats des prises de sang, et dit joyeusement. On va essayer quelques piqures et des cachets, et si ca ne fait rien vous reviendrez me voir!

L'idée de mon sorcier qui pratique une médecine traditionelle ou atypique s'évanouit d'un coup. N'empêche que 2h plus tard, ma collocataire court comme un lapin!

Notre apprenti-sorcier est un papillon de nuit. Il travaille visiblement toute la nuit, prêt à recevoir ses clients an dehors des horaires de travail. Sage homme, il offre ses services bienveillants aux familles pauvres. Après notre passage, la queue dans la pharmacie s'est formée en demande de consultations, mais il est déjà bien tard, 8h30 du matin ont sonné, revenez cette nuit!  

20.03.2006

La punition

Ibtisam, la femme d'Azzedin, mon chauffeur, était enceinte. Lors de notre visite chez eux, elle n'était pas encore sure à 100%, mais tous les signes montraient qu'elle portait un nouvel enfant depuis 3 mois.

Ibtisam et Azzedin ont cinq enfants, turbulents, qui courent partout, dans la maison et dans la rue.

Le plus jeune des garçons s'appelle Ahmed et est un peu excité sur les bords. Nous l'avons ainsi surnommé 'le tigre', il n'en fait qu'à sa tête.

Ahmed, la semaine dernière, a frappé sa mère dans le ventre. Il a visiblement visé l'endroit sensible, Ibtisam a perdu son enfant.

Alors qu'Azzedin me rapporte les faits, il me dit litéralement: "Ahmed a puni sa mère." Eberluée par ses paroles, je le fait répèter 1 fois, 2 fois, 3 fois, mais il utilise exactement les mêmes termes. "Ahmed a puni sa mère".

17.03.2006

Résolution de conflit entre Palestiniens et Irakiens

Les Palestiniens d'Irak sont dans une position délicate.
Quelque peu soutenus par le régime de Saddam Hussein, aujourd'hui ils sont considérés comme ennemis du nouveau gouvernment et la population irakienne est enfin libre de prendre sa revanche.

Il est vrai que certains palestiniens étaient privilégiés par le régime de Saddam, se voyant verser une pension mensuelle dans les premières années de son régime, étant logés dans des bâtiments douteux mais gratuits, ayant des frais de scolarité moins élevés que la population irakienne.

La population irakienne est aujourd'hui libre de se retourner contre ces "alliés" de Saddam. Les conflits entre les réfugiés palestiniens et les irakiens sont fréquents, et les palestiniens sont souvent pris pour cible lors des débordements.

C'est ainsi que mon organisation a lancé un programme de résolution de conflit pour essayer d'alléger les tensions existant entre les deux partis. Large et vaste programme pour former des trainers sur la science de résolution de conflits, organisation de workshops pour établir le dialogue entre les représentants des deux communautés et organisation d'activités sociales pour mêler les deux communautés.

La semaine dernière a donc eu lieu la première session de formation de trainers pour un certain nombre d'individus palestiniens et irakiens. L'implémentation du training est déjà difficile quant à la situation actuelle à Bagdad. Les couvre-feux réguliers et les interdictions de rouler nous obligent à repousser jour après jour les journées de formation.

La formation a débuté avec une certaine dose de tension entre les participants, mettant de suite sur la table les éléments du conflit les opposant. Mais rapidement, nous sommes heureux de voir que les participants utilisent les outils qu'ils ont acquis pour entamer les discussions. Se mettre à la place des autres, comprendre les sources du conflit, réponse constructive et empathie. Les résultats ne se font pas attendre, les participants se retrouvent bientôt à parler les un avec les autres lors des pauses cafés et déjeuners.

La deuxième session de formation aura lieu d'ici un mois, et cette fois, le cadre sera le Kurdistan, pour permettre l'intervention d'un trainer libanais.

  

14.03.2006

Cochon interdit de taxi

Hier matin, je suis partie en tournée de courses avec mon chauffeur. La dernière étape étant le supermarché.

J'ai la bonne idée de lui vanter les mérites d'un supermarché situé à l'autre bout de la ville où la bas je trouve, du fromage français, du pain français, et cerise sur le gateau, du jambon et saucisson!!

Sans une minute de réflexion, il me conduit la bas pour me faire plaisir mais me demande une précision: "Jambon? c'est quoi du jambon?" "Tu sais Azzedin, le produit qui vient du porc!". "Tu manges ca? Tu manges vraiment du cochon?" "Ben heeeu oui".

Azzedin perd son sourire. "Bun, (mon surnom, qui signifie café) je suis désolé mais je ne peux pas prendre du cochon dans mon taxi. Tu sais que le porc est interdit dans ma religion et je ne veux pas en faire rentrer dans ma voiture".

Il me fait promettre trois fois que je n'acheterai pas de porc. Mince. A la sortie du magasin, il me redemande de jurer que je n'ai pas de jambon dans mes sacs.

Il m'explique alors que il ne prend pas d'alcool non plus dans sa voiture. Si un client l'arrête et qu'il a acheté de l'alcool, il refuse la course.

Azzedin est très religieux. "La religion, c'est la chose la plus importante dans ma vie." Il a arrêté d'écouter de la musique et n'écoute plus guère que les chansons du Coran.

"Bun, je suis désolé de t'importuner avec mes histoires de religion! Mais tu sais la religion nous apprend à être généreux avec tout le monde." Sur ces mots, il s'arrête à un feu et m'achète un cageot de fraises! 

11.03.2006

Capitale de lumière

Une chanson de Tina Arena me trotte dans la tête depuis ces derniers temps: Je m'appelle Bagdad.

"J’ai vécu heureuse dans mes palais d’or noir et de pierres précieuses
Le Tigre glissait sur les pavés de cristal
Mille califes se bousculaient sur mes carnets de bal"

Bagdad, une ville dont le nom sonne à mes oreilles toute la journée.

Bagdad, une ville dont la plupart des personnes de mon entourage sont exilées.

Un lieu qui est devenu magique et intouchable.

"On m’appelait la Cité pleine de grâce, Dieu comme le temps passe
On m’appelait capitale de lumière, Dieu que tout se perd"

Bagdad, une ville que je ne connais qu'à travers les récits de mes compagnons.

"Je m’appelle Bagdad, et je suis tombée sous le feu des blindés"

Bagdad, une ville que je ne verrais pas de si tôt.

Un jour peut être, j'irai manger du poisson grillé sur les bords du Tigre, en toute tranquilité.

09.03.2006

A propos de mariage

Il existe chez les sunnites 3 différents types de mariage. Un seul est officiel et est célébré comme il se doit par les familles et entourages, alors que les autres sont des arrangements face à la religion et les traditions locales.

L'Ourfy est un mariage secret. Il s'agit d'un simple papier signé entre le mari et la femme sur lequel ils apposent leur signature. Ce mariage doit sans doute faciliter quelques procédures administratives.

Al-Missyar signifie promenade en Arabe. Tradition ancienne qui permettait à l'homme qui voyage de s'installer dans une cité et de prendre une femme pour épouse. Ce mariage, mi-secret, non célébré par la famille, est reconnu au niveau religieux puisque le mari et la femme se présentent devant un sheikh accompagnés de 2 témoins. Ce mariage permet au couple d'établir une relation sans briser les règles religieuses.

Le mariage officiel est le seul reconnu par les familles du mari et de la femme et est célébré comme il se doit, selon les traditions régionales.

Aujourd'hui en Irak, les hommes usent et abusent du mariage Missyar. Cette entourloupe leur permet ainsi d'épouser en toute tranquilité une femme divorcée ou veuve, de voir leur relation reconnue sous le sceau de la religion, et du fait que ce mariage ne soit pas officiel face à la société, ils peuvent divorcer en toute impunité 1 semaine ou 2 semaines plus tard, et se marier avec une autre !     

07.03.2006

Changement de climat

La différence de température entre Aqaba et Amman est forte, même si le temps reste doux. Ce changement de climat est difficile à supporter, notamment pour Aree qui a les poumons fragiles. Il faut dire qu'avec ses 3 paquets de cigarettes journaliers, il est proie à de fréquentes infections de son appareil respiratoire. Toux et fièvre forte font partie de son quotidien.

Il se retrouve ainsi cloué au lit sous 41° de fièvre, seul dans un hôtel à Amman, alors que ses collègues sont déjà repartis pour Bagdad. Il m'appelle au secours, pour lui apporter soins et médicaments.

La fièvre le terasse et je surveille son délire. Il révèle ainsi ses angoisses les plus profondes, être poursuivi et exécuté par les forces de sécurité.

C'est Waleed qui a failli subir ce sort fatal. Sunnite, il est une cible de choix de la résistance. Il y a 15 jours, alors qu'il n'était pas chez lui, un résistant, habillé en policier irakien, s'est présenté par 2 fois chez lui exigeant à le voir. Il est clair qu'il s'agit d'un résistant qui cherche à l'avoir entre ses mains. Ne demandant pas son reste, W. a quitté sa famille et sa maison pour rejoindre Amman. Rester une minute de plus à Bagdad pourrait lui coûter la vie. Sa situation reste très précaire, il ne possède pas de visa pour pouvoir rester en Jordanie plus d'un mois, et quand pourra t-il rentrer vivre à Bagdad? Dieu seul le sait.

Décidément, nous ne vivons pas dans le même monde.

06.03.2006

Aqaba Break

Alors que la température est un peu retombée à Amman, c'est l'occasion de rêver de se rendre à Aqaba pour passer un weekend au bord de l'eau.

4h de route dans un vieux bus qui nous ammène à bon port, dans un climat idéal de 30°. Après avoir posé les bagages à l'hôtel de luxe du coin, direction le centre ville pour se balader sur la croisette.

Un jeudi après midi, la mer et les bords de plage sont calmes, les ammanites ne sont pas encore arrivés pour le weekend. Un attrape-touristes nous kidnappe au passage pour nous emmener dans son bateau. Son argument qui nous fait craquer: vous pouvez prendre le déjeuner au bord de ma barque! C'est alors qu'il met dans la main un billet de 5 dinars d'un jeune garçon qui traîne dans le coin, l'envoie acheter des portions de makloubeh et du yaourt et le presse de nous rejoindre au bout de l'embarcadère un peu plus loin. Pendant ce temps, nous montons joyeusement dans le bateau et admirons les 3 poissons, les quelques coraux et le fameux vieux tank jordanien noyés au fond de l'eau. Livraison du repas par bateau alors que le jeune garçon s'est fait conduire jusqu'à nous par une autre petite barque.

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Le weekend passe vite alors que les irakiens n'ont qu'une idée en tête: profiter du shopping dédouanné. Nous évitons les plages et la mer qui sont sous traffic intense. Ls nuits sont calmes, berçées par les bruits des discothèques d'Eilat qui arrivent jusqu'à nos oreilles.

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Retour à Amman un peu triste, mais au moins le soleil est à nouveau au rendez vous!

Bonne nouvelle, j'ai un nouvel appareil photo, retour du soleil dans mon blog!

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