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19.03.2007
Tableau de vie à Bagdad
Khaldon, le directeur d'une des organisations pour laquelle je travaille, est arrivé à Amman il y a 4 jours. Echappatoire, bol d'air après 6 mois passés enfermés dans la capitale irakienne.
Ce soir, il me décrit la vie des employés ainsi que la sienne.
Sohair, une de mes proches collègues, ne m'a jamais raconté sa vie personelle. Je l'apprends ce soir. Elle habite dans une zone rurale, à la périphérie de Bagdad. La zone est controlée par une milice extemiste sunnite, sa famille composée d'une douzaine de frères est chiite. Ils sont donc au centre de toutes les attentions. Khaldon l'appelle un soir au téléphone à propos du travail. Il entend des tirs de balles et autres qui fusent du côté de Sohair. Sohair lui dit alors qu'elle est aplatie sur le sol de son salon car les balles fusent par les fenêtres. Mais qu'il peut continuer à parler sans problème, c'est le même scénario tous les soirs, elle y est habituée. Pendant ce temps, ses frères et son père sont tous dehors, l'arme au poing, à défendre leurs biens, leur famille, leur honneur.
Khaldon n'ose pas sortir de son bureau. Etant le directeur de l'organisation, il est exposé à d'énormes risques de se faire kidnapper pour obtenir de l'argent. Ainsi, il ne sort qu'en dernier ressort, ou quand il a vraiment besoin de respirer de l'air frais. Lors de sa dernière sortie dans un quartier de Bagdad, il se fait arrêter par un homme dans la rue, un civil. Donne moi ta carte d'identité. Khaldon sait que sur sa carte d'identité figure son nom de famille, à partir duquel il est facile de savoir à quelle secte il appartient. Il clame ne pas l'avoir sur lui et donne sa carte de médecin. Il a de la chance, il vient de recevoir la nouvelle version de la carte, le ministère de la santé a décidé par mesure de sécurité pour le porteur de la carte de ne plus inscrire le nom de famille dessus. Qui est tu? Que fais tu? Que viens tu faire ici dans ce quartier? Interrogatoire en règle au milieu de la rue, alors que les passants marchent à leur affaire, pressés de rentrer chez eux. Khaldon est finalement laissé libre, la prochaine fois, ais ta carte d'identité sur toi! Il rentre sans demander son reste, et soupir d'être pour cette fois, encore en vie.
Le quartier du bureau est plutot calme. (Il est contrôlé par une milice qui a mis l'organisation dans ses petits papiers). Il est quelquefois possible de sortir à midi (hors de question le soir) pour déjeuner dans un des trois restaurants du coin. Règle d'or, changer régulièrement ses habitudes pour ne pas être pris trop facilement pour cible. La marche jusqu'au restaurant n'est pas tranquille. Il s'agit de regarder régulièrement autour de soit, par dessus son épaule, pour être sur de ne pas être suivi ou être pris pour cible, être embarqué par une voiture stationnant au bord du trottoir. Le plus dur c'est de savoir que la mort peut arriver à tout moment. Une voiture qui explose, une bombe mise sur le bas côté de la route, un sniper, un kidnapping... tout peut arriver. Et surtout, ne pas savoir qui est son ennemi. Cette voiture qui passe va peut etre exploser, cette voiture stationnée va peut être vous enlever, cette personne qui marche derrière vous va peut être vous braquer une arme dans le dos. Ne faire confiance à personne, qu'à soi même et à sa rapidité de réaction si quelquechose arrive.
Lorsque Khaldon arrive à Amman, les habitudes sont bien ancrées et il est difficile de faire baisser le niveau de tension. L'environnement hors de la maison représente une zone de danger. Il devient difficile de passer la porte pour aller à ses affaires. Cela fait près de 4 ans que Khaldon ne connait pas la signification de distractions. Comment passer son temps? Comment se divertir, se faire plaisir? Il a perdu le goût à toute activité. Il connait son ordinateur, son travail et son bureau. La communication avec les autres devient difficile. Méfiance, manque de confiance, les autres deviennent des étrangers qu'il est très difficile d'aborder. Khaldon rigole alors qu'il me dit que les premiers jours à Amman il se surprend à regarder par dessus son épaule en marchant, ou en racontant des salades au chauffeur de taxi qui lui fait la conversation.
4 années qui ont détruit à petit feu les irakiens, leur vie, leur personnalité.
10:00 Lien permanent | Envoyer cette note
Commentaires
Même si on suit ce blog régulièrement en silence, on a envie de temps en temps de dire merci et bravo.
Ecrit par : geneline | 19.03.2007
J ajouterai au commentaire de Geneline ....On attend avec impatience le nouveau post !!!Bravo Merci
Ecrit par : Monique | 20.03.2007
moi aussi je m'ajoute aux commentaires !continue car rien ne vaut les témoignages des gens du terrain !
Ecrit par : josiane | 21.03.2007









