30.01.2007
Milices et travail humanitaire
Durant deux jours, j'ai participé à une conférence lancée à l'initiative d'un bailleur internationale, afin d'évaluer l'impact de son programme 2005-2006. Des ONGs locales irakiennes sont donc rassemblées afin de présenter leurs projets et discuter sur les prochaines étapes et challenges qui attendent le travail humanitaire en Irak.
La conférence est donc lancée par une introduction faite par le bailleur qui promouvoie et remercie le travail des ONGs en Irak.
Voila un journaliste, irakien lui aussi, qui intervient après cette courte introduction: Vous parlez du travail des ONGs mais vous ne parlez pas du travail des milices qui délivrent sans cesse des services de diverses sortes aussi bien que de l'aide humanitaire aux populations! Leur travail est exemplaire et est important, vous ne le mentionnez même pas!!!
L'assemblée reste béate, les irakiens eux mêmes sont estomaqués: voici une célébration ouverte des milices extrémistes!
Je suis fascinée par l'attitude de l'auditoir qui reste muet: personne ne dit mot, personne ne lève la voix. Je secoue la manche de mon collègue le fustigeant de réagir. D'un murmure, il me répond: Je pense exactement la même chose que toi. Le seul problème c'est que, en tant qu'irakiens, nous ne pouvons rien dire, qui sait si il est lié à une milice? Si nous disons quoi que ce soit, il va relever notre nom et nous faire éliminer une fois de retour en Irak.
L'assemblée entière est choquée, mais personne ne bronchera.
La conférence commence sur les chapeaux de roues...
19:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.01.2007
Un kidnapping de plus
Un kidnapping qui touche cette fois la famille de Aree. Un de ses cousins qui habite Kirkuk est assez connu car il possède une part dans un magasin très fréquenté du le centre ville.
Les bandits et autres l'ont donc surveillé de près et la semaine dernière ont enlevé son fils qui revenait de l'école. Conduit par un chauffeur privé (courant en ce moment pour les familles qui ont un peu d'argent pour ne pas laisser leurs enfants marcher seuls dans les rues), la voiture a été arrêtée par 4 hommes armés: ils ont embarqué l'enfant de 10 ans et ont laissé partir le chauffeur.
Première demande de rançon fixée à 600.000$. Une semaine plus tard, la somme a baissé à 400.000$ mais la famille ne possède pas les moyens de payer ce montant. Plus inquiétant, bien que le père ait parlé plusieurs fois aux kidnappeurs, il n'a pas entendu la voix de son fils depuis, malgré ses demandes répétées. Est il encore en vie? Ils attendent que la rançon baisse encore un peu pour le savoir.
21:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27.01.2007
Au calme en prison
Le petit frère de Mohamed, 13 ans, a été mis en prison il y a 3 semaines par les américains.
Il se trouvait ce jour particulier à proximité d'une voiture qui a explosé. Les américains ont rafflé tous ceux qui se trouvaient dans le coin et les ont mis en prison pour interrogatoire à suivre. Le garçon a donc été embarqué comme les autres.
Il a été transferé à la prison de Abu Ghraib près de Bagdad, qui est aujourd'hui célèbre. Mohamed a eu des nouvelles de son frère par des co-détenus qui eux ont été libérés depuis. Il va bien, il est en bonne santé.
Il faut savoir que Haditha, une ville à l'ouest de l'Irak, près de la frontière jordanienne. est une ville particulièrement agitée par de nombreuses explosions journalières.
Mohamed a ainsi fait la réflexion suivante: au moins, en étant en prison, mon frère est en sécurité! Je suis sur qu'il ne lui arrivera rien!
17:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.01.2007
Une vie en enfer
Les irakiens que je rencontre me brisent le coeur. La plupart sont à Amman de passage et rentrent vite en Irak pour leur travail, ils retournent à leur destin, à leur enfer.
Je ne cesse de le répeter, la situation en Irak change chaque jour. Chaque heure qui passe, des nouvelles attaques sont perpétrées, de nouvelles escalades dans la violence sont operées. Chaque retour en Irak est donc plus difficile.
Hassan ne cesse de répeter à qui veut l'entendre qu'il est hors de question de rentrer en Irak pour le moment. Depuis le début du mois de Janvier il a quitté Bagdad, et réussi à se maintenir dehors en stationnant en Syrie ou en Jordanie. Je ne sais pas comment il se débrouille pour son travail. Mais quand il s'agit d'une question de vie ou de mort, qui peut bien penser au travail? Son quartier, Haifa street, a fait la une des journaux ces 3 derniers jours, des combats incessants entre l'armée américaine et des insurgés sunnites font rage. Il n'est donc pas question pour lui d'y remettre les pieds pour l'instant.
Malgré les avertissements, Aree est reparti pour l'Irak. Retour par le Kurdistan, il compte descendre à Bagdad pour voir sa famille qu'il n'a pas vu depuis plus de 3 mois. 3 mois qu'il n'a pas mis les pieds dans la capitale pour se tenir à l'écart du danger. Un risque énorme quand on sait qu'une milice a monté la semaine dernière un checkpoint dans la rue principale de son quartier tuant sur le coup tous les sunnites qui passaient par la. Ensuite, il s'agit d'une question de chance, ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment. J'ai pu lire le trouble dans ses yeux alors qu'il repart pour l'Irak, Il n'osera pas me le dire mais je sais qu'il a peur.
Comment peut on laisser vivre 20 millions d'irakiens avec une peur constante qui leur remut l'estomac? alors que le reste du monde est indifférent et que les pays frontaliers ferment leurs frontières face aux afflux de réfugiés irakiens? Les pays de la coalition qui ont créé ce marasme sont tout autant à incriminer alors qu'ils se désinteressent du sort de la population civile. La grande bretagne a accueuilli 27 réfugiés irakiens en 2006 et les Etats Unis pas beaucoup plus qu'une centaine. ESt ce prendre la responsabilité de ses actes?
Je ne cesse de me demander ce que je ferais si une personne proche de moi était tuée en Irak. Je suis de toute façon impuissante à leur destin, mais à plusieurs, on y peut peut etre quelque chose.
11:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.01.2007
Clips musicaux à l'arabe
Les chaînes de télévision musicales sont très nombreuses. Melody Hits, Music plus, Rotana et patati et patata qui jouent en boucle les derniers clips à la mode, Nancy, Alissa, Wael, Fadel, et les autres. Ils chantent, ils se déanchent et les jeunes apprécient.
Un nouveau style musical a pourtant l'air de beaucoup se développer ces derniers temps: les chansons religieuses musulmanes. Mélodies douces et sympathiques, les textes sont à la gloire de Mohammed, de l'Islam, du paradis et du respect de la religion. Diffusées elles aussi sur les chaînes en vogue, ces types de chansons occupent environ 20% de l'antenne.
Peut on imaginer sur M6 musique ou MTV des chansons pop parlant de Jésus, Dieu et l'Esprit Saint?
21:20 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.01.2007
Confessions de Dina - Part II
Comme hier j'ai décidé de prendre ma journée de repos, je l'ai partagée avec Dina. C'est l'occasion d'aller se balader un peu (sous la pluie) et de recevoir d'autres confessions.
Dina est déprimée. A l'heure actuelle, elle n'a aucun futur devant elle. Dina c'est pourtant,une fille intelligente, une fille diplomée, une fille vive, une fille débordante de volonté, une fille remplie de gentillesse et Dina c'est aussi la star de mon projet sur le droits des femmes grâce à laquelle tout a été possible.
Après avoir quitté l'université en 2002, Dina s'engage un peu par hasard en 2003 dans une ONG internationale, MSF. Dina quitte Bagdad en Aout 2004 alors que MSF ferme sa mission. Elle a déménagé sur Amman avec sa mère pour fuir les violences. Les premiers mois passent vite, Elle trouve d'autres positions dans d'autres ONGs internationales où elle est reconnue pour sa forte capacité de travail. C'est à ce moment là que je la rencontre alors qu'elle rejoint l'équipe de mon projet chez MPDL.
Dina a réussi à se faire reconnaitre par le staff international de MSF qui lui donne le titre de staff expatrié. Ainsi, elle a maintenant la possibilité de partir en mission pour MSF à l'international. C'est ainsi qu'en aout 2005, elle par pour le Soudan pendant 9 mois.
Le retour est dur. Retour sur Amman où le travail se raréfie. Et la, le futur sombre de Dina la rejoint. Probleme de visas, elle et sa mère sont en Jordanie sans visas, sans papiers, et la police peut leur tomber dessus à n'importe quel moment pour les renvoyer à Bagdad. Problème d'environnement, elle se retrouve dans un pays qui n'est pas le sien, où elle n'a pas ses amis ni sa famille. Problème de transport, elle ne peut pas bouger de la Jordanie sous peine de ne pas pouvoir y re-rentrer plus tard, impossible de voyager, dur de penser d'aller voir ailleurs... Avec tout ca, comment imaginer son futur? comment imaginer son bohneur dans un contexte agressif? Que faire? Ou aller? Vers quoi se tourner?
Ce cas là n'est plas simplement le cas de Dina, mais c'est le ca de plus de 1,8millions d'irakiens réfugiés dans les pays voisins, qui n'ont pas l'opportunité de construire un avenir.
17:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.01.2007
Weekend au boulot
L'année commence vite du côté boulot. Les agences UN s'affolent, et les autres suivent, mais l'ambiance en Irak étant morose, le train ne suit pas.
J'ai été contactée par une agence UN pour qu'une de mes ONGs conduise un programme de résolution de conflit d'un an et demi. C'est le gros lot pour l'ONG en question, un petit pactole qui lui permettrait de se reposer sur ses lauriers quelques temps. De mon côté, je vois ça un peu comme une décision inconsidérée du côté des UN qui sont un peu tête en l'air de vouloir mettre tous leurs oeufs dans le même panier! J'essaie de partager le programme entre plusieurs ONGs mais l'ONG en question n'est pas folle, elle est prête à tout pour sauvegarder ses intérêts. En attendant, c'est moi qui fais le travail pendant qu'eux ils s'engueulent... la bonne poire...
Conférence à préparer puisque le British Council prépare un rendez vous sur Amman pour la semaine prochaine. Ma deuxième ONG est amenée à faire une présentation de ses activités, ce qui est très intéressant car il y aura la bas beaucoup d'autres ONGs internationales, l'occasion de se faire connaître. (Et oui, tout est question de communication!). Qui prépare la présentation? c'est moi! Dixit le responsable, il n'a pas la tête à ça, occupé à essayer de faire déménager sa famille de Bagdad, vu la hausse de la violence. Mais dans ce cas la, je suis un peu plus compréhensive.
C'était mon coup de gueule de la fin de weekend, samedi soir 20.30, je peux enfin me reposer, avant de reprendre le boulot... demain matin.
19:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.01.2007
Entre Mazout et Gaz
Le chauffage central ici, ca n'existe pas. Chaque appartement possède son propre tank de mazout et se débrouille pour allumer le chauffage quand il le souhaite et pour chauffer son eau. Ca se comprend que le chauffage soit une affaire individuelle car le tout coute très très cher.
Exemple, utilisation pendant 3 semaines du chauffage pendant 4 à 6h par jour pour lutter contre le sale temps: un plein de mazout à 100$ de dépenser. Et qui peut dans ce pays peut se permettre de telles dépenses? Surement pas les familles moyennes et pauvres.
C'est pour cela qu'il existe le chauffage à gaz. Monté sur roulettes avec la bouteille à l'arriere, le chauffage s'emporte partout dans la maison et permet de se chauffer à moindre cout. (6 dollars les 10 jours pour un même temps d'utilisation). On trouve donc ces chauffages un peu partout dans les maisons, les bureaux et les magasins.
Pour la peine, j''utilise donc les deux systèmes de chauffage à la maison: le gaz qui me réchauffe les pieds, et le mazout uniquement pour chauffer l'eau histoire de prendre une douche.
Azzedine, le chauffeur, qui vient d'une famille pauvre, n'a pas les moyens de se payer le luxe du mazout. Alors l'eau chaude en hiver, c'est un rêve. En été, pas de problème, le soleil tape sur les tanks d'eau situés sur le toit de l'immeuble, l'eau chauffe rapidement. Mais en hiver, l'eau reste glaciale. J'ai donc appris que Azzedine ne prend pas de douche en hiver. Il se fait chauffer un peu d'eau dans une casserole et se lave en pièces détachées. Je trouve ca surprenant de voir ça dans la capitale!
17:07 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Le rapport Baker Hamilton
Le fameux rapport qui est à la source du nouveau plean Bush a été largement médiatisé.
Je m'imaginais ce rapport faisant 480 pages, étant illisible pour le commun des mortels, jusqu'à ce que je tombe dessus un peu par hasard. Je l'ai ouvert par curiosité et voila que j'ai trouvé un document de 84 pages qui m'a l'air pas mal fait!
La première partie donne une explication de base sur les causes et les clés de la violence et de la politique en Irak, décrivant les positions et objectifs de chaque groupe.
Pour les novices et intérêssés: http://www.usip.org/isg/iraq_study_group_report/report/12...
Je m'y mets dès ce soir.
15:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.01.2007
Entre médias et réalités
Aree est originaire d'un quartier nord de Bagdad, à l'ouest de Sadr City. C'est un quartier mixte qui était relativement épargné par les violences jusqu'au printemps dernier. Depuis la nette croissance des violences, les attaques et enlêvements viennent fréquemment troubler la vie du quartier. La milice extrémiste chiite n'hésite pas à mener quelques opérations de temps à autre.
Hier, une attaque a eut lieu sur le marché du quartier, essentiellement fréquenté par les chiites. Quelques hommes ont ouvert le feu sur la foule, n'épargnant personne, hommes, femmes et enfants. L'histoire est relatée par les médias qui annoncent l'attaque sur un marché d'un quartier Nord de Bagdad. 10 morts et 70 blessés. La réalité, selon les voisins est tout autre. Il y aurait eu près de 60 morts dans l'attaque.
Une autre chose que les médias n'ont pas relaté, c'est la vengeance du côté chiite: la milice extremiste de Sadr City a débarqué peu après dans la partie sunnite du quartier, à 30 mètres de la maison de Aree, et a fait la même chose: tirer sur les passants. 4 morts sont décomptés.
Pourquoi donc les médias ne révelent pas les chiffres exactes? Est une volonté du gouvernment de ne pas effrayer la population, de ne pas amplifier le mouvement de chaos et de fuite du peuple irakien pour prendre refuge dans les pays voisins?
Si l'on croit les chiffres révelés par les UN qui annoncent un total de 35.000 civils morts pour l'année 2006, ne faudrait il pas les multiplier par 3 pour obtenir des chiffres s'approchant de la réalité?
Heureuse nouvelle: Abdul Hadi, le fils de Hassan, est né il y a 5 jours à Amman. Hassan qui n'a pas eu l'autorisation de rentrer en Jordanie est torturé par l'idée de ne pas être là pour suivre l'évênement, esperons que les autorités jordaniennes le laisseront rentrer pour son troisième essai demain. Il a un contact travaillant à l'aéroport qui pourrait le laisser rentrer moyennant une somme d'argent...
21:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









