01.03.2007

Voyage en sens inverse

Nadia est arrivée à Amman il y a bientot 1 an et demi.

1 an et demi qu'elle tourne en rond, regrettant sa ville, son pays, chantant Bagdad à tue-tête à longueur de journée.

Comme les autres, Nadia a quitté Bagdad et a fui la violence journalière et s'est installée en Jordanie jusqu'à ce que les choses se calment. Les jours passent, les mois défilent, et la situation empire. Aucun espoir de revoir sa ville dans les prochains mois, voir prochaines années.

Nadia n'est pourtant pas si mal lotie. Elle est logée chez sa soeur qui est installée à Amman et mariée à un Jordanien. Elle a même trouvé un travail à l'hopital du coin, travail au noir certes, mais travail qui lui permet de ne pas se sentir totalement dépendant de sa soeur. Et puis elle a retrouvé ses amies qui elles aussi ont fui le cauchemar.

Mais Nadia n'en peux plus. Nadia tourne en rond. Ne plus subir ce destin, ne plus attendre que la vie passe sans tracer son chemin, Nadia veut retourner en Irak. S'installer dans le Nord, au Kurdistan, la d'où elle est originaire, et trouver un travail. Vivre chez elle, dans son pays, ne pas se sentir hors la loi, mise en marge d'une société qui n'est pas la sienne.

Lundi dernier, Nadia a pris un avion en sens inverse Amman-Bagdad. Alors que les trajets populaires sont plutôt Bagdad-Amman. Arrivée à Bagdad, elle s'occupe d'obtenir 2-3 papiers avant de partir pour le Nord. Elle aurait une piste pour travailler dans une école dans une moyenne ville.

Elle va essayer de se construire une nouvelle vie, un nouveau destin qu'elle aura elle même décidé et non pas imposé à elle par la force des choses.

Trouvera t-elle son bonheur? Il faut lui souhaiter, car re-rentrer en Jordanie sera sans doute impossible pour elle, après avoir passée 1 an et demi de clandestinité dans le pays. 

26.02.2007

Pétages de plombs en règle

Aree se trouve devant un grave dilemme. Alors qu'il s'est engagé pour donner un training pour une grande organisation internationale réputée, voila qu'une autre organisation le contacte pour participer à un workshop se déroulant en Allemagne. L'Allemagne, le pays de prédilection de Aree depuis qu'il y a mis les pieds pour la première fois l'année passée, essentiellement car son frère est installé la-bas et que c'est le seul et unique pays hors du Moyent Orient qu'il a vu jusqu'à présent.

Ni une ni deux, Aree est en route pour Bagdad, bravant tous les dangers, afin de déposer son passeport à l'ambassade afin d'obtenir le précieux visa.

Ni trois ni quatre, je passe coup de fil sur coup de fil et je m'énerve: Il s'est professionnellement engagé pour conduire ce training, il ne peut pas tout laisser tomber comme ca à la dernière minute. Cela va nuire à l'image de son organisation, à son image à lui et il va manquer l'occasion de prendre un premier pas vers son développement profesionnel. Partir pour l'Allemagne n'est pas vraiment responsable dans ce cas là.

Il argumente et me dit qu'il va se faire remplacer par un ami bien meilleur que lui pour donner le training.

Puis au fil des conversations, la goutte fait déborder le vase et Aree me fait un monologue.

Tu ne comprends pas dans quel état je vis, sans eau, sans éléctricité, je cours à droite à gauche pour le boulot, je rentre je sors sans ne jamais savoir si je rentrerai vivant, j'ai le cerveau qui bouillonne, des problèmes à ne pas savoir qu'en faire, ma famille, être sur de pouvoir l'aider, mon frère qui n'a pas de travail, l'autre qui me demande de l'argent, mon cousin kidnappé, et je cours sans cesse sans me poser, d'une ville à l'autre, d'une maison à une autre, passant d'aéroports en aéroports, voyageant par des routes dangereuses, ne sachant pas si j'obtiendrai un visa, si ils me laisseront entrer dans le pays, je dois surveiller le staff qui ne fait pas son boulot, trouver des solutions pour la famille, je passe de trainings en workshops sans prendre une minute d'air, des gens qui se plaignent, des gens qui pleurent, la misère et l'horreur, pourquoi je n'ai pas le droit de demander quelques jours de tranquilité, pourquoi je ne peux pas avoir une vie normale, comme mon frère en Allemagne, il ne se préoccupe de rien, il vit sa vie, il n'a pas de soucis, il a une maison et un jardin, je veux une vie comme tout le monde, je veux pouvoir m'asseoir devant la télé sans avoir le cerveau qui travaille à chaque seconde pour savoir comment résoudre tel et tel problème, j'ai besoin d'un break, j'ai besoin d'air, je ne suis pas un combattant? tu trouves que je suis faible? que je n'en fais pas assez? et les combattants ils n'ont pas le droit de prendre du repos? Tout ce que je veux c'est pouvoir rester une semaine au calme avec ma tête vide. C'est vraiment trop demander?

Je reste la bouche ouverte, sans réplique possible. Une vie normale, une vie calme comme tout le monde. Pourquoi existe t-il certains privilégiés?

Nous avons finalement trouvé un compromis. Aree va donner son training et après le training, après avoir obtenu son salaire bien mérité, si il obtient le visa, il va pouvoir partir 2 semaines en Allemagne, en vacances, auprès de son frère. Et pour une fois, il va oublier ses autres obligations et s'offrir une parenthèse de bonheur.

De mon côté, je pête un plomb avec le staff d'une autre organisation. Les projets sont finis et le staff a jeté l'éponge avant que tout soit fini proprement. Les détails finaux qui manquent et qui gachent un peu l'image globale. Je m'énerve, je désespère, mais je ne sais plus si c'est la bonne méthode. Ils ont la tête ailleurs, d'autres préoccupations, sans doute beaucoup plus terre à terre que les miennes. Que faire? Rester zen...

24.02.2007

Une japonaise à clefs

Il y a des personnes comme ca que le destin veut vous faire rencontrer à un moment ou à un autre de votre vie. S'agit il de personnes clefs de votre existence, de personnes qui sont censées vous donner quelquechose de très spécial? En tout cas, il est prouvé que des fois le destin ne fait pas toujours bien les choses.

Aisa se trouve en 2002 en Palestine, dans le camp de réfugiés d'Askar qui surplombe les hauteurs de Naplouse. Elle est cordinateur de l'International Solidarity Movement, un mouvement de non-violence qui essaie de faire face aux agressions de l'armée israélienne. J'y suis moi même à ce moment là et mon frère est en contact avec elle alors que nous prenons part à une action gérée par ISM.

En Mars 2005, Aisa se trouve à Amman, elle est dans les bureaux de la Jordanian Women's Union pour rencontrer la directrice qui lui raconte fièrement qu'une volontaire française les aide en ce moment. Je suis à ce moment là occuper à autre chose, préparant mon travail pour me pencher sur des projets en Irak.

Enfin en 2007, nous nous rencontrons enfin alors qu'Aisa est venue étudier une des organisations irakiennes pour laquelle je travaille dans le cadre de la création au Japon d'une association des amis de cette même organisation.

Vous me direz sans doute que le Moyen Orient n'est pas très grand, et vu que c'est une marmite dans laquelle on tombe dedans depuis qu'on est petit (ou grand), il est alors à peu près facile de rencontrer les gens qui développe un certain attrait pour cette région du monde.

Mais c'est quand même troublant, Aisa a un parcours assez similaire au mien. Etudes en Angleterre, voyages en Palestine, goût pour le travail sur le droit des femmes, tournage sur les questions de résolution de conflits, paix et non violence, et enfin intérêt sur la question irakienne.

Comment Aisa va donc t-elle changer ma vie? Je garde les yeux grands ouverts pour voir! 

23.02.2007

Un vendredi à la mer morte

Aujourd'hui, je me suis sentie 100% jordanienne. Explication.

Départ en fin de matinée d'Amman avec une bande de copains jordaniens en direction de la mer morte pour un barbecue. Arrêt habituel au supermarché sur la route pour acheter les ingrédients. 2 heures plus tard, tout est enfin prêt, les voitures se suivent sur la route pittoresque qui descend dans la vallée du jourdain.

Le monde est là, il faut dire que la journée est belle, et on le voit par la file de voitures qui attendent de passer le check-point à l'entrée de la vallée. C'est pas grave, nous avons toute la journée, la musique arabe file à travers les fenêtres ouvertes des voitures, nous avons tout notre temps.

On atteint le terrain plat qui précède l'arrivée sur la mer morte, une longue route droite bordée d'arbres et de champs cultivés, au bord de laquelle des familles aiment bien s'arrêter pour pic-niquer. Petit rappel: les jordaniens sont friands de ce genre d'endroits, bord de route et sous les arbres, un emplacement favori et idéal. Au passage, les odeurs de viande grillée rentrent par nos fenêtres.

Soudain, l'horreur me serre le coeur: la voiture chef de notre file s'arrete ainsi, ici, au bord de la route, faisant mine de donner l'ordre d'installer le camp. !!!!!!! . Un barbecue au bord de la route! Alors que la mer est à 5 kilomètres! Mais bon, vous le savez, je suis facile à vivre, et après tout, il faut, dans la vie, avoir tout essayé. Déballage en règle, les couvertures, le barbecue, la viande.

Sortie un peu différente de d'habitude, aujourd'hui c'est en famille, couples mariés avec enfants. Les femmes, et donc moi même, s'asseyent sur les couvertures, et les hommes prennent en main le barbecue. Ca ne me déplait point comme organisation. On papote pendant que les hommes travaillent, et on mange pendant que les hommes continuent à faire griller les 6 poulets et les 3 kilos de viande achetés.

Levée de camp pour cette fois aller se mettre au bord de la mer. Enfin bord de la mer est un bien grand mot. C'est dommage, je n'ai pas de photos pour faciliter la description Le bord de la mer n'est est fait pas atteignable en tant que tel, la route se trouve à 300 mètres de la mer et pour l'atteindre, il faut descendre un terrain vague semée de cailoux et autres détritus. Petit tour au bord de la mer et remontée au bord (encore une fois) de la route sur la rampe goudronnée qui surplombe la mer.

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Le spectacle en fin d'après-midi-début de soirée est étonnant. Les voitures défilent et chacun vient faire son barbecue. Familles, jeunes, enfants qui courent partout. Loueur de tables et chaises en plastiques, vendeurs de thé et café, chameaux et chevaux, tout celà avec un fond de musique criarde lancée par chaque voiture. Des photos ne rendraient pas l'ambiance.

Nous redéplions les couvertures, buvons le thé, regardons la mer, rêvons devant la Palestine, et finissons finalement par rentrer tristement et tranquillement vers Amman.

 

21.02.2007

Irak en crise?

Les UNs le crient haut et fort depuis les 15 derniers jours, l'Irak est en état d'urgence, une opération humanitaire de grande envergure doit être organisée et déclenchée au plus vite.

22 v'la la police, les UN se réveillent deux ans plus tard. Mais comme on le dit si bien, mieux vaut tard que jamais.

Séries de meetings pour définir les besoins, qui fait quoi où, et grande réunion avec tous les grands pontes de chaque agence UN, et au passage, invitation des ONGs et autres acteurs qui peuvent contribuer en utilisant leur cerveau.

Gestion de l'information: Par le manque d'accès au terrain, on a peu d'infos crédibles, véritables, qui est mal partagée, et on ne sait pas comment dessiner les stratégies et programmes. Que peut on y faire?

Solution: C'est simple, on récole l'information, on l'analyse et on la dissémine.

Voila le travail des UNs, il fallait la présence des directeurs régionaux et l'emploi de consultants rassemblés dans un hotel 6 étoiles pour arriver à cette conclusion.

Demain, au programme, définir un système opérationnel. L'exercice va être dure.

Positivons, je remplis mon carnet de cartes de visite.