31.03.2007

Shadhawi

Shadha, un nom qui vous est inconnu en France, et qui est pourtant le dernier phénomène populaire au Moyen Orient.

Shadha est la concurrente de la 4eme saison de Star Academy version Moyen Orient, d'origine irakienne. Depuis les 15 derniers jours, le nom de Shadha est sur toutes les lèvres. Les irakiens sont derrière la jeune femme qui n'a pourtant vécu qu'un an à Bagdad, puisqu'elle a grandi et vit au Maroc.

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Dina, une jeune femme pourtant raisonnable, a utilisé près de 15€ à voter pour Shadha. Mais enfin Dina, utilise tes 15€ pour autre chose, achète de la nourriture pour les pauvres enfants irakiens au lien de soutenir une fille qui n'a presque jamais vécu en Irak!!! Sa réponse: Mais tu ne comprends pas! En soutenant Shadha, je soutiens mon pays, je soutiens l'Irak, il faut montrer aux autres pays arabes que les Irakiens ont encore de la force et peuvent s'unir pour une cause!

Dina vote, vote et Shadha atteint la finale.

Ce soir, pour la finale, les télés irakiennes sont dans les starting blocks. Shadawi Shadhawi est devenu un sport national. Les familles et amis irakiens, petits et grands, hommes et femmes, se réunissent chez eux pour regarder ensemble le programme télé.

Dina m'appelle ce soir à 11h en hurlant: Shadha a gagné la finale!!! Je la sens prête à pleurer de joie alors qu'elle me transcrit la scène par téléphone: elle a pris le drapeau irakien dans ses mains! Elle embrasse le drapeau! Elle a embrassé notre drapeau irakien! Vive l'Irak!!

Des scènes de liesse sont visibles dans les rues de mon quartier qui est habité par une grande majorité d'irakiens. Les voitures klaxonnent, et les familles entières qui étaient allées chez leurs voisins pour voir l'émission rentrent chez eux en célébrant leur joie.

Je dissèque les évenements et l'effet Shadha avec Tahsin. C'est en effet émouvant de voir tout un peuple trouver enfin un point d'entente et s'unir pour faire gagner la participante de leur pays. C'est montrer au reste du monde que l'Irak existe, que l'Irak est toujours fort et peut réussir quelque chose si on croit en ce pays. Mais à quand l'unisson des Irakiens afin de développer la paix?

En voyant les célébrations en Irak aussi bien que dans les pays où se sont réfugiés des milliers d'Irakiens, une idée me vient à l'esprit: Utiliser Shadha pour maintenant promouvoir l'unité du peuple pour construire une paix durable dans le pays.  

29.03.2007

Otages de courte durée

Hier matin, 3 de mes staffs se sont rendus sur un site près de Bagdad, où résident des personnes déplacées. Personnes déplacées par le conflit armé ou suite à des menaces de groupes extrémistes, elles quittent le centre de Bagdad pour s'installer à l'exterieur, un peu plus au calme. Elles s'installent où elles peuvent, des bâtiments abandonnés, des terrains vagues, etc.

Ces groupes sont sans aucunes ressources, vivant de façon misérable, sans toit, sans travail. les 3 staffs se sont rendus sur un des sites afin de faire un résumé de la situation.

Arrivés sur place, ils rencontrent les représentants des groupes, posent leurs questions, et dressent un bilan de la situation. Mais alors qu'ils sont prêts à s'en aller, ils sont emmenés en lieu sur par le groupe.

Un interrogatoire commence: qui êtes vous, que faites vous, que voulez vous, pourquoi posez vous toutes ces questions, pour qui travaillez vous?

Bien que ces groupes aient déjà eu affaire à d'autres employés de la même organisation, la suscpision reste énorme afin d'assurer la protection de tout le monde.

Au bout d'une heure, il est convenu que les 3 staffs ne représentent aucun danger et peuvent donc être rélachés.

Ils sont ainsi revenus au bureau sains et saufs, Plus de peur que de mal. 

23.03.2007

Cet alcool qui nous donne des forces

On peut le dire, notre Tuha national est alcoolique. Il n'en est pas au stade de se lever le matin et de commencer à boire, non, mais le soir, il a besoin d'avaler quelques boissons pour se remettre d'aplomb. Oublier les malheurs de la vie, se donner du courage pour faire ci ou ca.

Heureusement, Tuha n'a pas vraiment l'alcool triste. Ca lui donne plutôt la pêche et après avoir bu quelques verres, il n'hésite jamais à prendre son téléphone et à encourager les gens autour de lui à faire ci, à faire ca ou à les remercier. Ces coups de fils sont plus particulièrement destinés à mes collègues irakiens, mais j'y ai droit aussi depuis que Tuha est à Amman: "Bubu, tu sais que sans toi, on ne pourrait pas faire grand chose, on est toujours la pour toi Bubu, si tu as besoin de Tuha, tu peux l'appeler, Tuha il est toujours prêt à travailler, Tuha il veut voir l'organisation grandir, etc, etc, Tuha il habite Kut et il veut faire des projets pour aider les gens, tu sais les irakiens ils ont besoin d'aide, on a besoin de toi Bubu, Bubu tu peux compter sur Tuha, etc, etc". Et ca dure jusqu'à ce que le crédit s'épuise et la communication coupe.

Selon Tuha, se procurer de l'alcool dans sa ville est une tâche difficile, par pression des groupes religieux. Il n'y a plus d'endroits qui vendent de l'alcool, peut être seulement à la sauvette mais il faut alors y mettre le prix. Tuha fait quelques réserves quand il passe sur Bagdad, mais le risque existe de se faire arrêter sur le chemin du retour à un checkpoint monté par une milice esxtrémiste qui pourrait tomber sur les bouteilles d'alcool. Toute astuce est donc bonne pour cacher le liquide, remplir des bouteilles de pepsi semble une bonne solution.

L'alcool aide aussi à se donner du courage lors de situations délicates à affronter. Tuha m'a raconté maintes fois l'épisode du voyage de Bagdad au Kurdistan en Septembre dernier. Alors que son organisation organise une conférence nationale au Nord de l'Irak, Tuha est mis en retard, arrêté et mis en prison pour 2 jours par le gouvernment pour transport de documents suspects. Relaché sain et sauf, il faut qu'il rejoinge au plus vite le Kurdistan, avec les documents nécessaires au déroulement de la conférence et les quelques milliers de dollars en liquide afin de payer les frais de la conférence. Il est 4h de l'après-midi, Tuha doit se mettre en route et prendre la 2eme route la plus dangereuse du pays, l'autoroute de 350km entre Bagdad et Kirkuk. La route passe notammenent par des zones contrôlées entièrement par des insurgés. Ce n'est en plus sans compter que les Américains annoncent la mise en place d'un couvre feu pour la fin de journée dans Bagdad.

Prendre la route à cette heure là est une folie. Les gens voyagent le matin mais à partir de midi les routes sont vides. Il ne reste sur le chemin plus que quelques convois de l'armée américaine et les autres, ceux sur qui on ne veut pas tomber. Seule et unique solution pour Tuha et le chauffeur, prendre du courage par des bouteilles d'Arak bien cachées sous les sièges. Et ils filent. Aree les appelle toutes les 10 minutes par téléphone, afin de vérifier où ils sont et si tout va bien.

Résultat: ils sont arrivés entier, avec 1/2heure d'avance sur le planning!    

21.03.2007

Paix et résolution de conflits

Depuis les 6 derniers mois, j'ai pris un nouveau tournant dans le thème principal des projets que je mets en place. Après avoir découvert la science de résolution des conflits, j'ai continué à creuser dans le domaine de gestion de conflits, construction de la paix etc.

Il s'agit en effet de thèmes intéressants à appliquer au cas de l'Irak, spécifiquement en ce moment. Alors qu'initialiement, les fossés creusés entre les communautés se situaient essentiellement au niveau politique, petit à petit, les écarts entre la société elle même se creuse et des divisions sont visibles au niveau individuel caractérisées par l'appartenance à un groupe religieux ou à un groupe ethnique.

Il devient en effet courant d'entendre au milieu d'une conversation: "mais untel, il est sunnite ou chiite?"; "non je ne veux pas travailler avec un kurde, ce sont tous des manipulateurs" et ainsi de suite. Des organisations se sont déjà déssinées en tant que 'sunnite' ou 'chiite' tandis que celles qui emploient encore des individus d'origine mixte font l'experience de la montée de tensions entre les employés.

Il y a donc des millions de possibilités de créer des beaux projets pour rassembler les populations et asseoir des individus à une même table pour parler ouvertement de leurs problèmes. (ca fait un peu psy). C'était ainsi la méthode employée lors de mon projet pour la communauté palestinienne (voir plus bas). Engager un dialogue entre les représentants des Palestiniens et Irakiens et organiser des activités sociales mixant les individus.

Aujourd'hui, je travaille à dessiner une nouvelle stratégie afin d'intervenir à Kirkuk. Kirkuk est une ville située au Nord de l'Irak (350km de Bagdad) à la frontière du Kurdistan. Le problème de Kirkuk: être une zone riche en pétrole. Traditionnellement, Kirkuk était une ville kurde où vivaient aussi d'autres communautés, les Assyriens et les Turkmans. Saddam, ingénieux, afin d'assurer la main mise sur Kirkuk, a déplacé de nombreux arabes vivant dans le Sud de l'Irak pour les installer à Kirkuk afin d'augmenter la présence arabe dans cette ville. Des milliers de kurdes ont été à leur tour déplacés de la ville et distribués dans d'autres parties d'Irak. A la tombée du régime de Saddam Hussein, les Kurdes ont naturellement réclamé que Kirkuk fasse partie du Kurdistan. Mais le gouvernment irakien ne veut évidemment pas lacher la main aussi facilement sur des millards de dollars.... La nouvelle Constitution du pays votée en 2005 a prôné le déroulement d'un référendum par les populations de Kirkuk afin de décider du statut de la ville à la fin 2007. En attendant, chaque communauté essaie de prouver sa main mise sur la ville à la mode du pays, à coups de défiance politique et de quelques attentats.

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Sachant que la situation va donc chauffer jusqu'à la fin de l'année (on peut déjà voir à la télévision les séries d'attentats perpétrés de façon hebdomadaire), je voudrais avec mon organisation chouchoute intervenir pour établir un dialogue entre les communautés et promouvoir la construction de la paix et la non violence. Plusieurs programmes sont destinés à viser diverses couches de la population: programme d'éducation aux droits de l'homme et à la paix dans les écoles primaires, activités de théatre pour les jeunes afin de communiquer leurs reflexions sur la violence et son résultat, résolution de conflit et non violence dans les universités, création d'un média géré par des jeunes visant à instaurer un dialogue et promouvoir les actions de paix, conférences et activités médiatiques visant à promouvoir le rôle de la femme dans la construction de la paix et la résolution des conflits et enfin training des ONGs pour travailler dans un environnement de conflit.

Je suis emballée et impatiente de pouvoir commencer les activités, mais... il manque encore les fonds! oyé oyé!

20.03.2007

Tableau de vie à Kut

Tuha est un des compères d'une de mes ONGs que je chouchoute. A Amman pour suivre un training, c'est l'occasion de prendre des nouvelles du terrain alors que je ne l'ai pas vu depuis près d'un an et demi. Tuha est un homme d'une cinquantaine d'années, attachant par son caractère calme mais bien pesé. Il a passé 8 ans en Espagne après avoir obtenu une bourse du gouvernment espagnol pour étudier la bas, il est revenu ensuite en Irak pour travailler en tant que journaliste dans une radio espagnole puis un journal espagnol. Il s'engage dans le travail des ONGs alors qu'il se trouve en Mai 2003 à l'hotel Sheraton, rendez vous du moment des internationaux, où 2 petites jeunes espagnoles cherchent des irakiens pour travailler dans leur organisation nommée MPDL.

Depuis près d'un an, Tuha s'est installé à Kut. Kut est une ville situé à 50km au sud de Baghdad. Choix bizarre au premier abord, sachant que Tuha est sunnite et que Kut est une ville du Sud, donc à majorité chiite. Mais Kut est traditionellement une ville communiste, les chiites ne se mèlent donc pas vraiment de savoir qui est sunnite ou non. Au dire de Tuha, les mosquées dans cette région sont plutôt vides.

Tuha a la chance d'avoir un oncle qui vit à Kut, il est donc plus facile pour lui de s'installer dans cette contrée ayant une référence locale.

Tuha s'est rapidement fait quelques ennemis dans sa nouvelle ville. A deux reprises, il recoit des menaces envoyées par SMS en plein milieu de la nuit. Puis un jour, alors qu'il prend un taxi pour rentrer chez lui, une voiture débouche en sens inverse de la rue et c'est le drame. Tac tac tac, la fenêtre du passager est criblée de balles. Tuha a acquis l'habitude en Europe de s'asseoir dans les taxis à l'arrière. Et même si dans cette région du monde, il est d'usage pour les hommes de prendre place sur le siège à côté du chauffeur (la place du mort), Tuha a décidé de ne pas faire comme tout le monde et de continuer à s'asseoir à l'arrière. Tuha et le chauffeur, sains et saufs, se regardent: Tu as des ennemis? non et toi, tu as des enemis? Non. Et ils repartent en direction de la maison de Tuha.

Le problème a été reglé un peu plus tard, lorsque Tuha Holmes et son esprit de déduction lui ont révélé que les menaces venant surement d'une ONG concurrente/jalouse, du coin (vous voyez donc comme le crime devient facile, tu fais quelque chose qui ne me plait pas? Je vais définitivement t'éliminer). Du coup, il a clarifié haut et fort à la communauté qu'il ne travaillait pas pour les américains, qu'il était irakien comme tout le monde et qu'il ne voulait que faire du bien à tout le monde. Le calme relatif de la vie à Kut a ainsi repris.

Il n'en reste pas moins que les partis religieux, politiques et autres sont présents à Kut comme ailleurs, ils possèdent leur propre milice et gouvernent selon leur propre plaisir. Il faut donc marcher dans le droit chemin afin d'esperer ne pas avoir d'ennui, ce que Tuha arrive à faire visiblement depuis ce dernier incident de parcours.

La femme de Tuha est malade. Elle a dévelopé il y a 2 mois, une tumeur au niveau des doigts. Opération dans l'hopital du coin, analyse du bout de doigt enlevé, après quelques jours d'angoisse, la tumeur se révèle non maligne. Soupir de soulagement. Mais un doute reste: et si l'analyse n'était pas bonne? Avec les pauvres équipements de l'hopital du coin qui date de y'a 20 ans, est il possible de produire des bilans de santé fiables? Impossible d'envoyer sa femme au Koweit pour analyse, elle n'obtiendrait jamais de visa. Il a donc pris les résultats des analyses avec lui à Amman afin de voir un médecin ici, mais ca ne va certainement pas changer grand chose.

19.03.2007

Tableau de vie à Bagdad

Khaldon, le directeur d'une des organisations pour laquelle je travaille, est arrivé à Amman il y a 4 jours. Echappatoire, bol d'air après 6 mois passés enfermés dans la capitale irakienne.

Ce soir, il me décrit la vie des employés ainsi que la sienne.

Sohair, une de mes proches collègues, ne m'a jamais raconté sa vie personelle. Je l'apprends ce soir. Elle habite dans une zone rurale, à la périphérie de Bagdad. La zone est controlée par une milice extemiste sunnite, sa famille composée d'une douzaine de frères est chiite. Ils sont donc au centre de toutes les attentions. Khaldon l'appelle un soir au téléphone à propos du travail. Il entend des tirs de balles et autres qui fusent du côté de Sohair. Sohair lui dit alors qu'elle est aplatie sur le sol de son salon car les balles fusent par les fenêtres. Mais qu'il peut continuer à parler sans problème, c'est le même scénario tous les soirs, elle y est habituée. Pendant ce temps, ses frères et son père sont tous dehors, l'arme au poing, à défendre leurs biens, leur famille, leur honneur.

Khaldon n'ose pas sortir de son bureau. Etant le directeur de l'organisation, il est exposé à d'énormes risques de se faire kidnapper pour obtenir de l'argent. Ainsi, il ne sort qu'en dernier ressort, ou quand il a vraiment besoin de respirer de l'air frais. Lors de sa dernière sortie dans un quartier de Bagdad, il se fait arrêter par un homme dans la rue, un civil. Donne moi ta carte d'identité. Khaldon sait que sur sa carte d'identité figure son nom de famille, à partir duquel il est facile de savoir à quelle secte il appartient. Il clame ne pas l'avoir sur lui et donne sa carte de médecin. Il a de la chance, il vient de recevoir la nouvelle version de la carte, le ministère de la santé a décidé par mesure de sécurité pour le porteur de la carte de ne plus inscrire le nom de famille dessus. Qui est tu? Que fais tu? Que viens tu faire ici dans ce quartier? Interrogatoire en règle au milieu de la rue, alors que les passants marchent à leur affaire, pressés de rentrer chez eux. Khaldon est finalement laissé libre, la prochaine fois, ais ta carte d'identité sur toi! Il rentre sans demander son reste, et soupir d'être pour cette fois, encore en vie.

Le quartier du bureau est plutot calme. (Il est contrôlé par une milice qui a mis l'organisation dans ses petits papiers). Il est quelquefois possible de sortir à midi (hors de question le soir) pour déjeuner dans un des trois restaurants du coin. Règle d'or, changer régulièrement ses habitudes pour ne pas être pris trop facilement pour cible. La marche jusqu'au restaurant n'est pas tranquille. Il s'agit de regarder régulièrement autour de soit, par dessus son épaule, pour être sur de ne pas être suivi ou être pris pour cible, être embarqué par une voiture stationnant au bord du trottoir. Le plus dur c'est de savoir que la mort peut arriver à tout moment. Une voiture qui explose, une bombe mise sur le bas côté de la route, un sniper, un kidnapping... tout peut arriver. Et surtout, ne pas savoir qui est son ennemi. Cette voiture qui passe va peut etre exploser, cette voiture stationnée va peut être vous enlever, cette personne qui marche derrière vous va peut être vous braquer une arme dans le dos. Ne faire confiance à personne, qu'à soi même et à sa rapidité de réaction si quelquechose arrive.

Lorsque Khaldon arrive à Amman, les habitudes sont bien ancrées et il est difficile de faire baisser le niveau de tension. L'environnement hors de la maison représente une zone de danger. Il devient difficile de passer la porte pour aller à ses affaires. Cela fait près de 4 ans que Khaldon ne connait pas la signification de distractions. Comment passer son temps? Comment se divertir, se faire plaisir? Il a perdu le goût à toute activité. Il connait son ordinateur, son travail et son bureau. La communication avec les autres devient difficile. Méfiance, manque de confiance, les autres deviennent des étrangers qu'il est très difficile d'aborder. Khaldon rigole alors qu'il me dit que les premiers jours à Amman il se surprend à regarder par dessus son épaule en marchant, ou en racontant des salades au chauffeur de taxi qui lui fait la conversation.

4 années qui ont détruit à petit feu les irakiens, leur vie, leur personnalité.       

18.03.2007

Histoires de familles

Vous ne le savez peut être pas, la Jordanie est peuplée à 60% de Palestiniens. Après les épisodes de 1948 et 67, les palestiniens ont cherché refuge en Jordanie et se sont installés dans ce pays en attendant une éventuelle résolution du conflit.

Au départ, les gens d'une même famille ainsi que les gens d'un même village sont restés proches, logés dans des tentes à proximité les uns des autres. Alors que le temps passe, les tentes se sont transformées en maisons en béton et ainsi, on retrouve ces groupements de familles et de gens d'un même village palestinien dans Amman, dans les camps de réfugiés. Petit à petit, les gens se sont dispersés, les familles se sont agrandies, mais les traditions demeurent.

Chaque village palestinien, voire chaque famille palestinienne a formé son propre club, afin de sauvegarder une certaine cohésion de la tribu. Par club, j'entend plutôt un lieu, une salle, qui permet aux membres de se réunir, régulièrement ou non, et selon les possibilités et les moyens du club, des activités sont organisées, ou non.

Azzedine, mon chauffeur, d'origine palestinienne, fait partie d'une grande famille originaire d'Hébron. Sa famille a fondé son club comme les autres. La location de la salle est financée par les membres de la famille étendue: chaque homme marié de la famille paie 25JD (30€) par an. La salle est utilisée par les membres de la famille qui ont à célébrer un bohneur (un mariage, une naissance) ou un malheur (une mort). Le club permet aussi de créer des liens de support entre les membres éloignés. Les gens riches de la famille donnent de l'argent aux plus pauvres afin de financer les études universitaires de l'un, une opération médicale d'un autre, etc. Un réseau de soutien est ainsi mis en place à travers les membres d'une même famille.

Le mari de Nadira est lui membre du club de Bir Zeit (un village près de Ramallah). Le club est vraisemblablement plus riche, car c'est un lieu de rassemblement régulié pour les hommes et les jeunes qui viennent y parler politique et nouvelles autour d'un café et d'un narguilé.

17.03.2007

A mes Palestiniens

Cela fait plus d'un an que je travaille sur un programme de résolution de conflit pour les Palestiniens habitant Bagdad. (Rapidement pour les nouveaux, les Palestiniens sont victimes d'attaques et représailles en majeure partie à cause d'une propagande lancée par Saddam Hussein qui criait haut et fort distribuer de larges bénéfices aux réfugiés palestiniens, à une époque où le peuple irakien vivait dans des conditions économiques misérables)

Le but de ce programme était donc d'établir un dialogue entre les communautés irakiennes vivant à proximité des quartiers palestiniens et les représentants des Palestinians avec pour but d'essayer de construire un semblant d'entente, voire de calme.

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Des interviews, des visites de quartiers déchirés par la violence, des tours de table, et des activités toutes bêtes pour réunir Irakiens et Palestiniens, aujourd'hui divisés par une spirale de mésentente et de conflits.

Ma programme s'est terminé fin janvier et alors que j'ai reçu les documents finaux en provenance de Bagdad il y a seulement quelques jours, je peux enfin mesurer l'ampleur et l'impact des actions que nous avons lancées. Des photos de mains irakiennes et palestiniennes serrées, des embrassades de femmes et d'enfants partageant des moments de détente, des documents relatant les efforts des mairies locales pour distribuer du mazout et des vivres aux familles palestiniennes en plein coeur de l'hiver, ou d'efforts d'individus irakiens essayant de trouver des solutions pour loger des familles palestiniennes qui ont du abandonner leurs maisons suite à des menaces reçues, etc, etc.

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Je suis émue, je suis fière d'être au coeur de telles initiatives et mon coeur fond de ne pas avoir la possibilité d'avoir vécu ces moments uniques. Je me rappelle enfin pourquoi je fais ce que je fais.

Toute ma reconnaissance va à mes équipes qui affrontent jour après jour les risques qui existent de silloner les rues de Bagdad et de frapper aux portes des quartiers palestiniens controlés pour la plupart par des milices extrêmistes.

Un exemple de courage et d'espoir pour le monde entier.

15.03.2007

Noel en Mars

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La semaine dernière, je me vantais de prendre mon petit déjeune en terrasse au soleil. Ce matin, j'ai ressorti les gants et le bonnet.

Si il y a bien une chose à ne pas faire dans ce pays, c'est sortir un jour de neige. Je n'ai pas le choix, j'ai un rendez vous à l'autre bout de la ville. Mon chauffeur me prie une dizaine de fois: tu es sure que tu veux aller à ce meeting? Mon coeur va flancher si il arrive quelque chose à ma voiture!

Il n'y a pourtant pas grand monde dehors, personne n'est fou, 3cm de neige et on reste au chaud chez soi. Les quelques voitures qui se risquent dehors sont méfiantes, l'allure est digne d'une troupe d'escargots. Il faut dire qu'il neige de plus en plus, les flocons sont énormes, la bouillasse s'accumule, arriverons nous entiers?

Ce cirque a duré toute la journée, mais il faut bien en profiter, après tout c'est le seul et unique jour de l'année! (ou on voit de la neige)

12.03.2007

La boulangerie de Bagdad

Un petit tour d'horizon des magasins de mon quartier qui mine de rien valent le coup d'oeil et l'ambiance.

 La boulangerie de Bagdad est la boulangerie du coin qui a le mérite de faire exclusivement du pain irakien.

Le pain irakien, c'est un pain plus ou moins rond de 30cm de diamètre, cuit au four, qui est délicieux mangé chaud.

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Quelque soit l'heure de la journée, il faut être prêt à faire la queue une vingtaine de minutes pour obtenir sa commande. Depuis que la boulangerie a changé de propriétaire au mois d'octobre dernier, il faut croire que tous les gens du quartier ont adopté le pain irakien.

En ligne, devant la petite boutique, une dizaine d'hommes patiente sagemment afin de passer commande.

3 hommes s'activent dans la devanture de la petite boutique: 1 saisi les boules de pain et à la façon du pizzaiolo, la pate est étalée par un tour de voltige sur un petit coussin et mis dans l'un des deux fours présents. 2 hommes surveillent les pains qui sont collés sur les parois de l'intérieur du four et les retirent lorsque la cuisson est faite. Le pain est alors étalé sur une table devant les clients afin de le faire refroidir un peu, l'humidité qui se dégage à cause de la chaleur du pain n'est pas bonne à la qualité du pain, il faut ainsi le faire refroidir/sécher un peu et ne pas enfermer le pain humide. Les pains sont ensuite récupérés un à un selon les commandes.

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Chaque personne commande entre 10 et 20 pains.. il faut donc voir passer ainsi une centaine de pains (10 pains par 10 hommes dans la file d'attente) afin d'être servi. Mais le spectacle fait généralement passer le temps assez vite.

Il y avait une rumeur disant que toute femme se présentant à la boutique n'aurait pas à faire la queue comme les hommes, que nenni, nous sommes placées dans la file comme les autres!

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