05.05.2007

Nizar et les camps palestiniens de Tripoli

Nizar est d'origine Palestinienne, né d'un père Palestinien et d'une mère libanaise au Liban, il est vite parti s'installer avec ses parents en Irak, à Bagdad, pour faire fortune.

25 ans de vie calme et heureuse dans la capitale irakienne, après avoir ouvert un restaurant, Nizar est devenu propriétaire d'une boulangerie. En 2005, alors que la violence journalière s'accélère à Bagdad et que les Palestiniens deviennent une cible de choix, Nizar reçoit des menaces. Par deux fois, des hommes armés se présentent à son magasin alors qu'il n'est pas là. Il comprend le message et heureux détenteur de documents libanais, il part s'installer dans sa ville natale, Tripoli.

Tripoli est une ville du Nord du Liban, connue pour ses jolis souks, son petit port et sa citadelle des croisés construite par Saint Gilles. Tripoli est aussi dotée de 2 camps de réfugiés palestiniens à sa bordure Nord.

Nizar habite à proximité d'un des camps palestiniens: plusieurs fois, il qualifiera ce camp habités par des gens ne tournant par rond dans leurs têtes, des fous, qui ne cherchent que des ennuis. Ils deviennent sûrement fous à cause du cloîtrement des individus dans ce petit espace de 2500m² alloué pour le camp. La population déborde, les maisons s'étendent en hauteur, et les familles vivent les unes sur les autres comme des animaux. Il insiste, il insiste, ils sont fous, 'majnouns' en arabe.

Nous sommes invités à déjeuner chez Nizar et est prévu une visite du camp plus tard dans l'après midi. Perspective qui me fait plaisir puisque depuis quelques temps je m'intéresse grandement au sort des réfugiés palestiniens à travers les pays arabes, en Irak, en Jordanie, en Syrie. C'est maintenant l'heure d'en savoir un peu plus sur les Palestiniens du Liban.

medium_DSC02215.JPG

Au cours du déjeuner, des bruits sourds dans le quartier se font entendre. Cela ressemble bien, me semble t-il à des coups de feu. Les spéculations commencent: il doit s'agir d'un mariage! Non pas un lundi! que se passe t-il donc? les coups de feu se répètent et sont bien trop nombreux. Des salves sont lancées toutes les quelques minutes. Il se passe définitivement quelque chose. Les téléphones ne tardent pas à sonner. Les nouvelles dans le pays circulent vite. Une bagarre a eu lieu dans le camp, il y aurait un mort.

Me voila bien. Nous sommes à quelques mètres du camp et voila qu'ils se tirent dessus. Nizar rigole: Je vous avais dit ils ne sont pas normaux dans ce camp! Chose bizarre, après une telle bagarre, la police ou l'armée devrait être au rendez vous! Mais les forces libanaises n'ont pas le droit d'interférer dans les affaires palestiniennes. Elles n'ont pas le droit d'entrée dans les camps palestiniens qui sont autogérés. D'où, des règlements de comptes à l'amiable...

Les enfants sont toujours à l'école! Pourvu qu'ils rentrent vite! Benoite, au fait, ca va, tu n'as pas peur? Nous scrutons de la fenêtre les activités dans le camp, mais rien n'est visible. Les enfants sont enfin la sains et saufs et ont plus de précisions, il s'agit de untel, celui du restaurant de poulet!

Il est temps de lever le camp. La rue principale n'est pas loin, il est tout de même plus prudent de camoufler les sacs à dos qui nous feraient prendre pour des touristes. Nous revoilà au centre ville. Arrivés plus tard que prévus, nous parcourons les souks qui sont déjà fermés. Les forces spéciales libanaises ont déjà pris place sur la petite place devant la grande mosquée. Alors qu'on s'attarde à prendre des photos, Nizar nous rappelle à l'ordre: dites, il y a 5 jours, il y a eu 6 morts ici au cours de clashs entre sunnites et chiites alors c'est pas tellement le moment de traîner.

medium_tripo.JPG

C'est là qu'on s'aperçoit que le calme apparent du pays est très fragile. Retour en taxi sur Beyrouth sans avoir vu le port, ce sera pour une prochaine fois.    

Ecrire un commentaire