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26.02.2007
Pétages de plombs en règle
Aree se trouve devant un grave dilemme. Alors qu'il s'est engagé pour donner un training pour une grande organisation internationale réputée, voila qu'une autre organisation le contacte pour participer à un workshop se déroulant en Allemagne. L'Allemagne, le pays de prédilection de Aree depuis qu'il y a mis les pieds pour la première fois l'année passée, essentiellement car son frère est installé la-bas et que c'est le seul et unique pays hors du Moyent Orient qu'il a vu jusqu'à présent.
Ni une ni deux, Aree est en route pour Bagdad, bravant tous les dangers, afin de déposer son passeport à l'ambassade afin d'obtenir le précieux visa.
Ni trois ni quatre, je passe coup de fil sur coup de fil et je m'énerve: Il s'est professionnellement engagé pour conduire ce training, il ne peut pas tout laisser tomber comme ca à la dernière minute. Cela va nuire à l'image de son organisation, à son image à lui et il va manquer l'occasion de prendre un premier pas vers son développement profesionnel. Partir pour l'Allemagne n'est pas vraiment responsable dans ce cas là.
Il argumente et me dit qu'il va se faire remplacer par un ami bien meilleur que lui pour donner le training.
Puis au fil des conversations, la goutte fait déborder le vase et Aree me fait un monologue.
Tu ne comprends pas dans quel état je vis, sans eau, sans éléctricité, je cours à droite à gauche pour le boulot, je rentre je sors sans ne jamais savoir si je rentrerai vivant, j'ai le cerveau qui bouillonne, des problèmes à ne pas savoir qu'en faire, ma famille, être sur de pouvoir l'aider, mon frère qui n'a pas de travail, l'autre qui me demande de l'argent, mon cousin kidnappé, et je cours sans cesse sans me poser, d'une ville à l'autre, d'une maison à une autre, passant d'aéroports en aéroports, voyageant par des routes dangereuses, ne sachant pas si j'obtiendrai un visa, si ils me laisseront entrer dans le pays, je dois surveiller le staff qui ne fait pas son boulot, trouver des solutions pour la famille, je passe de trainings en workshops sans prendre une minute d'air, des gens qui se plaignent, des gens qui pleurent, la misère et l'horreur, pourquoi je n'ai pas le droit de demander quelques jours de tranquilité, pourquoi je ne peux pas avoir une vie normale, comme mon frère en Allemagne, il ne se préoccupe de rien, il vit sa vie, il n'a pas de soucis, il a une maison et un jardin, je veux une vie comme tout le monde, je veux pouvoir m'asseoir devant la télé sans avoir le cerveau qui travaille à chaque seconde pour savoir comment résoudre tel et tel problème, j'ai besoin d'un break, j'ai besoin d'air, je ne suis pas un combattant? tu trouves que je suis faible? que je n'en fais pas assez? et les combattants ils n'ont pas le droit de prendre du repos? Tout ce que je veux c'est pouvoir rester une semaine au calme avec ma tête vide. C'est vraiment trop demander?
Je reste la bouche ouverte, sans réplique possible. Une vie normale, une vie calme comme tout le monde. Pourquoi existe t-il certains privilégiés?
Nous avons finalement trouvé un compromis. Aree va donner son training et après le training, après avoir obtenu son salaire bien mérité, si il obtient le visa, il va pouvoir partir 2 semaines en Allemagne, en vacances, auprès de son frère. Et pour une fois, il va oublier ses autres obligations et s'offrir une parenthèse de bonheur.
De mon côté, je pête un plomb avec le staff d'une autre organisation. Les projets sont finis et le staff a jeté l'éponge avant que tout soit fini proprement. Les détails finaux qui manquent et qui gachent un peu l'image globale. Je m'énerve, je désespère, mais je ne sais plus si c'est la bonne méthode. Ils ont la tête ailleurs, d'autres préoccupations, sans doute beaucoup plus terre à terre que les miennes. Que faire? Rester zen...
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Commentaires
Oui, on peut comprendre (ou croire qu'on comprend ) ! On revient toujours à cette idée simpliste - en fait pas si simple que ça - on n'a qu'une vie et le résultat de la loterie de la naissance traduit une telle injustice. C'est vrai socialement dans les pays occidentaux, mais quand on passe à l'échelle mondiale, l'amplitude des différences est telle...
Ecrit par : geneline | 01.03.2007









