27.10.2007

La tristesse au Moyen Orient

Une conception différent de la tristesse.

En Occident, ou plutôt la façon dont j'ai été élevée, m'a fait comprendre que la tristesse est une chose privée. On ne pleure pas en public, on ne pleure pas devant les autres, on retient ses larmes, il faut rester fort, c'est une façon d'exprimer sa dignité.

Mon collègue avait été très surpris lorsque j'avais appris la mort de ma grand-mère maternelle. Tu n'étais pas proche de ta grand-mère, m'avait il demandé? Je ne t'ai pas vu pleurer, tu n'as pas versé une larme! Oui, devant lui, je n'avais rien montré. Je pleurais en me retrouvant seule, une fois la porte de ma chambre fermée. J'ai ainsi essayé de lui expliquer que pleurer est une chose très personnelle.

J'ai toujours regardé de façon étrange les images des femmes du Moyen Orient qui pleurent au milieu de la rue, se frappant la tête et le coeur devant les inconnus ou devant les autres membres de la famille. Pourquoi ce besoin de montrer à tout le monde sa dévastation? Pourquoi étaler quelque chose de si personnel aux yeux de tous?

Je n'avais jamais vu un homme pleurer autant. Lorsque mon collègue a appris la mort de son neuveu, le petit Mohammed, il a crié, il a hurlé. Des larmes de rage, de tristesse et de desespoir ont coulé des heures durant. Il s'est frappé le front en implorant la clémence de Dieu pour sa famille. Une fois la tension libérée, il est retourné auprès de sa famille en Irak afin d'être auprès d'eux pour surmonter l'épreuve ensemble.

Ses larmes ont été saines, mais toutes les larmes du monde ne changeront pas la destiné du petit Mohammed.

Une feuille est tombée de l'arbre.

26.10.2007

Entre la Turquie et le Kurdistan

Histoire de compliquer un peu les choses, voila la Turquie qui veut mettre son grain de sel dans les affaires irakiennes. Possibilité d'intervention votée, soldats et équipements massés à la frontière, ils ont même déja effectué une série d'interventions et de bombardements durant ces derniers jours à l'interieur du territoire irakien.

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que du côté kurde, on se prépare aussi à la guerre. Un kurde interrogé ne se laisse aucunement impressioner. D'abord le PKK et ses combattants sont très forts et connaissant bien leurs hautes montagnes. Difficile de mener une guerre sur un terrain hostile. Il n'y a pas besoin de rappeler la réputation des peshmergas kurdes. Ensuite, derrière le PKK, il y a une population entière prête à partir au combat. Il en va de l'honneur des Kurdes et personne ne laissera permettre une invasion étrangère sans se battre comme un démon. Un peu partout  au Kurdistan, des bureaux d'inscriptions des combattants ont été ouverts: des longues queues se forment déja et les hommes viennent s'inscrire, prêts à être envoyer dans les montagnes. Enfin, une chose un peu cachée: les Kurdes ont récupéré le matériel militaire de l'ancien régime irakien qui trainaient dans le Nord de l'Irak en 2003. Armes et tanks font partie de l'inventaire. Il ne s'agit donc pas d'un simple groupe de durs à cuire qui gravissent des montagnes.

Les Kurdes sont persuadés que la Turquie ne cherche qu'à intimider le monde et qu'elle ne passera jamais à l'action. Elle sait pertinemment qu'il n'y a pas besoin d'aller chercher des ennuis du côté irakien. Pourtant, les évênements des derniers jours en ont montré autrement.

Le Kurdistan va t-il être mis en flammes? Ca manquait au tableau des horreurs que vit l'Irak actuellement. 

25.10.2007

Mohammed

Mohammed avait 6 ans. Il s'est éteint mardi soir.

En quelques heures, il est mort d'une infection qui a touché son coeur, une myocardite.

Il a été emmené à l'hopital le mardi dans l'après midi, mis sous oxygène, des examens sont faits avec les pauvres moyens du bord disponibles dans un hopital de Kirkouk.

A Kirkouk, il n'y a pas de médecins spécialisés du coeur. Ou alors, ils ont tous fui depuis bien longtemps. Quelques jeunes médecins qui manquent certainement d'experience. Un medecin de Bagdad est appelé à la rescousse et transmet son diagnostique par téléphone. Mais rien ne peut être fait. Aucun médicament, aucun antibiotique généralement préscrit dans ces cas la, n'est disponible sur place. Le sort de Mohammed a été mis entre les mains du bon Dieu.

En fin de soirée, Mohammed est ramené chez lui avec sa famille. La nuit fut décisive.

Qui blâmer? Les hôpitaux en Irak sont à cours de moyens. Les médecins spécialisés ont pris la route de l'exil, laissant une poignée de médecins travailler dans chaque hôpital. Les médicaments ne sont pas disponibles, et les familles doivent se procurer les matériels nécessaires à leur traitement en dehors de l'hôpital. Elles arrivent donc avec seringues, vaccins et autres médicaments dans les mains, achetés bien souvent sur le marché noir, pour se faire soigner par le centre médical local. Imaginez donc la situation lorsqu'il s'agit de subir une opération. Le plus souvent, les familles ayant la possibilité et les moyens, préferent se faire soigner hors d'Irak.

Mohammed était le seul garçon de la famille, et laisse derrière lui 3 soeurs: une tragédie pour les parents.

La famille proche explique le choix d'Allah: "Il fait cela pour nous tester. Il a tous les droits et il peut nous donner des joies et nous les reprendre quand il le veut. Il veut voir si nous sommes vraiment fidèles à la religion." Ils s'addressent aussi à Allah: " Pourquoi tu ne nous as pas pris nous au lieu de lui?".

976b6976062a47fa7e110af08445bed6.jpg    ff9790e379210b9b4b263e0698be5d22.jpg

16.09.2007

La coupe de football

Aujourd'hui, nous faisons un flashback au mois de Juillet de cette année, afin de vous raconter l'épopée de la coupe de football d'Asie.

Coupe du monde en plus petit, les participants sont les pays d'Asie et du Moyen Orient. Sans qu'on ait trop suivi, tout à coup, l'Irak se trouve à jouer en demi-finale du championnat. C'est l'enthousiasme complet, ayant à ce moment la un irakien à la maison, nous regardons sagement comme il se doit. Suspense suspense, l'Irak gagne in-extremis aux tirs au but. C'est l'explosion de joie dans ma rue, les enfants chantent et crient, et les images à la télé en direct de Bagdad nous confirment que le pays entier se passionne pour la coupe. Les hommes affluent dans les grandes artères de Bagdad, munis de drapeaux et de porte-voix, ils montent sur les voitures et sur les hummers de l'armée irakienne qui elle même se met à brandir le drapeau irakien. Les coups de fusils éclatent (tradition irakienne) qui feront d'ailleurs quelques morts à cause des balles qui retombent. Bref des scènes jamais vues. A noter, au milieu des scènes de joie dans Bagdad, 2 voitures explosent, faisant une trentaine de morts. 

Le soir même, nous décidons d'aller faire un tour dans les rues du quartier afin de mesurer l'ambiance. Les irakiens sont bien de sortie. Les klaxons sifflent et les drapeaux irakiens volent. J'avais une jolie photo d'une petite fille enroulée dans son drapeau, je l'ai maheureusement égarée.

Rendez vous est donc donné 4 jours plus tard pour la finale du match, une premiere dans l'histoire de l'Irak, qui jouera contre l'Arabie Saoudite. Pour annecdote, il faut savoir que la Jordanie est plutôt copine avec l'Arabe Saoudite et les enfants jordaniens se disputent dans la rue avec les enfants irakiens sur le sort du match.

Et, contre toute attente, l'Irak fut victorieuse. Encore une fois, scènes de liesse en Irak et à Amman. Même que j'ai du rentrer chez moi à pied faute de pouvoir trouver un taxi de libre, les irakiens étaient tous de sortie.

A Amman, les grandes artères sont même bloquées aux voitures par la police pour éviter des ennuis.

Mais des ennuis, il y en a eu. Certains ne sont visiblement pas contents que l'Irak ait gagné (à défaut de l'Arabie Saoudite, dixit que la Jordanie aurait préparé des grandes animations si le résultat avait été l'inverse) et quelques forces de l'ordre le montrent clairement. Différents rapports de quelques amis me racontent ce qu'il s'est passé à quelques endroits. Les policiers arrachaient nerveusement les drapeaux irakiens flottants des mains des supporters, tandis que d'autres se sont fait prendre dans des coins sombres et piétinés. Plusieurs rapports détaillent des faits similaires et des photos ont aussi voyagé sur internet

Auourd'hui, en tant qu'irakien à Amman, il faut rester prudent. 

13.09.2007

Ramadan Karim

Voila le premier jour du Ramadan venu. Les cartes et les mots doux s'échangent et en voici une que j'ai reçu de mes anciens collègues.

de535e0f7c13da0963864e1fd1f47629.jpg

Ramadan apporte son lot de lumières, de guirlandes dans les rues et les maisons, de joie dans les coeurs, etc.

Ramadan apporte aussi son lot de contraintes, les horaires sont chamboulés: plus de meetings sympathiques en journée à la terrasse d'un café, tout qui ferme plus tôt, plus de taxis dans la rue à l'heure du foutour, les cours d'espagnols déplacés en milieu d'après midi, etc, etc.

Point négatif pour cette année: nous voila mi-septembre et il fait encore CHAUD. Partir pour une matinée en dehors du bureau pour vagabonder à droite à gauche sans pouvoir se rafraîchir devient une contrainte. Et pire encore pour ceux qui ont des activités physiques dehors! (Je pense notamment à mes petits vendeurs de fruits et légumes qui commencent leur travail aujourd'hui même en poussant leur charette dans les rues). En plus, l'heure de fin du jeûne a été retardée: autour  de 18h30!

Une petite pensée aussi pour mes quelques amis irakiens qui ont du quitter l'Irak en catastrophe et qui se retrouvent seuls à Amman sans famille, le Ramadan a certainement un goût amer. Mais bon, ils ont promis de m'inviter à manger.

Pour ma part, je prévois un petit tour en Syrie dans les jours qui viennent pour éventuellement passer diner en début de soirée au sein de la grande mosquée des Omeyyades.