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30.01.2007

Milices et travail humanitaire

Durant deux jours, j'ai participé à une conférence lancée à l'initiative d'un bailleur internationale, afin d'évaluer l'impact de son programme 2005-2006. Des ONGs locales irakiennes sont donc rassemblées afin de présenter leurs projets et discuter sur les prochaines étapes et challenges qui attendent le travail humanitaire en Irak.

La conférence est donc lancée par une introduction faite par le bailleur qui promouvoie et remercie le travail des ONGs en Irak.

Voila un journaliste, irakien lui aussi, qui intervient après cette courte introduction: Vous parlez du travail des ONGs mais vous ne parlez pas du travail des milices qui délivrent sans cesse des services de diverses sortes aussi bien que de l'aide humanitaire aux populations! Leur travail est exemplaire et est important, vous ne le mentionnez même pas!!!

L'assemblée reste béate, les irakiens eux mêmes sont estomaqués: voici une célébration ouverte des milices extrémistes!

Je suis fascinée par l'attitude de l'auditoir qui reste muet: personne ne dit mot, personne ne lève la voix. Je secoue la manche de mon collègue le fustigeant de réagir. D'un murmure, il me répond: Je pense exactement la même chose que toi. Le seul problème c'est que, en tant qu'irakiens, nous ne pouvons rien dire, qui sait si il est lié à une milice? Si nous disons quoi que ce soit, il va relever notre nom et nous faire éliminer une fois de retour en Irak.

L'assemblée entière est choquée, mais personne ne bronchera.

La conférence commence sur les chapeaux de roues...  

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28.01.2007

Un kidnapping de plus

Un kidnapping qui touche cette fois la famille de Aree. Un de ses cousins qui habite Kirkuk est assez connu car il possède une part dans un magasin très fréquenté du le centre ville.

Les bandits et autres l'ont donc surveillé de près et la semaine dernière ont enlevé son fils qui revenait de l'école. Conduit par un chauffeur privé (courant en ce moment pour les familles qui ont un peu d'argent pour ne pas laisser leurs enfants marcher seuls dans les rues), la voiture a été arrêtée par 4 hommes armés: ils ont embarqué l'enfant de 10 ans et ont laissé partir le chauffeur.

Première demande de rançon fixée à 600.000$. Une semaine plus tard, la somme a baissé à 400.000$ mais la famille ne possède pas les moyens de payer ce montant. Plus inquiétant, bien que le père ait parlé plusieurs fois aux kidnappeurs, il n'a pas entendu la voix de son fils depuis, malgré ses demandes répétées. Est il encore en vie? Ils attendent que la rançon baisse encore un peu pour le savoir.

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27.01.2007

Au calme en prison

Le petit frère de Mohamed, 13 ans, a été mis en prison il y a 3 semaines par les américains.

Il se trouvait ce jour particulier à proximité d'une voiture qui a explosé. Les américains ont rafflé tous ceux qui se trouvaient dans le coin et les ont mis en prison pour interrogatoire à suivre. Le garçon a donc été embarqué comme les autres.

Il a été transferé à la prison de Abu Ghraib près de Bagdad, qui est aujourd'hui célèbre. Mohamed a eu des nouvelles de son frère par des co-détenus qui eux ont été libérés depuis. Il va bien, il est en bonne santé.

Il faut savoir que Haditha, une ville à l'ouest de l'Irak, près de la frontière jordanienne. est une ville particulièrement agitée par de nombreuses explosions journalières.

Mohamed a ainsi fait la réflexion suivante: au moins, en étant en prison, mon frère est en sécurité! Je suis sur qu'il ne lui arrivera rien!

17:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

26.01.2007

Une vie en enfer

Les irakiens que je rencontre me brisent le coeur. La plupart sont à Amman de passage et rentrent vite en Irak pour leur travail, ils retournent à leur destin, à leur enfer.

Je ne cesse de le répeter, la situation en Irak change chaque jour. Chaque heure qui passe, des nouvelles attaques sont perpétrées, de nouvelles escalades dans la violence sont operées. Chaque retour en Irak est donc plus difficile.

Hassan ne cesse de répeter à qui veut l'entendre qu'il est hors de question de rentrer en Irak pour le moment. Depuis le début du mois de Janvier il a quitté Bagdad, et réussi à se maintenir dehors en stationnant en Syrie ou en Jordanie. Je ne sais pas comment il se débrouille pour son travail. Mais quand il s'agit d'une question de vie ou de mort, qui peut bien penser au travail? Son quartier, Haifa street, a fait la une des journaux ces 3 derniers jours, des combats incessants entre l'armée américaine et des insurgés sunnites font rage. Il n'est donc pas question pour lui d'y remettre les pieds pour l'instant.

Malgré les avertissements, Aree est reparti pour l'Irak. Retour par le Kurdistan, il compte descendre à Bagdad pour voir sa famille qu'il n'a pas vu depuis plus de 3 mois. 3 mois qu'il n'a pas mis les pieds dans la capitale pour se tenir à l'écart du danger. Un risque énorme quand on sait qu'une milice a monté la semaine dernière un checkpoint dans la rue principale de son quartier tuant sur le coup tous les sunnites qui passaient par la. Ensuite, il s'agit d'une question de chance, ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment. J'ai pu lire le trouble dans ses yeux alors qu'il repart pour l'Irak, Il n'osera pas me le dire mais je sais qu'il a peur.

Comment peut on laisser vivre 20 millions d'irakiens avec une peur constante qui leur remut l'estomac? alors que le reste du monde est indifférent et que les pays frontaliers ferment leurs frontières face aux afflux de réfugiés irakiens? Les pays de la coalition qui ont créé ce marasme sont tout autant à incriminer alors qu'ils se désinteressent du sort de la population civile. La grande bretagne a accueuilli 27 réfugiés irakiens en 2006 et les Etats Unis pas beaucoup plus qu'une centaine. ESt ce prendre la responsabilité de ses actes?

Je ne cesse de me demander ce que je ferais si une personne proche de moi était tuée en Irak. Je suis de toute façon impuissante à leur destin, mais à plusieurs, on y peut peut etre quelque chose.

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24.01.2007

Clips musicaux à l'arabe

Les chaînes de télévision musicales sont très nombreuses. Melody Hits, Music plus, Rotana et patati et patata qui jouent en boucle les derniers clips à la mode, Nancy, Alissa, Wael, Fadel, et les autres. Ils chantent, ils se déanchent et les jeunes apprécient.

Un nouveau style musical a pourtant l'air de beaucoup se développer ces derniers temps: les chansons religieuses musulmanes. Mélodies douces et sympathiques, les textes sont à la gloire de Mohammed, de l'Islam, du paradis et du respect de la religion. Diffusées elles aussi sur les chaînes en vogue, ces types de chansons occupent environ 20% de l'antenne.

Peut on imaginer sur M6 musique ou MTV des chansons pop parlant de Jésus, Dieu et l'Esprit Saint?

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22.01.2007

Confessions de Dina - Part II

Comme hier j'ai décidé de prendre ma journée de repos, je l'ai partagée avec Dina. C'est l'occasion d'aller se balader un peu (sous la pluie) et de recevoir d'autres confessions.

Dina est déprimée. A l'heure actuelle, elle n'a aucun futur devant elle. Dina c'est pourtant,une fille intelligente, une fille diplomée, une fille vive, une fille débordante de volonté, une fille remplie de gentillesse et Dina c'est aussi la star de mon projet sur le droits des femmes grâce à laquelle tout a été possible.

Après avoir quitté l'université en 2002, Dina s'engage un peu par hasard en 2003 dans une ONG internationale, MSF. Dina quitte Bagdad en Aout 2004 alors que MSF ferme sa mission. Elle a déménagé sur Amman avec sa mère pour fuir les violences. Les premiers mois passent vite, Elle trouve d'autres positions dans d'autres ONGs internationales où elle est reconnue pour sa forte capacité de travail. C'est à ce moment là que je la rencontre alors qu'elle rejoint l'équipe de mon projet chez MPDL.

Dina a réussi à se faire reconnaitre par le staff international de MSF qui lui donne le titre de staff expatrié. Ainsi, elle a maintenant la possibilité de partir en mission pour MSF à l'international. C'est ainsi qu'en aout 2005, elle par pour le Soudan pendant 9 mois.

Le retour est dur. Retour sur Amman où le travail se raréfie. Et la, le futur sombre de Dina la rejoint. Probleme de visas, elle et sa mère sont en Jordanie sans visas, sans papiers, et la police peut leur tomber dessus à n'importe quel moment pour les renvoyer à Bagdad. Problème d'environnement, elle se retrouve dans un pays qui n'est pas le sien, où elle n'a pas ses amis ni sa famille. Problème de transport, elle ne peut pas bouger de la Jordanie sous peine de ne pas pouvoir y re-rentrer plus tard, impossible de voyager, dur de penser d'aller voir ailleurs...  Avec tout ca, comment imaginer son futur? comment imaginer son bohneur dans un contexte agressif? Que faire? Ou aller? Vers quoi se tourner?

Ce cas là n'est plas simplement le cas de Dina, mais c'est le ca de plus de 1,8millions d'irakiens réfugiés dans les pays voisins, qui n'ont pas l'opportunité de construire un avenir.

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20.01.2007

Weekend au boulot

L'année commence vite du côté boulot. Les agences UN s'affolent, et les autres suivent, mais l'ambiance en Irak étant morose, le train ne suit pas.

J'ai été contactée par une agence UN pour qu'une de mes ONGs conduise un programme de résolution de conflit d'un an et demi. C'est le gros lot pour l'ONG en question, un petit pactole qui lui permettrait de se reposer sur ses lauriers quelques temps. De mon côté, je vois ça un peu comme une décision inconsidérée du côté des UN qui sont un peu tête en l'air de vouloir mettre tous leurs oeufs dans le même panier! J'essaie de partager le programme entre plusieurs ONGs mais l'ONG en question n'est pas folle, elle est prête à tout pour sauvegarder ses intérêts. En attendant, c'est moi qui fais le travail pendant qu'eux ils s'engueulent... la bonne poire...

Conférence à préparer puisque le British Council prépare un rendez vous sur Amman pour la semaine prochaine. Ma deuxième ONG est amenée à faire une présentation de ses activités, ce qui est très intéressant car il y aura la bas beaucoup d'autres ONGs internationales, l'occasion de se faire connaître. (Et oui, tout est question de communication!). Qui prépare la présentation? c'est moi! Dixit le responsable, il n'a pas la tête à ça, occupé à essayer de faire déménager sa famille de Bagdad, vu la hausse de la violence. Mais dans ce cas la, je suis un peu plus compréhensive.

C'était mon coup de gueule de la fin de weekend, samedi soir 20.30, je peux enfin me reposer, avant de reprendre le boulot... demain matin. 

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18.01.2007

Entre Mazout et Gaz

Le chauffage central ici, ca n'existe pas. Chaque appartement possède son propre tank de mazout et se débrouille pour allumer le chauffage quand il le souhaite et pour chauffer son eau. Ca se comprend que le chauffage soit une affaire individuelle car le tout coute très très cher.

Exemple, utilisation pendant 3 semaines du chauffage pendant 4 à 6h par jour pour lutter contre le sale temps: un plein de mazout à 100$ de dépenser. Et qui peut dans ce pays peut se permettre de telles dépenses? Surement pas les familles moyennes et pauvres.

C'est pour cela qu'il existe le chauffage à gaz. Monté sur roulettes avec la bouteille à l'arriere, le chauffage s'emporte partout dans la maison et permet de se chauffer à moindre cout. (6 dollars les 10 jours pour un même temps d'utilisation). On trouve donc ces chauffages un peu partout dans les maisons, les bureaux et les magasins.

Pour la peine, j''utilise donc les deux systèmes de chauffage à la maison: le gaz qui me réchauffe les pieds, et le mazout uniquement pour chauffer l'eau histoire de prendre une douche.

Azzedine, le chauffeur, qui vient d'une famille pauvre, n'a pas les moyens de se payer le luxe du mazout. Alors l'eau chaude en hiver, c'est un rêve. En été, pas de problème, le soleil tape sur les tanks d'eau situés sur le toit de l'immeuble, l'eau chauffe rapidement. Mais en hiver, l'eau reste glaciale. J'ai donc appris que Azzedine ne prend pas de douche en hiver. Il se fait chauffer un peu d'eau dans une casserole et se lave en pièces détachées. Je trouve ca surprenant de voir ça dans la capitale!

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Le rapport Baker Hamilton

Le fameux rapport qui est à la source du nouveau plean Bush a été largement médiatisé.

Je m'imaginais ce rapport faisant 480 pages, étant illisible pour le commun des mortels, jusqu'à ce que je tombe dessus un peu par hasard. Je l'ai ouvert par curiosité et voila que j'ai trouvé un document de 84 pages qui m'a l'air pas mal fait!

La première partie donne une explication de base sur les causes et les clés de la violence et de la politique en Irak, décrivant les positions et objectifs de chaque groupe.

Pour les novices et intérêssés:  http://www.usip.org/isg/iraq_study_group_report/report/12...

Je m'y mets dès ce soir.

15:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

17.01.2007

Entre médias et réalités

Aree est originaire d'un quartier nord de Bagdad, à l'ouest de Sadr City. C'est un quartier mixte qui était relativement épargné par les violences jusqu'au printemps dernier. Depuis la nette croissance des violences, les attaques et enlêvements viennent fréquemment troubler la vie du quartier. La milice extrémiste chiite n'hésite pas à mener quelques opérations de temps à autre.

Hier, une attaque a eut lieu sur le marché du quartier, essentiellement fréquenté par les chiites. Quelques hommes ont ouvert le feu sur la foule, n'épargnant personne, hommes, femmes et enfants. L'histoire est relatée par les médias qui annoncent l'attaque sur un marché d'un quartier Nord de Bagdad. 10 morts et 70 blessés. La réalité, selon les voisins est tout autre. Il y aurait eu près de 60 morts dans l'attaque.

Une autre chose que les médias n'ont pas relaté, c'est la vengeance du côté chiite: la milice extremiste de Sadr City a débarqué peu après dans la partie sunnite du quartier, à 30 mètres de la maison de Aree, et a fait la même chose: tirer sur les passants. 4 morts sont décomptés.

Pourquoi donc les médias ne révelent pas les chiffres exactes? Est une volonté du gouvernment de ne pas effrayer la population, de ne pas amplifier le mouvement de chaos et de fuite du peuple irakien pour prendre refuge dans les pays voisins?

Si l'on croit les chiffres révelés par les UN qui annoncent un total de 35.000 civils morts pour l'année 2006, ne faudrait il pas les multiplier par 3 pour obtenir des chiffres s'approchant de la réalité?

Heureuse nouvelle: Abdul Hadi, le fils de Hassan, est né il y a 5 jours à Amman. Hassan qui n'a pas eu l'autorisation de rentrer en Jordanie est torturé par l'idée de ne pas être là pour suivre l'évênement, esperons que les autorités jordaniennes le laisseront rentrer pour son troisième essai demain. Il a un contact travaillant à l'aéroport qui pourrait le laisser rentrer moyennant une somme d'argent...

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16.01.2007

Les pensées de Dina

Un déjeuner avec Dina à downtown, dans un restaurant traditionnel pour avaler un mansaf, afin de rattraper le temps perdu pendant les vacances.

Evidémment, nous ne manquons pas de partager nos avis sur les dernières actualités de l'Irak. (enfin les siens qui sont plus intéressants puisqu'elle est irakienne).

Attrristée par la mort de Saddam, malgré ce qu'il a fait, elle n'accepte pas le meurtre d'un homme. Et surtout dans les circonstances d'insultes et de moqueries qui ont été criées pendant l'acte. Et surtout en conclusion du premier procès pour le meurtre ordonné de 148 kurdes, sans attendre les autres. En encore moins, le premier jour de l'Eid Sunnite, qui ne commence pas en même temps que l'Eid Chiite qui ne commencait que le lendemain.  "La tête de Saddam a été offerte comme l'agneau égorgé pour les débuts des festivités chiites".

Son attitude au pied de la potence l'a glorifié, en quelques heures, le dictateur est devenu héros à travers le monde arabe.

On a exécuté Saddam et l'actuel gouvernment irakien reste en place alors qu'il conduit des dizaines d'exécutions journalières. Ou se situe la différence? à part que le peuple irakien ne respire plus et vit dans un état d'angoisse constant. Il est facile de comprendre pourquoi les irakiens regrettent Saddam.

Une nouvelle mode à Bagdad: l'envoi de colis qui contiennent des membres humains.

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15.01.2007

Pendons qu'on y est

Après Saddam, c'est au tour de ses deux accolytes d'être pendus. Depuis ce matin, chaque fois que j'entends la nouvelle par la télé et que je vois un article dessus sur internet, j'ai un haut le coeur, ce que je n'avais pas eu pour Saddam. Trop c'est trop. La pendaison de Saddam a tourné à une animation de foire et voila qu'on remet ca.

Tout ca pour soit-disant apaiser le pays, les résultats se font toujours attendre.

J'ai lu que les pendaisons si médiatisées ont donné de bonnes idées à des enfants dans la région. Après avoir vu les images à la télé, ils remettent en scène la mort du dictateur, en ne s'y loupant pas toujours.

Pitié, épargnez nous plus de médiatisation de ces actes qui restent sauvages. 

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14.01.2007

Un plan Bush

Alors que je critiquais le manque de plans du gouvernment américain un peu plus bas, voici que Bush a annoncé son nouveau plan. Attention, cest un plan mais sans plan B!

Renforcer les troupes pour sécuriser Bagdad: oui ca peut marcher, mais à quel prix! Quelques millions de dollars en plus pour quelques milliers de soldats dans la capitale. Mais à quel prix pour les Irakiens de la capitale? cela va t-il signifier un peu plus de checkpoints, un peu plus d'opérations, un peu moins de liberté de circulation dans Bagdad, notre travail va sans doute en souffrir les frais.

Les autres points? Je ne m'en souviens plus si il y en a d'autres. En revanche, quelques solutions intéressantes ont été présentées récemment par le gouverment irakien: l'envoi de troupes de pershmergas (kurdes) dans Bagdad. Selon les Kurdes, quelques bras musclés dans la capitale pourraient sans doute faire du bien, surtout que les Kurdes ont un air plutot neutre dans l'histoire.

En tout cas, la pagaille reigne toujours à Bagdad. Aux dires de Hassan qui ne veut pas retourner chez lui, il essaie de décourager toute personne qui pourrait avoir l'idée de s'y rendre. Ce la n'a pas l'air d'effrayer Hillary Clinton qui a fait un passage remarqué et ca a l'air d'amuser le Prince Harry (d'Angleterre) qui pourrait y être envoyé avec son bataillon.

En attendant , le soleil est revenue sur Amman, le début de l'année commence sur les chapeaux de roues avec beaucoup d'agences concernées par les programmes de résolution de conflit et d'initiatives de paix. Pour la peine, j'ai planté un olivier sur ma terrasse.

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09.01.2007

Refoulement et droits de l'homme

Les conventions internationales des droits de l'homme stipulent expressément qu'un pays ne peut pas délibérement refuser l'entrée sur son territoire d'individus cherchant refuge et étant directement ou indirectement menacés dans leur pays d'origine. C'est le principe de non-refoulement stipulé dans les conventions signées par la plupart des pays, dont la Jordanie.

Depuis quelques mois, nous entendons des rumeurs provenant de la frontière jordano-irakienne où des irakiens seraient interdits d'entrée sur le territoire jordanien sans raison valable fournie. Quelques cas de renvoi ont aussi eu lieu à l'aéroport d'Amman. Il est connu de tous que les irakiens d'origine chiite sont plus difficilement acceptés que ceux d'origine sunnite, afin de réduire le vent d'influence chiite soufflant sur la région, qui sont le plus souvent soumis à des interrogatoires durant des heures et de longues vérifications.

Quoi qu'il en soit, le comportement du gouvernment jordanien est contraire aux conventions des droits de l'homme: les irakiens fuyant la violence de leur pays et les menaces éventuelles qu'ils ont reçues, devraient pouvoir être accueillis en Jordanie et non pas se trouver face à une porte close, obligés de retourner à l'enfer quotidien qu'est devenu le pays, au péril de leur vie.

Début décembre, 2 de mes collègues ont pris l'avion pour se rendre de Bagdad à Amman. Arrivés à l'aéroport, ils sont immédiatement renvoyés en Irak par le prochain avion, avec un tampon appliqué sur leur passeport signant l'interdiction de rentrer sur le territoire. Un fait peut expliquer cet évenement: la visite de Bush sur Amman qui ferait prendre des mesures de sécurité extrêmes au gouvernment jordanien. Comme l'ensemble des passagers venant de Bagdad sont de même refoulés,l'alerte ne parait pas si grave.

Fin décembre, un collègue est lui aussi interdit de rentrer sur le territoire alors que des contacts sont pris avec une organisation proche des UN avec laquelle il vient pour travailler quelques jours. Seuls 2 irakiens ayant des contacts avec les services secrets jordaniens auront la chance d'être accepté dans le pays.

Début Janvier, un autre de mes collègues est lui aussi refoulé à l'aéroport d'Amman. Arrivé avec sa femme prête à accoucher, et muni d'une lettre d'invitation fournie par l'organisation internationale pour laquelle il travaille, il voit le tampon rouge appliqué sur son passeport. Les communications avec des organizations de droits de l'homme n'y font rien. Hassan n'a plus qu'une solution: Faire croire aux autorités que sa femme est sur le point d'accoucher! Elle est aussi tôt accordée un visa et se voit transporter par ambulance au centre de la capitale. Hassan, lui, reste à l'aéroport et attend le prochain avion pour Damas, il est hors de question de retourner sur Bagdad pour l'instant vu les conditions actuelles. Pendant son court séjour à Damas, il prend contact avec le ministère de l'intérieur jordanien afin d'obtenir une invitation officielle des autorités. Il se présente ainsi 1 semaine plus tard au même aéroport d'Amman, le résultat ne change pas: il est refoulé à nouveau et repart pour Damas, tout en se faisant répondre: si le ministère veut vraiment te voir en Jordanie, il faudra qu'il vienne lui même te chercher jusqu'ici en voiture.

Cela ressemble donc à un refoulement systématique des irakiens essayant de rentrer en Jordanie. Les irakiens se trouvant actuellement à Amman pour travailler se posent des questions quant à la nécessité de retourner en Irak si ils ne pourront plus rentrer en Jordanie ensuite. Si cette politique se poursuit, celà risque de poser beaucoup de problèmes quant au travail des organizations humanitaires en Irak, actuellement basées en Jordanie. Après tout, je ne serais moi même pas mécontente de bouger en Syrie, qui pour l'instant laisse porte ouverte aux va et vient des irakiens. 

  

 

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08.01.2007

Mis en cage

Hier j'ai accompagne un ami à la station de police locale pour valider l'extension de son visa. Simple formalité administrative, nous nous présentons au bureau central. Il se rend dans le bureau des étrangers et je l'attend dans l'entrée du petit bâtiment.

Evidemment, je regarde ce qu'il se passe autour de moi et jette un coup d'oeil sur ce qu'il se passe à l'intérieur des bureaux dont les portes ouvertes donnent sur l'entrée. A ma stupeur, je vois dans un des bureaux, placée à côté de la porte d'entrée, une cage prison habitée par un homme. Il est debout, les mains croisées autour des barreaux et patiente (que peut il faire d'autre!). Que fait donc un homme emprisonné ici, surtout aux yeux et à la vue des passants qui rentrent dans le bâtiment! Je crois son regard et un mal à l'aise m'habite. Pourquoi donc le mettre ici devant la porte, au lieu au moins de le monter dans les étages! Je m'aperçois que c'est en fait la première fois que je vois un homme derrière les barreaux.

Je demande à mon collègue ce qu'il peut bien faire ici: réponse nonchalente, bah ca doit être un irakien qui a dépassé la limite de son visa et ils viennent de le ramasser dans la rue! (C'est un autre sujet que j'aborderai une prochaine fois). Alors que je m'indigne de le mettre dans une situation ainsi humiliante, je me dis que cela fait certainement partie de la procédure courante pour essayer de marginaliser les fauteurs!   

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06.01.2007

Un Saddam de perdu....

Pour bien commencer l'année 2007, il fallait se débarasser de Saddam. Ceci explique en majeur partie pourquoi l'execution a été mise en route le premier jour de l'Eid, bien que ce ne soit pas une décision religieusement correcte.

Les médias nous simplifie encore bien les données: les Sunnites pleurent et les Chiites célèbrent. Vision réductrice qui ne prend pas en compte que les Sunnites ont eux aussi souffert du régime dictatorien de Saddam et qu'un certain soulagement les anime.

En Jordanie, les réactions de la population m'étonnent:

- Conversation dans un taxi, le chauffeur du taxi pose une question à un irakien: As tu pleuré pour la nouvelle de Saddam? Moi j'ai pleuré devant la télévision. La réponse se fait cinglante: Non je n'ai pas pleuré. Pourquoi veux tu que je pleure sa mort alors que nous avons souffert pendant plus de 20 ans?

- A un internet café, l'écran d'ordinateur du gérant affiche une image de Saddam avec un texte pleurant sa mort.

- Dans le journal, un article annonce un rassemblement à la mémoire de Saddam.

Cela m'étonne de voir des personnes célébrant la mort d'un homme alors qu'ils n'ont aucune idée de ce que c'était de vivre en Irak sous son pouvoir. Comme quoi, sa propagande régionale était sans aucun doute efficace.

L'execution de Saddam n'a encore rien arrangé, Bagdad est en guerre, et selon la télévision ce soir, une attaque des milices chiites durant les deux prochains jours va viser à evacuer les derniers quartiers sunnites de la capitale. 

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