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07.05.2007

Un lion en cage

A minuit, Aree se présente au comptoir des passeports, à l'aéroport Queen Alia d'Amman, afin d'entrer en Jordanie. L'officier prend son passeport: "va t'asseoir la bas", dit-il, en désignant un group de chaises en fer situées sur le côté du hall. Les chaises sont déjà largement occupées par ce qui ressemble à d'autres irakiens qui attendent leur sort. Aree reste debout, en espérant qu'avec son nouveau passeport, il obtiendra un visa d'entrée rapidement.

Après quelques minutes, un officier l'appelle: "Aree!" et lui désigne la porte ouverte d'un bureau où l'attend un responsable des services secrets. Quinze minutes d'interrogatoire en règle: "Que viens tu faire ici? Quel est ton travail? Ou habitues tu? Ou étais tu? Que faisais tu? Retourne t'asseoir la bas!" Il retourne auprès des autres et garde sa station debout. C'est maintenant l'heure de la décision, pourvu qu'il prenne la bonne. Les minutes s'écoulent, d'autres avions arrivent, et quelques irakiens viennent s'ajouter au groupe, parqués sur le bas côté. Certains s'apprêtent à passer la nuit, ils ont déjà manifestement reçu une réponse négative. Un sac poubelle étendu dans un petit coin, la tête sur le sac à dos, quelques heures de repos avant de retourner vers leur point de départ.

Un à un, les irakiens sont appelés dans le petit bureau. Certains reviennent la tête basse, signe d'un rejet manifeste. Aree fume, Aree fait les cents pas, pourvu qu'ils prennent la bonne décision.

Ce sont trois heures plus tard que l'officier rend sa décision: "Aree!" Il se place devant lui en lui barrant le chemin. "Je suis désolé, tu ne peux pas rentrer en Jordanie. Ou veux tu te rendre?" Aucune chance de plaider son cas. Tout se passe très vite, il est accompagné pour acheter un nouveau billet d'avion, afin de se rendre en Syrie. C'est toujours mieux que d'être renvoyé d'ici quelques heures en direction de l'Irak. Seul hic, l'avion est le lendemain à 9h du soir. 18h devront s'écouler afin d'espérer approcher un nouvel horizon.

Toujours parqué au même endroit, Aree continue à faire les cents pas. Enervé, frustré, il ne pense pas à dormir ou à se reposer. Il doit évacuer sa colère et tourne, tourne, comme un lion en cage. Je viens le matin aux nouvelles: "Où en es tu? Que fais tu?" "Je marche, Je marche, je n'ai pas arrêté de marcher, et j'ai mal aux pieds."

"Sais tu quel sentiment je peux avoir de me voir rejeter ainsi? Connais tu ce que ça fait de voir quelqu'un qui te jette ton passeport en te disant, non tu n'es pas la bienvenue ici?"

Non, je n'en sais rien. Avec mon passeport Français, je suis accueillie partout, avec des grands sourires.

"Essaie d'imaginer une seule seconde, que parce que tu viens de France, parce que tu possèdes un passeport de ce minable pays, on te dise non, je n'ai pas envie que tu viennes chez moi?"

A bien y réfléchir, peut être que je leur dirais, bien, sachez donc que je n'essaierai pas une fois de plus de revenir dans votre pays, je n'y mettrais plus jamais un pied.

"Tu l'as droit dans le mille Benoite, c'est exactement ce que je ressens en ce moment."

Aree va continuer à marcher au même endroit pendant les prochaines 18h, avant d’être escorté jusqu’à son nouvel avion. Ce n’est pas le seul à avoir été refoulé. Se trouvent avec lui : un vieil acteur irakien connu, un irakien résidant au Maroc, un irakien possédant des documents de voyage délivrés en Suède. D’autres cas qui rendent tristes : une irakienne pleurant à chaudes larmes, installée en Egypte depuis 4 ans, qui vient rendre visite à son mari qui vient enfin de sortir de prison en Irak.

L’attente a quand même un point positif : pouvoir se faire des amis de galère.

Aree arrive en Syrie, est accueilli les bras ouverts. En moins de dix minutes, sans un interrogatoire, il reçoit 10 welcome to Syria à la file. La Syrie se montre beaucoup plus aimable avec les ressortissants et les réfugiés irakiens, ces derniers vivant dans une misère indescriptible. Depuis leur arrivée, les maisons closes poussent comme des champignons dans le pays.

C’est après tout une occasion pour Aree de visiter la Syrie, pays qu’il ne connaît pas, et de découvrir les trésors cachés de Damas. Ses copains de l’aéroport le suivent partout, et voila bientôt un groupe de touristes irakiens qui visitent la ville équipés d’un guide Lonely Planet. Ils découvrent le bonheur des cafés syriens, le calme et la fraîcheur de la mosquée des Omeyyades ainsi que le goût des soirées écumées dans la vieille ville. Enfin un peu de répit et de détente avant de reprendre le chemin de l’Irak.

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