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28.10.2007

Un deuil de 3 jours

Le petit Mohammed aura eu sa cérémonie de deuil comme les autres: trois jours "fêtés" comme il se doit.

Une tente a été dressée au milieu de la rue pour accueillir les visiteurs. La famille proche, la famille lointaine, les voisins et les amis, les connaissances plus lointaines et même ceux qu'on ne connait pas. Tout le monde est invité à venir présenter ses condoléances et à partager la nourriture offerte à tous par la famille durant ces trois jours.

Je vois ca plutôt comme une épreuve: trois jours passés à entendre des gens venir se plaindre à vous et éclater en sanglots dans vos bras, et vous pleurez encore, encore et encore.

Eux voient ca comme une cérémonie de bénédiction: tout le monde vient partager sa peine et supporter la famille proche. Et puis, il faut dire qu'ils sont aussi bien occupés à recevoir les gens qui se présentent à la porte, à offrir thé, café, préparer la nourriture; peut etre un moyen de ne pas rester assis et ressasser les évênements tragiques dans sa tête.

Les familles se déplacent de loin pour venir assister aux cérémonies: Sulaymania, Erbil, Mosul, et d'autres viennent de plus loin encore, de Bagdad, comme les voisins et la belle famille. Chapeau lorsqu'on connait les risques qu'ils encourent à faire la route.

Le téléphone arabe fonctionne à merveille. Des coups de fil sont reçus de la Syrie, du Liban, des Emirats Arabes Unis et évidemment d'Europe.

La cérémonie des trois jours s'est achevée ce soir (jeudi soir). Le calme de la journée de demain va sûrement peser sur la famille. Ils ont décidé de changer de maison, afin de ne pas tourner les souvenirs dans leurs têtes. La famille proche est là, bien présente, très soudée, afin de traverser ses épreuves difficiles.     

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27.10.2007

La tristesse au Moyen Orient

Une conception différent de la tristesse.

En Occident, ou plutôt la façon dont j'ai été élevée, m'a fait comprendre que la tristesse est une chose privée. On ne pleure pas en public, on ne pleure pas devant les autres, on retient ses larmes, il faut rester fort, c'est une façon d'exprimer sa dignité.

Mon collègue avait été très surpris lorsque j'avais appris la mort de ma grand-mère maternelle. Tu n'étais pas proche de ta grand-mère, m'avait il demandé? Je ne t'ai pas vu pleurer, tu n'as pas versé une larme! Oui, devant lui, je n'avais rien montré. Je pleurais en me retrouvant seule, une fois la porte de ma chambre fermée. J'ai ainsi essayé de lui expliquer que pleurer est une chose très personnelle.

J'ai toujours regardé de façon étrange les images des femmes du Moyen Orient qui pleurent au milieu de la rue, se frappant la tête et le coeur devant les inconnus ou devant les autres membres de la famille. Pourquoi ce besoin de montrer à tout le monde sa dévastation? Pourquoi étaler quelque chose de si personnel aux yeux de tous?

Je n'avais jamais vu un homme pleurer autant. Lorsque mon collègue a appris la mort de son neuveu, le petit Mohammed, il a crié, il a hurlé. Des larmes de rage, de tristesse et de desespoir ont coulé des heures durant. Il s'est frappé le front en implorant la clémence de Dieu pour sa famille. Une fois la tension libérée, il est retourné auprès de sa famille en Irak afin d'être auprès d'eux pour surmonter l'épreuve ensemble.

Ses larmes ont été saines, mais toutes les larmes du monde ne changeront pas la destiné du petit Mohammed.

Une feuille est tombée de l'arbre.

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26.10.2007

Entre la Turquie et le Kurdistan

Histoire de compliquer un peu les choses, voila la Turquie qui veut mettre son grain de sel dans les affaires irakiennes. Possibilité d'intervention votée, soldats et équipements massés à la frontière, ils ont même déja effectué une série d'interventions et de bombardements durant ces derniers jours à l'interieur du territoire irakien.

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que du côté kurde, on se prépare aussi à la guerre. Un kurde interrogé ne se laisse aucunement impressioner. D'abord le PKK et ses combattants sont très forts et connaissant bien leurs hautes montagnes. Difficile de mener une guerre sur un terrain hostile. Il n'y a pas besoin de rappeler la réputation des peshmergas kurdes. Ensuite, derrière le PKK, il y a une population entière prête à partir au combat. Il en va de l'honneur des Kurdes et personne ne laissera permettre une invasion étrangère sans se battre comme un démon. Un peu partout  au Kurdistan, des bureaux d'inscriptions des combattants ont été ouverts: des longues queues se forment déja et les hommes viennent s'inscrire, prêts à être envoyer dans les montagnes. Enfin, une chose un peu cachée: les Kurdes ont récupéré le matériel militaire de l'ancien régime irakien qui trainaient dans le Nord de l'Irak en 2003. Armes et tanks font partie de l'inventaire. Il ne s'agit donc pas d'un simple groupe de durs à cuire qui gravissent des montagnes.

Les Kurdes sont persuadés que la Turquie ne cherche qu'à intimider le monde et qu'elle ne passera jamais à l'action. Elle sait pertinemment qu'il n'y a pas besoin d'aller chercher des ennuis du côté irakien. Pourtant, les évênements des derniers jours en ont montré autrement.

Le Kurdistan va t-il être mis en flammes? Ca manquait au tableau des horreurs que vit l'Irak actuellement. 

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25.10.2007

Mohammed

Mohammed avait 6 ans. Il s'est éteint mardi soir.

En quelques heures, il est mort d'une infection qui a touché son coeur, une myocardite.

Il a été emmené à l'hopital le mardi dans l'après midi, mis sous oxygène, des examens sont faits avec les pauvres moyens du bord disponibles dans un hopital de Kirkouk.

A Kirkouk, il n'y a pas de médecins spécialisés du coeur. Ou alors, ils ont tous fui depuis bien longtemps. Quelques jeunes médecins qui manquent certainement d'experience. Un medecin de Bagdad est appelé à la rescousse et transmet son diagnostique par téléphone. Mais rien ne peut être fait. Aucun médicament, aucun antibiotique généralement préscrit dans ces cas la, n'est disponible sur place. Le sort de Mohammed a été mis entre les mains du bon Dieu.

En fin de soirée, Mohammed est ramené chez lui avec sa famille. La nuit fut décisive.

Qui blâmer? Les hôpitaux en Irak sont à cours de moyens. Les médecins spécialisés ont pris la route de l'exil, laissant une poignée de médecins travailler dans chaque hôpital. Les médicaments ne sont pas disponibles, et les familles doivent se procurer les matériels nécessaires à leur traitement en dehors de l'hôpital. Elles arrivent donc avec seringues, vaccins et autres médicaments dans les mains, achetés bien souvent sur le marché noir, pour se faire soigner par le centre médical local. Imaginez donc la situation lorsqu'il s'agit de subir une opération. Le plus souvent, les familles ayant la possibilité et les moyens, préferent se faire soigner hors d'Irak.

Mohammed était le seul garçon de la famille, et laisse derrière lui 3 soeurs: une tragédie pour les parents.

La famille proche explique le choix d'Allah: "Il fait cela pour nous tester. Il a tous les droits et il peut nous donner des joies et nous les reprendre quand il le veut. Il veut voir si nous sommes vraiment fidèles à la religion." Ils s'addressent aussi à Allah: " Pourquoi tu ne nous as pas pris nous au lieu de lui?".

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16:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note