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10.05.2007
Une journée à la frontière
Après avoir pris plusieurs renseignements, me voila tôt ce matin, sur la route de Damas. Même sans visa qui devrait en théorie être obtenu en France, équippée d'une lettre de mon organization, je devrais pouvoir recevoir un visa à la frontière. Je pars ainsi tenter ma chance, afin de rejoindre mon collègue et rattraper le retard de travail (bon et d'accord profiter un peu de Damas aussi.)
A 8h30, je me présente au guichet de la frontière syrienne et tend mon passeport à l'officier syrien. Je lui fourre dans la main ma lettre d'invitation. Maitre de mon inquiétude, je commence mon baratin: "Monsieur, je travaille pour une organization humanitaire et j'ai besoin de me rendre pour 4 jours à Damas".
Le cher monsieur n'écoute pas grand chose et scrute la trace d'auto-collant arraché sur le dos de mon passeport. "C'est un auto-collant d'Israël, vous êtes allée en Israël!" Zut, voila un problème dont je n'avais pas besoin. "Non monsieur, ce n'est pas un auto-collant d'Israël, il s'agit d'auto-collants de l'aéroport pour la sécurité, pour les bagages". 'Non non non il s'agit d'un auto-collant d'Israël".
Je noie le poisson, prend mon air le plus vulnérable et lui explique ma situation: "Monsieur, je travaille pour l'Irak, mon collègue a été refoulé de la Jordanie, ce vilain pays, heureusement il a été accueuilli chaleureusement par la Syrie, et j'ai besoin de le rencontrer pour le travail, monsieur, nous distribuons de l'eau, de la nourriture en Irak, il est extrêmement important que je me rendre à Damas pour au moins 48heures".
"Bon, bon, écoutez, je vais envoyer un fax au Ministère de l'Interieur à Damas pour demander l'autorisation, ca peut prendre 1, 2heure voire 3 ou 4 heures, vous êtes prêtes à attendre?" EVidemment que pour passer quelques heures à Dama, je suis prête à rester assise ce temps la.
Les choses se compliquent lorsque je rencontre Salma: Irakienne, possédant un passeport américain, est arrivée à la frontière la veille à minuit. Bien que les autorités syriennes l'aient informé aux Etats Unis avant son voyage qu'elle serait autorisée à passer la frontière, le fax du Ministère de l'Intérieur ne semble pas arriver. Bah, me voila avec ma copine de galère, une belle caféteria climatisée est à notre disposition, nous discutons pendant les heures qui passent. C'est fou ce qu'en une poignée d'heures on peut en apprendre d'une personne. Salma a 11 soeurs et 7 frères, plusieurs éparpillés entres les US, divers pays d'Europe, Jordanie, Syrie et Irak. Sa mère vit toujours à Bagdad et refuse de quitter sa maison malgré les diverses propositions. Elle m'invite chaleureusement à lui rendre visite dans le palace de sa soeur à Damas, une maison sur 5 étages avec cour intérieurs, loyer 400$ par mois! (C'est définitif, en Septembre je déménage à Damas) ainsi que dans sa maison à San Diego.
A 11h, Salma est appelée au guichet, voici la réponse positive arrivée du Ministère de l'Intérieur, elle plie donc bagages.
Ce n'est pas grave, une autre paire de galériens vient d'arriver: encore des irakiens exilés aux Etats Unis qui viennent en vacances en Syrie. Malheureusement, malgré 10 passés dans l'Ohio, l'anglais ne semble pas leur fort. La conversation reste stérile.
Alors que l'officier au guichet a fini son shift, et est remplacé par un nouveau, je vais à nouveau plaider mon cas: "Monsieur, alors quelles sont les nouvelles? Où est mon fax?". "Madame, sur votre passeport il y a un auto-collant israélien. Vous êtes allée en Israël." "Mais nooon, puisque je vous dis que nonnnn". Le petit malin a étudié mon passeport:"Madame, vous avez quelquechose d'écrit ici dans votre passeport à la main, il est marqué que vous être rentrée en Jordanie il y a deux ans par route mais aucun visa et aucun nom de frontière ne correspond à cette date. C'est parce que vous êtes arrivées tout droit de Jérusalem!". Monsieur, je vous dis que je ne suis jamais allée en Israël. Regardez, j'ai eu un visa syrien et je suis rentrée en Syrie il y a 6 mois, comment se fait ca alors? Mon visa vient de l'ambassade syrienne, à Paris, en France!" "Bon bon asseyez vous et attendez..."
Je commence à déprimer quand le couple américain obtient son visa 2h plus tard. Me voila seule, la limite de temps est largement dépassée, cela fait maintenant 6h que je poireaute et rien ne vient. Je décide de rendre visite au manager de la frontière. Et encore les questions: "Madame, Israël, Israël, Jérusalem, auto-collant, Israël". J'attends toujours le fax.
Un jeune couple d'américains passe: tous blonds, ils ont une petite fille toute blonde qui fait le plaisir des Syriens alors que sa mère lui apprend le nom du Monsieur qu'elle verra en photo à tous les coins de rue: "Comment s'appelle ce monsieur ma chérie?" Et la petite fille de s'exclamer en pointant le doigt vers l'énorme pancarte figurant le portrait du président: "Bashiiiir!"
Voila un peu plus d'animation lorsque 2 jeunes japonais arrivent sac au dos. Celui qui parle anglais fait un tour du monde depuis 1 an et demi et rentrera au Japon d'ici 6 mois. Il a remonté tranquillement la pointe de la péninsule orientale, Dubai, passant par le Yemen la Jordanie, Israël et maintenant la Syrie. Son copain a reçu une remarque de l'officier qu'il est passé en Israël, ah! En voila un qui va avoir les mêmes problèmes que moi! Je m'accroche. Même si ca fait bientot 10h que je suis la, je ne peux pas partir sans une réponse, je veux un oui, je veux un non, mais je ne peux pas repartir bredouille.
Ma rage éclate quand 3 heures plus tard, les japonais recoivent leur visa. Je comprend alors que je n'aurais jamais de réponse. Ca doit faire mauvais effet de refouler un ressortissant français. Mieux vaut le décourager à force de le faire attendre. Les officiers semblent soulagés lorsque je demande qu'ils me rendent mon passeport. Bon débarras. Je ne m'en vais pas toute fois sans leur faire entendre que c'est une honte qu'on ne laisse pas les gens faire leur travail humanitaire correctement et que je ne me priverai pas de contacter mon ambassade.
Ironie du sort, les officiers de la frontière jordanienne m'accueillent les bras ouverts à mon retour. "Alors qui sont les meilleurs? Qui traitent le mieux avec toi? Les syriens ou jordaniens? Tu n'as rien perdu, il n'y a de toute façon rien à voir en Syrie!". Alors que l'ambiance est à la rigolade, je leur expose mon cas: "voyez vous, mon collègue irakien est en Syrie parce qu'il a été rejeté de Jordanie. Maintenant je me rends la bas pour travailler avec lui et c'est moi qui suis rejetée de Syrie. Alors comment est on censé faire? On se rencontre à la frontière? On s'assied dans la cafétéria dans la zone neutre et on sort nos ordinateurs pour faire notre travail humanitaire? Bel exemple de la fraternité des pays arabes et musulmans!" Les officiers me confient "Tu sais, avec les Irakiens, c'est compliqué, toutes ces explosions la bas, on a peur qu'ils viennent organiser des explosions chez nous."
L'absurdité de la situation mise encore une fois sous le projecteur. Voila un autre épisode à ajouter à notre film.
Prochain rendez vous: Dubai! (Ca ne me dérangerait pas après tout, ca me permettrait de visiter le Moyen Orient!)
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