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21.05.2008

Le participant disparu

Il y a deux semaines, une de mes organisations organisait un training pour des ONGs locales. Nous étions très motivés, mon sujet de prédilection du moment: la gestion des conflits. Le but du training: apprendre aux participants que l'aide humanitaire peut avoir des effets négatifs dans une situation de conflit, surtout lorsque l'aide arrive entre les mains des mauvaises personnes. Il s'agit ainsi de leur montrer que toute intervention doit faire l'effet d'une analyse complète avant mise en place et de leur fournir les outils et capacités nécessaires pour entreprendre cette analyse.

Organisation du training un peu difficile car il faut choisir la bonne période lors de laquelle les déplacements en Irak sont possible (Les participants viennent de tout l'Irak à Suleymania, Kurdistan). Avec les crises de sécurité un peu partout dans le pays (Bagdad, Basrah) qui empechent les mouvements, nous annulons et repoussons. Et finalement, re-schedulons à la derniere minute pour le début du mois de Mai.

C'est donc des appels en catastrophe pour appeler les participants et leur expliquer qu'il faut réserver billets d'avions et autres moyens de transport à une date précise pour venir à la formation. Je vous passe les problemes que ca pose avec les problèmes de communication mais réussissons tous à les joindre sauf 1.  2 jours, 3 jours, le téléphone ne répond pas.

C'est la veille de la formation que le téléphone répond, une femme à l'appareil: je suis la femme de Hussein, Hussein a été abbattu il y a 3 jours. 

Des hommes portant des uniformes de l'armée irakienne sont entrés dans sa maison et ont tiré des balles sur Hussein à bout portant. Personne ne sait qui sont ces hommes, et pourquoi Hussein a été abbattu. Sûrement des membres d'un groupe quelconque qui revêtent les uniformes de l'armée pour passer inapercus. Il s'agit soit d'une vengance quelconque, ou alors le geste d'un groupe extrêmiste qui n'aimait pas les activités de l'organisation humanitaire dirigée par Hussein.

Hussein est une victime de plus, mais c'était l'un de nos amis.   

18:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

19.05.2008

L'unité arabe, un rêve (encore un peu plus) brisé

Les temps de Jamal Abdel Nasser sont depuis bien longtemps révolus. L'unité arabe n'a jamais vraiment pris forme. Elle reste une utopie comme le prouve la Ligue Arabe, mais je ne sais pas vraiment ce qu'ils font.

Nous l'avions déjà compris après la débandade arabe sur la question des Territoires Palestiniens. Le problème n'a jamais été pris à bras le corps et en a résulté des problèmes de millions de réfugiés, dont chaque pays autour s'est accomodé comment il le pouvait, mais non sans rechigner.

L'histoire se répete malheureusement et nous voila cette fois devant des hordes de réfugiés irakiens qui trouvent porte close en frappant chez leurs voisins arabes.

C'est la Jordanie la précurseuse en la matière: dès 2006, l'entrée sur le territoire a été décidée à la tête du client. La syrie a suivi peu après en mettant en place un système de visa au modique prix de 50$ qui rapidement n'a plus été délivré du tout (pour cause de débordement de population dans le pays). Les autres pays font profil bas mais ce n'est pas nécessairement mieux genre le Maroc qui jamais ne délivrera un visa à un irakien (position officielle: nous n'avons pas encore reçu de réponse à votre demande de visa, attendez encore 1 mois ou 2).

La Jordanie a fait évoluer sa position le mois dernier: un visa officiel est mis en place. Mais la blague est belle:

1- Il est possible de soumettre son application de visa dans l'un des 26 bureaux de la compagnie de transport disponibles en Irak. (Plutôt bien, ca veut donc dire, pas besoin d'aller sur Bagdad). Lorsque je téléphone à TNT pour obtenir l'adresse de leur bureau le plus proche, réponse: nos bureaux ne sont pas encore ouverts, pour l'instant, il est existe un seul, à Bagdad!

2- Nous avons découvert que le bureau de TNT est corrompu. Avec quelques billets, votre application est traitée en premier, sans billet, elle ne sera probablement jamais traitée.

Reste le Liban qui jusqu'à présent était plutôt sympatique. (Le bureau des Mukhabarat à l'aéroport à l'arrivée sont très polis et offrent un siège pour s'asseoir en attendant la réponse qui est donnée dans les 10 minutes). Mais sincèrement, quel irakien est prêt à aller au Liban en ce moment, autant rester à la maison, le spectacle est similaire.

Bref. Les irakiens doivent donc oublier les pays arabes pour le moment. Il semble que la Turquie soit le seul pays de la région autorisant toujours la visite des irakiens. Je pense que je vais pouvoir développer ma connaissance de la ville dans les mois qui suivent....

22:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

11.05.2008

Mahmoud

Hier matin, j'ai reçu une visite de ma voisine qui habite juste au dessus de chez moi. Je n'ai jamais vraiment eu de contacts à part ce jour de Ramadan où je suis allée emprunter une énorme casserole pour cuisiner un énorme makloubeh alors que plusieurs invités étaient à la maison. Je savais juste qu'ils étaient irakiens, de Bagdad, et qu'ils faisaient beaucoup de bruit le soir, en entendant des hurlements et des cris des enfants.

La mère de Mahmoud vient ainsi me rendre visite pour me parler de son fils. Mahmoud a développé des problèmes psychologiques suite à la situation en Irak. Il a peur de tout et devient agressif. Les portes doivent être fermées ou un soldat pourrait entrer. Il a peur du noir et fait des crises de larmes le soir. Il ne dort pas beaucoup et se prend parfois la tête entre les mains en hurlant: je ne suis pas fou, je ne suis pas fou. Mahmoud avait enfin repris l'école cette année en Jordanie avec la nouvelle loi du gouvernment qui acceptait enfin les étudiants irakiens. Mais les professeurs l'ont vite refusé: il devenait violent envers les éleves et n'arrivait pas à suivre le programme.

Mahmoud a le droit de jouer quelque fois dans la rue au ballon devant la porte de la maison mais ce n'est pas sans ennuis. Les autres enfants de la rue l'ont bien vite repéré et viennent l'embêter en le traitant d'anormal.

La mère ne supporte pas bien la situation. Elle me dit que c'est aussi de sa faute car de temps à autre elle pête les plombs et se met à lui crier dessus. De son côté, le père refuse de voir la situation et accuse la mère de ne pas savoir élever son fils correctement et refuse de parler du sujet à qui que ce soit.

Elle ne comprend pas pourquoi Mahmoud est devenu comme ca. Les soldats sont bien venus une fois dans sa maison à Bagdad mais ils ont ététrès corrects. Ils ont fouillés les pièces sans faire de mal à personne. Ils ne cherchaient que des portraits de Saddam et il n'y en avait pas chez elle.

Elle voudrait mettre Mahmoud dans une école spécialisée. Mais cela coute une somme faramineuse. Son mari a déjà de la chance d'avoir un petit boulot illégal en Jordanie, qui lui permet à peine de supporter le coût de la vie en Jordanie.

Elle a vu le petit signe de l'organisation sur la porte de mon appartement et voudrait savoir si nous pouvons l'aider.

Hier soir, en entendant les cris et les hurlements, j'ai été plus compréhensive. Mahmoud a de la chance dans son malheur: il vit désormais loin de ce milieu hostile qu'est devenu l'Irak. Qu'en est il des enfants qui continuent à grandir dans les rues de Bagdad?   

11:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

06.05.2008

Etre femme ou poule mouillée?

Mon collègue qui est venu en avion la semaine dernière du Kurdistan me raconte cette anecdote: il y a eu une panne d'éléctricité pendant quelques minutes dans l'aéroport d'Erbil. Il fait ainsi un noir complet dans l'aérogare et quelques femmes s'exclament:  "ouhouh il fait noir! ..... Ah, mais tout va bien, nous avons des hommes avec nous."

Je rigole en imaginant des femmes avoir peur du noir dans un lieu public et les entendre s'exclamer ainsi. Je donne ainsi mon analyse à 2 balles sur la pauvre condition des femmes dans la région: "Mais enfin, c'est parce que les femmes, vous les encouragez à avoir peur et à dépendre des hommes. La force et l'indépendance, cela s'apprend depuis le plus jeune âge. Et regarde le résultat, même pour une coupure d'éléctricité, elles ont besoin de l'aide des hommes!"

Mon collègue me répond ainsi: "Tu crois que tu pourrais vivre ne serait ce qu'1 heure à Bagdad sans avoir peur et sans gémir?"

Sans eau, sans électricité, des sons d'hélictopères, des tirs de fusils, de mortiers, de tanks, de missiles, jour et nuit, des meurtres dans le quartier, cette peur au ventre qui doit prendre à la sortie de la maison., ne pas savoir comment la nourriture va atterir sur la table le lendemain, est ce que je pourrais supporter ca pendant 5 ans? (sans compter les guerres de 91 et autres avant) Est ce que je possède ne serait ce qu'un quart de la force de ces femmes?

Elles ont peut etre le droit d'avoir peur du noir.

09:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

05.05.2008

Bagdad et Sadr City

Je ne regarde pas vraiment les news à la télévision, mais je suppose que vous entendez parler depuis plus de trois semaines de heurts incessants à Bagdad, notamment à Sadr City.

Sadr City est situé au Nord Est de Bagdad: avant 2003, ce quartier était nommé Saddam City: uu quartier pauvre de Bagdad constuit par Saddam pour satisfaire à la crise des logements. Des batîments construis à la va-vite et à la pelle dans un décor qui me semble bien américain: des rues et des rues parrelleles. Sur la carte, ca donne un quadrillage bien soigné. C'est vers 2004 que la quartier a été renommé Sadr City suite à la montée en force de Moqtada qui domine ce quartier. Sadr city est le berceau de la milice de Moqatad: l'armée du Mahdi. 

Suite au soulevement ordonné par Moqtada fin Avril, Sadr city a pris feu et ne s'est pas reposé. L'armée américaine a bouclé le quartier et y conduit opérations sur opérations et a récemment initié la construction d'un mur qui encercle le district. Difficile de savoir ce qui se passe exactement à l'intérieur à part ce que veulent bien nous dire les américains. L'aide humanitaire arrive à passer difficilement: elle filtre par les quelques points de passage ouverts et séveremment controlés par l'armée. Toutefois, hors de question d'atteindre une majorité de lieux centraux en voiture: il faut transporter nourriture et médicaments par charrettes tirées par des ânes!

Les irakiens crient au massacre, le quartier aurait été mis à feu et à sang. Hier, c'est un hopital du quartier qui a été visé par les tirs américains. 

Résultat concret des opérations: exacerber encore un peu plus les tensions inter-ethniques. Pour compliquer un peu plus le shmilblik, ce sont maintenant les kurdes qui sont visés à Bagdad: les pershmegas (la milice kurde rendue officielle) bataillent au côté des américains, les kurdes deviennent donc des ennemis à abbattre. Hier, dans le quartier d'un de mes collègues, un commercant kurde à été abbattu dans son magasin.   

09:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note