01.04.2007

Le plan de sécurité

Une de mes organisations participe à un projet très sensible: travailler dans des zones hyper chaudes du pays, 2 bastions chiites de Baghdad, Fallujah, Al Qaim et Kirkuk. Heureusement, les activités sont réduites, il s'agit de superviser 2 fois par semaine, une séance de formation donnée par un médecin préalablement formé.  Il y aura donc une personne dans chaque ville qui se rendra sur le lieu de formation pour évaluer l'activité. Ce projet est conduit en partenariat avec une grande ONG internationale. Cette ONG nous a demandé de fournir un plan de sécurité pour les moniteurs qui conduiront les activités. Un plan de sécurité, c'est simple: décrire les mesures qui sont prises afin de minimiser les dangers qui existent. Il est donc raisonnable de mettre en place des mesures pour le staff telles que: ne pas se rendre dans certaines zones dangereuses, rentrer à une certaine heure, communiquer ses déplacements, etc. Mais ces mesures de sécurité sont bonnes à prendre lorsque les dangers sont connus et prévisibles et il est facile de mettre en place des solution. Mais malheureusement, en Irak, la plupart des dangers ne sont pas prévisibles. Une explosion, un sniper, une bombe mise sur le bas coté, un combat armé éclatant soudainement, un kidnapping, etc, etc . Les dangers sont multiples et les mesures de précaution sont souvent inutiles.

Je pond ce plan de sécurité, mais le seul bon conseil que nous pouvons fournir aux moniteurs: faite bien attention à vous.

31.03.2007

Shadhawi

Shadha, un nom qui vous est inconnu en France, et qui est pourtant le dernier phénomène populaire au Moyen Orient.

Shadha est la concurrente de la 4eme saison de Star Academy version Moyen Orient, d'origine irakienne. Depuis les 15 derniers jours, le nom de Shadha est sur toutes les lèvres. Les irakiens sont derrière la jeune femme qui n'a pourtant vécu qu'un an à Bagdad, puisqu'elle a grandi et vit au Maroc.

medium_18.jpg

Dina, une jeune femme pourtant raisonnable, a utilisé près de 15€ à voter pour Shadha. Mais enfin Dina, utilise tes 15€ pour autre chose, achète de la nourriture pour les pauvres enfants irakiens au lien de soutenir une fille qui n'a presque jamais vécu en Irak!!! Sa réponse: Mais tu ne comprends pas! En soutenant Shadha, je soutiens mon pays, je soutiens l'Irak, il faut montrer aux autres pays arabes que les Irakiens ont encore de la force et peuvent s'unir pour une cause!

Dina vote, vote et Shadha atteint la finale.

Ce soir, pour la finale, les télés irakiennes sont dans les starting blocks. Shadawi Shadhawi est devenu un sport national. Les familles et amis irakiens, petits et grands, hommes et femmes, se réunissent chez eux pour regarder ensemble le programme télé.

Dina m'appelle ce soir à 11h en hurlant: Shadha a gagné la finale!!! Je la sens prête à pleurer de joie alors qu'elle me transcrit la scène par téléphone: elle a pris le drapeau irakien dans ses mains! Elle embrasse le drapeau! Elle a embrassé notre drapeau irakien! Vive l'Irak!!

Des scènes de liesse sont visibles dans les rues de mon quartier qui est habité par une grande majorité d'irakiens. Les voitures klaxonnent, et les familles entières qui étaient allées chez leurs voisins pour voir l'émission rentrent chez eux en célébrant leur joie.

Je dissèque les évenements et l'effet Shadha avec Tahsin. C'est en effet émouvant de voir tout un peuple trouver enfin un point d'entente et s'unir pour faire gagner la participante de leur pays. C'est montrer au reste du monde que l'Irak existe, que l'Irak est toujours fort et peut réussir quelque chose si on croit en ce pays. Mais à quand l'unisson des Irakiens afin de développer la paix?

En voyant les célébrations en Irak aussi bien que dans les pays où se sont réfugiés des milliers d'Irakiens, une idée me vient à l'esprit: Utiliser Shadha pour maintenant promouvoir l'unité du peuple pour construire une paix durable dans le pays.  

29.03.2007

Otages de courte durée

Hier matin, 3 de mes staffs se sont rendus sur un site près de Bagdad, où résident des personnes déplacées. Personnes déplacées par le conflit armé ou suite à des menaces de groupes extrémistes, elles quittent le centre de Bagdad pour s'installer à l'exterieur, un peu plus au calme. Elles s'installent où elles peuvent, des bâtiments abandonnés, des terrains vagues, etc.

Ces groupes sont sans aucunes ressources, vivant de façon misérable, sans toit, sans travail. les 3 staffs se sont rendus sur un des sites afin de faire un résumé de la situation.

Arrivés sur place, ils rencontrent les représentants des groupes, posent leurs questions, et dressent un bilan de la situation. Mais alors qu'ils sont prêts à s'en aller, ils sont emmenés en lieu sur par le groupe.

Un interrogatoire commence: qui êtes vous, que faites vous, que voulez vous, pourquoi posez vous toutes ces questions, pour qui travaillez vous?

Bien que ces groupes aient déjà eu affaire à d'autres employés de la même organisation, la suscpision reste énorme afin d'assurer la protection de tout le monde.

Au bout d'une heure, il est convenu que les 3 staffs ne représentent aucun danger et peuvent donc être rélachés.

Ils sont ainsi revenus au bureau sains et saufs, Plus de peur que de mal. 

23.03.2007

Cet alcool qui nous donne des forces

On peut le dire, notre Tuha national est alcoolique. Il n'en est pas au stade de se lever le matin et de commencer à boire, non, mais le soir, il a besoin d'avaler quelques boissons pour se remettre d'aplomb. Oublier les malheurs de la vie, se donner du courage pour faire ci ou ca.

Heureusement, Tuha n'a pas vraiment l'alcool triste. Ca lui donne plutôt la pêche et après avoir bu quelques verres, il n'hésite jamais à prendre son téléphone et à encourager les gens autour de lui à faire ci, à faire ca ou à les remercier. Ces coups de fils sont plus particulièrement destinés à mes collègues irakiens, mais j'y ai droit aussi depuis que Tuha est à Amman: "Bubu, tu sais que sans toi, on ne pourrait pas faire grand chose, on est toujours la pour toi Bubu, si tu as besoin de Tuha, tu peux l'appeler, Tuha il est toujours prêt à travailler, Tuha il veut voir l'organisation grandir, etc, etc, Tuha il habite Kut et il veut faire des projets pour aider les gens, tu sais les irakiens ils ont besoin d'aide, on a besoin de toi Bubu, Bubu tu peux compter sur Tuha, etc, etc". Et ca dure jusqu'à ce que le crédit s'épuise et la communication coupe.

Selon Tuha, se procurer de l'alcool dans sa ville est une tâche difficile, par pression des groupes religieux. Il n'y a plus d'endroits qui vendent de l'alcool, peut être seulement à la sauvette mais il faut alors y mettre le prix. Tuha fait quelques réserves quand il passe sur Bagdad, mais le risque existe de se faire arrêter sur le chemin du retour à un checkpoint monté par une milice esxtrémiste qui pourrait tomber sur les bouteilles d'alcool. Toute astuce est donc bonne pour cacher le liquide, remplir des bouteilles de pepsi semble une bonne solution.

L'alcool aide aussi à se donner du courage lors de situations délicates à affronter. Tuha m'a raconté maintes fois l'épisode du voyage de Bagdad au Kurdistan en Septembre dernier. Alors que son organisation organise une conférence nationale au Nord de l'Irak, Tuha est mis en retard, arrêté et mis en prison pour 2 jours par le gouvernment pour transport de documents suspects. Relaché sain et sauf, il faut qu'il rejoinge au plus vite le Kurdistan, avec les documents nécessaires au déroulement de la conférence et les quelques milliers de dollars en liquide afin de payer les frais de la conférence. Il est 4h de l'après-midi, Tuha doit se mettre en route et prendre la 2eme route la plus dangereuse du pays, l'autoroute de 350km entre Bagdad et Kirkuk. La route passe notammenent par des zones contrôlées entièrement par des insurgés. Ce n'est en plus sans compter que les Américains annoncent la mise en place d'un couvre feu pour la fin de journée dans Bagdad.

Prendre la route à cette heure là est une folie. Les gens voyagent le matin mais à partir de midi les routes sont vides. Il ne reste sur le chemin plus que quelques convois de l'armée américaine et les autres, ceux sur qui on ne veut pas tomber. Seule et unique solution pour Tuha et le chauffeur, prendre du courage par des bouteilles d'Arak bien cachées sous les sièges. Et ils filent. Aree les appelle toutes les 10 minutes par téléphone, afin de vérifier où ils sont et si tout va bien.

Résultat: ils sont arrivés entier, avec 1/2heure d'avance sur le planning!    

21.03.2007

Paix et résolution de conflits

Depuis les 6 derniers mois, j'ai pris un nouveau tournant dans le thème principal des projets que je mets en place. Après avoir découvert la science de résolution des conflits, j'ai continué à creuser dans le domaine de gestion de conflits, construction de la paix etc.

Il s'agit en effet de thèmes intéressants à appliquer au cas de l'Irak, spécifiquement en ce moment. Alors qu'initialiement, les fossés creusés entre les communautés se situaient essentiellement au niveau politique, petit à petit, les écarts entre la société elle même se creuse et des divisions sont visibles au niveau individuel caractérisées par l'appartenance à un groupe religieux ou à un groupe ethnique.

Il devient en effet courant d'entendre au milieu d'une conversation: "mais untel, il est sunnite ou chiite?"; "non je ne veux pas travailler avec un kurde, ce sont tous des manipulateurs" et ainsi de suite. Des organisations se sont déjà déssinées en tant que 'sunnite' ou 'chiite' tandis que celles qui emploient encore des individus d'origine mixte font l'experience de la montée de tensions entre les employés.

Il y a donc des millions de possibilités de créer des beaux projets pour rassembler les populations et asseoir des individus à une même table pour parler ouvertement de leurs problèmes. (ca fait un peu psy). C'était ainsi la méthode employée lors de mon projet pour la communauté palestinienne (voir plus bas). Engager un dialogue entre les représentants des Palestiniens et Irakiens et organiser des activités sociales mixant les individus.

Aujourd'hui, je travaille à dessiner une nouvelle stratégie afin d'intervenir à Kirkuk. Kirkuk est une ville située au Nord de l'Irak (350km de Bagdad) à la frontière du Kurdistan. Le problème de Kirkuk: être une zone riche en pétrole. Traditionnellement, Kirkuk était une ville kurde où vivaient aussi d'autres communautés, les Assyriens et les Turkmans. Saddam, ingénieux, afin d'assurer la main mise sur Kirkuk, a déplacé de nombreux arabes vivant dans le Sud de l'Irak pour les installer à Kirkuk afin d'augmenter la présence arabe dans cette ville. Des milliers de kurdes ont été à leur tour déplacés de la ville et distribués dans d'autres parties d'Irak. A la tombée du régime de Saddam Hussein, les Kurdes ont naturellement réclamé que Kirkuk fasse partie du Kurdistan. Mais le gouvernment irakien ne veut évidemment pas lacher la main aussi facilement sur des millards de dollars.... La nouvelle Constitution du pays votée en 2005 a prôné le déroulement d'un référendum par les populations de Kirkuk afin de décider du statut de la ville à la fin 2007. En attendant, chaque communauté essaie de prouver sa main mise sur la ville à la mode du pays, à coups de défiance politique et de quelques attentats.

medium_0809_kirkuk.jpg

Sachant que la situation va donc chauffer jusqu'à la fin de l'année (on peut déjà voir à la télévision les séries d'attentats perpétrés de façon hebdomadaire), je voudrais avec mon organisation chouchoute intervenir pour établir un dialogue entre les communautés et promouvoir la construction de la paix et la non violence. Plusieurs programmes sont destinés à viser diverses couches de la population: programme d'éducation aux droits de l'homme et à la paix dans les écoles primaires, activités de théatre pour les jeunes afin de communiquer leurs reflexions sur la violence et son résultat, résolution de conflit et non violence dans les universités, création d'un média géré par des jeunes visant à instaurer un dialogue et promouvoir les actions de paix, conférences et activités médiatiques visant à promouvoir le rôle de la femme dans la construction de la paix et la résolution des conflits et enfin training des ONGs pour travailler dans un environnement de conflit.

Je suis emballée et impatiente de pouvoir commencer les activités, mais... il manque encore les fonds! oyé oyé!