20.03.2007
Tableau de vie à Kut
Tuha est un des compères d'une de mes ONGs que je chouchoute. A Amman pour suivre un training, c'est l'occasion de prendre des nouvelles du terrain alors que je ne l'ai pas vu depuis près d'un an et demi. Tuha est un homme d'une cinquantaine d'années, attachant par son caractère calme mais bien pesé. Il a passé 8 ans en Espagne après avoir obtenu une bourse du gouvernment espagnol pour étudier la bas, il est revenu ensuite en Irak pour travailler en tant que journaliste dans une radio espagnole puis un journal espagnol. Il s'engage dans le travail des ONGs alors qu'il se trouve en Mai 2003 à l'hotel Sheraton, rendez vous du moment des internationaux, où 2 petites jeunes espagnoles cherchent des irakiens pour travailler dans leur organisation nommée MPDL.
Depuis près d'un an, Tuha s'est installé à Kut. Kut est une ville situé à 50km au sud de Baghdad. Choix bizarre au premier abord, sachant que Tuha est sunnite et que Kut est une ville du Sud, donc à majorité chiite. Mais Kut est traditionellement une ville communiste, les chiites ne se mèlent donc pas vraiment de savoir qui est sunnite ou non. Au dire de Tuha, les mosquées dans cette région sont plutôt vides.
Tuha a la chance d'avoir un oncle qui vit à Kut, il est donc plus facile pour lui de s'installer dans cette contrée ayant une référence locale.
Tuha s'est rapidement fait quelques ennemis dans sa nouvelle ville. A deux reprises, il recoit des menaces envoyées par SMS en plein milieu de la nuit. Puis un jour, alors qu'il prend un taxi pour rentrer chez lui, une voiture débouche en sens inverse de la rue et c'est le drame. Tac tac tac, la fenêtre du passager est criblée de balles. Tuha a acquis l'habitude en Europe de s'asseoir dans les taxis à l'arrière. Et même si dans cette région du monde, il est d'usage pour les hommes de prendre place sur le siège à côté du chauffeur (la place du mort), Tuha a décidé de ne pas faire comme tout le monde et de continuer à s'asseoir à l'arrière. Tuha et le chauffeur, sains et saufs, se regardent: Tu as des ennemis? non et toi, tu as des enemis? Non. Et ils repartent en direction de la maison de Tuha.
Le problème a été reglé un peu plus tard, lorsque Tuha Holmes et son esprit de déduction lui ont révélé que les menaces venant surement d'une ONG concurrente/jalouse, du coin (vous voyez donc comme le crime devient facile, tu fais quelque chose qui ne me plait pas? Je vais définitivement t'éliminer). Du coup, il a clarifié haut et fort à la communauté qu'il ne travaillait pas pour les américains, qu'il était irakien comme tout le monde et qu'il ne voulait que faire du bien à tout le monde. Le calme relatif de la vie à Kut a ainsi repris.
Il n'en reste pas moins que les partis religieux, politiques et autres sont présents à Kut comme ailleurs, ils possèdent leur propre milice et gouvernent selon leur propre plaisir. Il faut donc marcher dans le droit chemin afin d'esperer ne pas avoir d'ennui, ce que Tuha arrive à faire visiblement depuis ce dernier incident de parcours.
La femme de Tuha est malade. Elle a dévelopé il y a 2 mois, une tumeur au niveau des doigts. Opération dans l'hopital du coin, analyse du bout de doigt enlevé, après quelques jours d'angoisse, la tumeur se révèle non maligne. Soupir de soulagement. Mais un doute reste: et si l'analyse n'était pas bonne? Avec les pauvres équipements de l'hopital du coin qui date de y'a 20 ans, est il possible de produire des bilans de santé fiables? Impossible d'envoyer sa femme au Koweit pour analyse, elle n'obtiendrait jamais de visa. Il a donc pris les résultats des analyses avec lui à Amman afin de voir un médecin ici, mais ca ne va certainement pas changer grand chose.
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19.03.2007
Tableau de vie à Bagdad
Khaldon, le directeur d'une des organisations pour laquelle je travaille, est arrivé à Amman il y a 4 jours. Echappatoire, bol d'air après 6 mois passés enfermés dans la capitale irakienne.
Ce soir, il me décrit la vie des employés ainsi que la sienne.
Sohair, une de mes proches collègues, ne m'a jamais raconté sa vie personelle. Je l'apprends ce soir. Elle habite dans une zone rurale, à la périphérie de Bagdad. La zone est controlée par une milice extemiste sunnite, sa famille composée d'une douzaine de frères est chiite. Ils sont donc au centre de toutes les attentions. Khaldon l'appelle un soir au téléphone à propos du travail. Il entend des tirs de balles et autres qui fusent du côté de Sohair. Sohair lui dit alors qu'elle est aplatie sur le sol de son salon car les balles fusent par les fenêtres. Mais qu'il peut continuer à parler sans problème, c'est le même scénario tous les soirs, elle y est habituée. Pendant ce temps, ses frères et son père sont tous dehors, l'arme au poing, à défendre leurs biens, leur famille, leur honneur.
Khaldon n'ose pas sortir de son bureau. Etant le directeur de l'organisation, il est exposé à d'énormes risques de se faire kidnapper pour obtenir de l'argent. Ainsi, il ne sort qu'en dernier ressort, ou quand il a vraiment besoin de respirer de l'air frais. Lors de sa dernière sortie dans un quartier de Bagdad, il se fait arrêter par un homme dans la rue, un civil. Donne moi ta carte d'identité. Khaldon sait que sur sa carte d'identité figure son nom de famille, à partir duquel il est facile de savoir à quelle secte il appartient. Il clame ne pas l'avoir sur lui et donne sa carte de médecin. Il a de la chance, il vient de recevoir la nouvelle version de la carte, le ministère de la santé a décidé par mesure de sécurité pour le porteur de la carte de ne plus inscrire le nom de famille dessus. Qui est tu? Que fais tu? Que viens tu faire ici dans ce quartier? Interrogatoire en règle au milieu de la rue, alors que les passants marchent à leur affaire, pressés de rentrer chez eux. Khaldon est finalement laissé libre, la prochaine fois, ais ta carte d'identité sur toi! Il rentre sans demander son reste, et soupir d'être pour cette fois, encore en vie.
Le quartier du bureau est plutot calme. (Il est contrôlé par une milice qui a mis l'organisation dans ses petits papiers). Il est quelquefois possible de sortir à midi (hors de question le soir) pour déjeuner dans un des trois restaurants du coin. Règle d'or, changer régulièrement ses habitudes pour ne pas être pris trop facilement pour cible. La marche jusqu'au restaurant n'est pas tranquille. Il s'agit de regarder régulièrement autour de soit, par dessus son épaule, pour être sur de ne pas être suivi ou être pris pour cible, être embarqué par une voiture stationnant au bord du trottoir. Le plus dur c'est de savoir que la mort peut arriver à tout moment. Une voiture qui explose, une bombe mise sur le bas côté de la route, un sniper, un kidnapping... tout peut arriver. Et surtout, ne pas savoir qui est son ennemi. Cette voiture qui passe va peut etre exploser, cette voiture stationnée va peut être vous enlever, cette personne qui marche derrière vous va peut être vous braquer une arme dans le dos. Ne faire confiance à personne, qu'à soi même et à sa rapidité de réaction si quelquechose arrive.
Lorsque Khaldon arrive à Amman, les habitudes sont bien ancrées et il est difficile de faire baisser le niveau de tension. L'environnement hors de la maison représente une zone de danger. Il devient difficile de passer la porte pour aller à ses affaires. Cela fait près de 4 ans que Khaldon ne connait pas la signification de distractions. Comment passer son temps? Comment se divertir, se faire plaisir? Il a perdu le goût à toute activité. Il connait son ordinateur, son travail et son bureau. La communication avec les autres devient difficile. Méfiance, manque de confiance, les autres deviennent des étrangers qu'il est très difficile d'aborder. Khaldon rigole alors qu'il me dit que les premiers jours à Amman il se surprend à regarder par dessus son épaule en marchant, ou en racontant des salades au chauffeur de taxi qui lui fait la conversation.
4 années qui ont détruit à petit feu les irakiens, leur vie, leur personnalité.
10:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.03.2007
Histoires de familles
Vous ne le savez peut être pas, la Jordanie est peuplée à 60% de Palestiniens. Après les épisodes de 1948 et 67, les palestiniens ont cherché refuge en Jordanie et se sont installés dans ce pays en attendant une éventuelle résolution du conflit.
Au départ, les gens d'une même famille ainsi que les gens d'un même village sont restés proches, logés dans des tentes à proximité les uns des autres. Alors que le temps passe, les tentes se sont transformées en maisons en béton et ainsi, on retrouve ces groupements de familles et de gens d'un même village palestinien dans Amman, dans les camps de réfugiés. Petit à petit, les gens se sont dispersés, les familles se sont agrandies, mais les traditions demeurent.
Chaque village palestinien, voire chaque famille palestinienne a formé son propre club, afin de sauvegarder une certaine cohésion de la tribu. Par club, j'entend plutôt un lieu, une salle, qui permet aux membres de se réunir, régulièrement ou non, et selon les possibilités et les moyens du club, des activités sont organisées, ou non.
Azzedine, mon chauffeur, d'origine palestinienne, fait partie d'une grande famille originaire d'Hébron. Sa famille a fondé son club comme les autres. La location de la salle est financée par les membres de la famille étendue: chaque homme marié de la famille paie 25JD (30€) par an. La salle est utilisée par les membres de la famille qui ont à célébrer un bohneur (un mariage, une naissance) ou un malheur (une mort). Le club permet aussi de créer des liens de support entre les membres éloignés. Les gens riches de la famille donnent de l'argent aux plus pauvres afin de financer les études universitaires de l'un, une opération médicale d'un autre, etc. Un réseau de soutien est ainsi mis en place à travers les membres d'une même famille.
Le mari de Nadira est lui membre du club de Bir Zeit (un village près de Ramallah). Le club est vraisemblablement plus riche, car c'est un lieu de rassemblement régulié pour les hommes et les jeunes qui viennent y parler politique et nouvelles autour d'un café et d'un narguilé.
19:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.03.2007
A mes Palestiniens
Cela fait plus d'un an que je travaille sur un programme de résolution de conflit pour les Palestiniens habitant Bagdad. (Rapidement pour les nouveaux, les Palestiniens sont victimes d'attaques et représailles en majeure partie à cause d'une propagande lancée par Saddam Hussein qui criait haut et fort distribuer de larges bénéfices aux réfugiés palestiniens, à une époque où le peuple irakien vivait dans des conditions économiques misérables)
Le but de ce programme était donc d'établir un dialogue entre les communautés irakiennes vivant à proximité des quartiers palestiniens et les représentants des Palestinians avec pour but d'essayer de construire un semblant d'entente, voire de calme.
Des interviews, des visites de quartiers déchirés par la violence, des tours de table, et des activités toutes bêtes pour réunir Irakiens et Palestiniens, aujourd'hui divisés par une spirale de mésentente et de conflits.
Ma programme s'est terminé fin janvier et alors que j'ai reçu les documents finaux en provenance de Bagdad il y a seulement quelques jours, je peux enfin mesurer l'ampleur et l'impact des actions que nous avons lancées. Des photos de mains irakiennes et palestiniennes serrées, des embrassades de femmes et d'enfants partageant des moments de détente, des documents relatant les efforts des mairies locales pour distribuer du mazout et des vivres aux familles palestiniennes en plein coeur de l'hiver, ou d'efforts d'individus irakiens essayant de trouver des solutions pour loger des familles palestiniennes qui ont du abandonner leurs maisons suite à des menaces reçues, etc, etc.
Je suis émue, je suis fière d'être au coeur de telles initiatives et mon coeur fond de ne pas avoir la possibilité d'avoir vécu ces moments uniques. Je me rappelle enfin pourquoi je fais ce que je fais.
Toute ma reconnaissance va à mes équipes qui affrontent jour après jour les risques qui existent de silloner les rues de Bagdad et de frapper aux portes des quartiers palestiniens controlés pour la plupart par des milices extrêmistes.
Un exemple de courage et d'espoir pour le monde entier.
15:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2007
Noel en Mars
La semaine dernière, je me vantais de prendre mon petit déjeune en terrasse au soleil. Ce matin, j'ai ressorti les gants et le bonnet.
Si il y a bien une chose à ne pas faire dans ce pays, c'est sortir un jour de neige. Je n'ai pas le choix, j'ai un rendez vous à l'autre bout de la ville. Mon chauffeur me prie une dizaine de fois: tu es sure que tu veux aller à ce meeting? Mon coeur va flancher si il arrive quelque chose à ma voiture!
Il n'y a pourtant pas grand monde dehors, personne n'est fou, 3cm de neige et on reste au chaud chez soi. Les quelques voitures qui se risquent dehors sont méfiantes, l'allure est digne d'une troupe d'escargots. Il faut dire qu'il neige de plus en plus, les flocons sont énormes, la bouillasse s'accumule, arriverons nous entiers?
Ce cirque a duré toute la journée, mais il faut bien en profiter, après tout c'est le seul et unique jour de l'année! (ou on voit de la neige)
20:28 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









