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12.05.2007
Une histoire de frontière numéro 2
Aree m'appelle une fois son entretien fini avec un officer des services secrets. "Il a été plutôt sympa, je lui ai tout expliqué, je lui ai donné la lettre, il a trouvé le fax envoyé la veille, je pense que ca va le faire".
Une demi-heure plus tard, la réponse tombe: "Aree, dans quel pays veux tu te rendres, tu n'es pas autorisé à entrer en Jordanie". Je crois bien que j'ai hurlé dans tout l'aéroport à mon téléphone: "Mais c'est un cauchemar, c'est quoi leur problème????".
je suis décidée à rencontrer face à face quelqu'un des services secrets, la haut, dans l'aéroport. Pendant les 4 heures suivantes, je vais courir, d'un hall à un autre, un terminal, à un autre, un bureau à un autre, racontant encore et encore ce que je veux obtenir. Les personnes se rejetent la balle et personne ne veut me laisser à l'intérieur, et les services secrets refusent de me parler ne serait-ce qu'au téléphone. De son côté, Aree fait appel au type qu'il connait, mais il a plutôt l'air de se terrer dans son trou, il a décidé de ne pas montrer son nez.
Désespérée, je sors la carte de l'ambassade française. Après tout, je travaille pour une organization française qui ne peut pas faire son travail. Vendredi, jour de repos, un jeune homme me répond très cordialement: "Madame, l'ambassade est fermée aujourd'hui, il faut attendre dimanche". "Hein???? et il fait quoi jusquà dimanche?? il reste assis sur une chaise en fer en attendant que vous ouvriez????" "Madame, il fallait mieux prévoir votre voyage, prendre l'avion les jours d'ouverture de l'ambassade". HA HA HA, je noterai dans mon carnet: ne pas voyager les jours feriés.
Aree n'a plus qu'à rentrer chez lui, dans son pays. C'est vrai, les choses ont changé en Irak: avant, les Irakiens n'avaient pas le droit de voyager. Après l'arrivée des américains qui les ont liberés, ils ont droit de voyager mais ce sont les pays voisins qui ne les acceptent pas.
Vers minuit, Aree m'appelle: "Maintenant, je suis en prison." Dernière étape du cauchemar. Il s'est un peu énervé, disant que ca serait plus rapide de mettre une pancarte à l'aéroport: Les irakiens ne sont pas admis en Jordanie. Il a été emmené avec un groupe d'irakiens, hommes femmes et enfants et mis dans une sorte de cellule dans une pièce. Les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre, chaque cellule est vérouillée à triple tour. Tout le monde restera la jusqu'à leur avion. L'ambiance dans la cellule est bon enfant. Les rejetés s'interpellent à coup de hé prisonnier et les blagues fusent sur les officiers et la Jordanie. Aree a perdu toute sa colère et il rit à en pleurer. Le stress et la colère qui se déchargent. Il s'agit tous de personnes qui possédaient des raisons valables, des invitations pour entrer en Jordanie, tous rejetés.
Un homme qui réside à Amman depuis 10 ans avec sa famille. Il possède une usine ici et une maison où il était installé avec sa famille. Il s'est rendu au Kurdistan pour acheter une nouvelle maison et il revenait à Amman pour tout vendre dans la semaine suivant et partir avec sa famille. Il est maintenant interdit de rentrer.
Des homme d'affaires kurdes qui venaient à Amman participer à une exposition et qui rentraient avec des milliers de dollars, rejetés.
Ue famille avec un bébé en stade sévere de désyhdratation. Les autorités refusent de l'emmener à l'hopital. Les services secrets ont été entendus dire: "Hors de question que nous laissions la famille rentrer pour ca, si le bébé meurt ici dans cet aéroport, ce n'est pas notre problème."
Aree avait dans sa poche son appareil photo. Il a pris des photos de la prison, il a pris des photos des hommes et des femmes allongés sur le sol de leur cellule, essyant de fermer l'oeil pendant quelques instants. Il est décidé à prendre contact avec les journaux, les chaînes de télévision afin de distribuer ce matériel.
Aree a juré que plus jamais, plus une seule fois dans sa vie, il n'essayera de mettre un pied en Jordanie. "Si tu veux me voir, il faudra que tu viennes au Kurdistan."
11:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note










Commentaires
Je ne laisse pas souvent de commentaires, mais je suis très régulièrement ton parcours étonnant et parfois flippant...
Ecrit par : pat l'expat | 23.05.2007
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