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09.01.2007
Refoulement et droits de l'homme
Les conventions internationales des droits de l'homme stipulent expressément qu'un pays ne peut pas délibérement refuser l'entrée sur son territoire d'individus cherchant refuge et étant directement ou indirectement menacés dans leur pays d'origine. C'est le principe de non-refoulement stipulé dans les conventions signées par la plupart des pays, dont la Jordanie.
Depuis quelques mois, nous entendons des rumeurs provenant de la frontière jordano-irakienne où des irakiens seraient interdits d'entrée sur le territoire jordanien sans raison valable fournie. Quelques cas de renvoi ont aussi eu lieu à l'aéroport d'Amman. Il est connu de tous que les irakiens d'origine chiite sont plus difficilement acceptés que ceux d'origine sunnite, afin de réduire le vent d'influence chiite soufflant sur la région, qui sont le plus souvent soumis à des interrogatoires durant des heures et de longues vérifications.
Quoi qu'il en soit, le comportement du gouvernment jordanien est contraire aux conventions des droits de l'homme: les irakiens fuyant la violence de leur pays et les menaces éventuelles qu'ils ont reçues, devraient pouvoir être accueillis en Jordanie et non pas se trouver face à une porte close, obligés de retourner à l'enfer quotidien qu'est devenu le pays, au péril de leur vie.
Début décembre, 2 de mes collègues ont pris l'avion pour se rendre de Bagdad à Amman. Arrivés à l'aéroport, ils sont immédiatement renvoyés en Irak par le prochain avion, avec un tampon appliqué sur leur passeport signant l'interdiction de rentrer sur le territoire. Un fait peut expliquer cet évenement: la visite de Bush sur Amman qui ferait prendre des mesures de sécurité extrêmes au gouvernment jordanien. Comme l'ensemble des passagers venant de Bagdad sont de même refoulés,l'alerte ne parait pas si grave.
Fin décembre, un collègue est lui aussi interdit de rentrer sur le territoire alors que des contacts sont pris avec une organisation proche des UN avec laquelle il vient pour travailler quelques jours. Seuls 2 irakiens ayant des contacts avec les services secrets jordaniens auront la chance d'être accepté dans le pays.
Début Janvier, un autre de mes collègues est lui aussi refoulé à l'aéroport d'Amman. Arrivé avec sa femme prête à accoucher, et muni d'une lettre d'invitation fournie par l'organisation internationale pour laquelle il travaille, il voit le tampon rouge appliqué sur son passeport. Les communications avec des organizations de droits de l'homme n'y font rien. Hassan n'a plus qu'une solution: Faire croire aux autorités que sa femme est sur le point d'accoucher! Elle est aussi tôt accordée un visa et se voit transporter par ambulance au centre de la capitale. Hassan, lui, reste à l'aéroport et attend le prochain avion pour Damas, il est hors de question de retourner sur Bagdad pour l'instant vu les conditions actuelles. Pendant son court séjour à Damas, il prend contact avec le ministère de l'intérieur jordanien afin d'obtenir une invitation officielle des autorités. Il se présente ainsi 1 semaine plus tard au même aéroport d'Amman, le résultat ne change pas: il est refoulé à nouveau et repart pour Damas, tout en se faisant répondre: si le ministère veut vraiment te voir en Jordanie, il faudra qu'il vienne lui même te chercher jusqu'ici en voiture.
Cela ressemble donc à un refoulement systématique des irakiens essayant de rentrer en Jordanie. Les irakiens se trouvant actuellement à Amman pour travailler se posent des questions quant à la nécessité de retourner en Irak si ils ne pourront plus rentrer en Jordanie ensuite. Si cette politique se poursuit, celà risque de poser beaucoup de problèmes quant au travail des organizations humanitaires en Irak, actuellement basées en Jordanie. Après tout, je ne serais moi même pas mécontente de bouger en Syrie, qui pour l'instant laisse porte ouverte aux va et vient des irakiens.
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