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10.06.2007
Un visa à quel prix
Aree a été invité à participer à un séminaire par une fondation allemande qui se déroule pour une semaine en Allemagne. Pour s'y rendre, il doit donc se rendre à Bagdad afin de suivre les démarches pour obtenir le visa. Mais Bagdad, en ce moment, n'est pas très conseillé comme ville de séjour.
La route entre Kirkuk et Bagdad n'est plus ce qu'elle était. Après le plan de sécurité mis en place en début d'année, la route était redevenue praticable, avec des check-points parsemés sur la route, éloignant les groupes d'insurgés. Mais avec la mise en déroute du plan, les insurgés reprennent confiance, et gagnent du terrain. Ils contrôlent ainsi 2 morceaux de la route sur une dizaine de kilomètres chacun.
Alors que je demande simplement: "Mais pourquoi ne mettent t-ils pas en place des checkpoints dans ces zones la?". Aree me répond: "Mais ils crèvent de trouille! Alors ils s'installent là où ils sont en sécurité et laissent ces deux portions à l'abandon. Toutefois, de temps à autre, ils viennent s'installer pour 2-3h mais jamais plus longtemps".
La traversée de ces zones la se joue donc comme une partie de dés. Les chauffeurs de bus et voitures ne traversent la zone qu'en convois de 5-6 voitures et foncent coûte que coûte. Au petit bonheur la chance.
La veille de son départ, Aree ne dort pas. Il va emmener un de ses tantes avec lui, les familles ne sont généralement pas prises pour cible, il espère ainsi que si le malheur tombe sur lui, il sera plus clément, ayant une femme à ses côtés. Il a aussi décidé d'avoir le Coran dans ses mains, et de le lire tout le long du voyage. Ceci est conseillé par un de ses amis qui lui a recommandé de lire et relire un fameux passage qui 'garde' les personnes prêtes à passer dans l'autre monde.
Le voyage se passe sans encombres ou presque: ils sont arrêtés par l'armée alors que 50 mètres plus loin, un combat se déroule avec les insurgés. 45 minutes plus tard, la route est finalement libre pour rejoindre Bagdad.
L’aventure ne s’arrête pas la. Les allers-retours entre la maison et l’ambassade d’Allemagne sont aussi des chemins semés d’embûches. Aree passe la porte de la maison en ne sachant jamais si il sera de retour un peu plus tard.
Enfin, le visa est dans la poche. Une semaine de répit, une semaine de bonheur dans un monde qui est tellement différent du sien, une semaine à vivre dans un cadre normal. Mais le bonheur est difficile à savourer. Il faut maintenant se préparer à entamer la dernière ligne droite du voyage : le retour à Kirkuk.
Hier à la télé, ils ont annoncé de vastes opérations militaires sur la route. Aree espère que ça va faire un peu le ménage avant son voyage. Alors qu’il pense et organise son trajet en contactant le chauffeur qui a l’habitude de l’emmener, il réalise qu’encore une fois, il va au devant d’énormes risques pour sa vie. Ca le rend naturellement malade de marcher vers la potence. Il étudie toutes les possibilités existant afin de ne pas avoir à prendre cette route. Alors que le trajet est retardé de 2 jours, et que je moque de lui en disant qu’il va devoir passer deux jours de plus dans la fournaise, il me confie ce soir : « Ce ‘est pas ça mon problème. J’ai peur. J’ai deux jours de plus à penser à ce qu’il va m’arriver. Je voudrais pouvoir fermer les yeux et me retrouver la bas, à Kirkuk. »
Aree prendra la route Mardi matin. En attendant, je e peux souhaiter qu’une chose : Que Dieu le garde.
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