14.04.2007
Guide Survie à Bagdad – 2eme Partie
Je continue donc ce petit guide de survie en vous indiquant comment réagir ou plutôt comment prévenir le fait de se retrouver dans des situations qui pourraient être gênantes :
- les voitures piégées : elles sont implantées un peu partout, de préférence dans des lieux publics un peu bondés (marchés) ou près de cibles de choix (check-points, stations de police). Le but, faire le plus grand nombre possible de morts. Les éviter ? c’est difficile. En général, les Irakiens se reposent sur leur philosophie de la vie : si je me trouve au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est que Dieu l’aura voulu ainsi. Pour vous, il faudra éviter les voitures qui sont garés du mauvais côté de la route ou à des endroits suspects, éviter tout véhicule un peu suspect (surtout si vous y voyez des fils, des télécommandes qui en dépassent) et éviter aussi les voitures sans immatriculation.
- Les engins explosifs mis au bord de la route : ces engins sont placés un peu partout au bord de la route et visent des convois de véhicules précis, type convois de l’armée ou convois de personnes du gouvernement. Mais quelquefois, ces bêtes la explosent au mauvais moment. Elles sont cachées au bord de la route, dans des cartons, dans des poubelles, elles sont enterrées dans des trous, ou même mis dans la carcasse d’animaux morts qui se trouvent par la. En général, l’indication traditionnelle est d’éviter de circuler au bord de la route (du côté du trottoir) et de préférer le centre. Mais circuler au centre a aussi un inconvénient, si vous avez besoin de changer de route ou de fuir tout à coup, il devient plus difficile de manœuvrer lorsque vous êtes placés au centre.
- Les kidnappings : ils sont communs et visent : soit les familles riches afin de recevoir une rançon, soit des personnages politiques ou des personnes qui peuvent servir de monnaie d’échange (les étrangers, les personnes du gouvernement, le staff d’organisations non gouvernementales, autres personnes exposées par les médias, etc). Difficile de prévenir les kidnappings. Il faut rester en alerte constamment, voir si une personne ou une voiture suspecte vous suit, éviter de se trouver dans des endroits isolés, et éviter toute voiture qui s’arrêterait brusquement à coté de vous.
- Les opérations militaires : ça vous n’y pouvez pas grand-chose. Lorsque les américains et les forces irakiennes sortent la grosse artillerie, mieux vaut rester chez vous, en priant que rien ne vous tombe sur le coin du nez.
- Les combats de rue : Ces combats sont généralement déclenchés entre deux factions armées ennemies. En pleine journée ou en pleine nuit, ces combats peuvent se déclancher à tout moment. Il est facile d’être pris au milieu du combat, de se trouver à circuler dans une rue tandis qu’une fusillade éclate d’un côté de la rue sur l’autre. Soit vous avez la possibilité de fuir rapidement le secteur, soit vous prenez refuge dans un bâtiment, un magasin de la rue, et vous attendez que ça passe.
- Les snipers : ils opèrent généralement durant les combats de rue. Mais en général, il vaut mieux rester constamment alertés de ce qu’il se passe sur le toit des bâtiments et dans les immeubles vides…
- Les mortars : utilisés par les groupes armés pour se les lancer les uns sur les autres, c’est la même chose, vous n’y pouvez pas grand-chose. Ils tombent sur des maisons, sur des mosquées, ils ne sont pas très précis, alors priez si ils tombent dans votre zone. Ils sont utilisés de préférence la nuit, alors au moins, vous aurez le réconfort d’être touchés pendant votre sommeil.
- Les assassinats ciblés : Les assassinats sont commis par les groupes armés qui éliminent des personnes choisies particulièrement, soit pour leur appartenance politique ou confessionnelle. De jour ou de nuit, les assassins se rendent à la maison ou au lieu de travail des personnes choisies. Au départ, étaient assassinés les supporters du régime de Saddam. Aujourd’hui, les assassinats sont conduits à partir de l’appartenance ethnique et religieuse. Des assassinats sont conduits tous les jours, sur les routes. Les groupes armés mettent en place des check-points volants et abattent de façon systématique les personnes qui n’appartiennent pas à leur secte. Ainsi, il vaut mieux éviter de traverser des zones qui sont contrôlées par des groupes de secte ou confession différentes de la votre. Des assassinats de professions précises sont aussi effectués par les groupes armés dans la vue de réduire le niveau culturel de la population. Les médecins, les professeurs, et autres sont ainsi victimes de crimes
- Détention inopinée : les américains et forces irakiennes, à la suite d’incidents sécuritaires majeurs, débarquent souvent sur la scène du crime et effectuent des rafles générales. Vous pouvez ainsi vous trouver pris dans la vague et mis à Abu Ghraib quelques mois sans savoir pourquoi, juste pour avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment. Vous n’y pouvez pas grand-chose, espérez que vos proches s’inquiètent de votre bien être et prennent les contacts nécessaires avec les forces armées et les organisations de droits de l’homme pour plaider votre cause.
Voila un petit survol des risques que vous encourez… alors soyez prudents !
18:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.04.2007
Guide de survie à Bagdad
Vous habitez dans le centre de Bagdad, et tous les jours vous vous rendez à votre travail, en voiture. Vous avez de la chance, votre travail se situe dans le même secteur que là où vous habitez, même si la distance est moins de 4 kilomètres, il vous faudra environ 45 minutes pour arriver (le trafic et les check points.)
Il faut tout d’abord soigner votre image et votre profil, pour votre sécurité personnelle :
- vous habitez dans le secteur, vous êtes plus ou moins donc accepté dans votre zone de résidence et de travail, et vous en connaissez tous les recoins et les dynamiques de sécurité, ca tombe bien. Evidemment, vous faites partie de la confession présente en majorité dans cette zone, ce qui est essentiel.
- Il faut vous assurez d’avoir de bonnes relations avec tout le monde, voisins et commerçants, car un petit incident ou un malentendu peut avoir de graves conséquences
- En sortant de chez vous, assure vous de vous habillez de façon discrète, pas question de sortir du lot, ou de porter des accessoires qui pourraient vous identifier à un étranger (genre lunettes de soleil)
Il faut ensuite bien penser à la façon d’effectuer votre trajet :
- hors de question de sortir et rentrer tous les jours à la maison à la même heure, ne pas avoir des habitudes identifiables qui permettent aux groupes armés de planifier leurs attaques
- pas question d’emprunter le même trajet tous les jours, il faut savoir varier
- écouter les informations à la radio avant de sortir de la maison, afin de s’assurer que la voie est libre et qu’aucun incident n’a eu lieu. C’est encore mieux si vous pouvez passer un coup de fil à quelqu’un qui est déjà sur place sur le lieu de travail, qui peut vous commentez la situation autour de cette zone.
- C’est mieux de ne pas emprunter les routes régulièrement utilisées par les convois de l’armée et où il y a des embouteillages. Il faut préférer les petites rues et toujours savoir dévier de son chemin si un incident arrive.
- Sur le chemin, il y a divers check points. Pour les check points de l’armée américaine, il faut présenter des papiers officiels, genre votre carte de médecin votre carte d’ONG pour passer plus facilement. Aux check points des groupes armés, il ne faut présenter que sa carte d’identité. Seul hic, comment reconnaître le groupe armé qui tient le check point ? il peut être de votre confession ou non, et ils peuvent vous mettre une balle dans la tempe, ou non. Il faut savoir se fier à son instinct.
Demain nous verrons comment minimiser les risques qui peuvent se présenter sur la route, genre kidnapping, attaque armée, une voiture qui explose, etc, etc.
14:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.04.2007
Création de revenus et développement de la paix
Les IDPs (internally displaced person) sont des personnes qui quittent leur lieu de résidence pour échapper à tout type de menace (menace armée lors d'opérations militaires, menace naturelle lors de tremblements de terres, de tempêtes etc,etc).
En Irak, le nombre de déplacés va bientôt atteindre le seuil des 2 millions sur une population totale d'environ 22 millions. Ce nombre est largement sous estimé car de nombreuses personnes ont quitté leur domicile sans toutefois se déclarer comme IDP, ils ont simplement changé de quartier de résidence en louant un autre appartement ou en se réfugiant chez des proches. A mon avis, on peut donc facilement multiplier ce nombre total d'IDPs par trois.
Les IDPs les plus pauvres, quittant leur résidence principale, n'ont plus d'endroits particuliers où se loger. Ils s'installent donc là où ils peuvent, dans des bâtiments vides, démolis, des clairières où ils se construisent des abris, des écoles, des mosquées, des anciens camps de l'armée etc.
Dans le centre ville de Bagdad, il existe donc des lieux où résident les IDPs qui squattent des vieux bâtiments ou des vieilles maisons et ayant perdu leur travail, ils vivent dans des conditions misérables.
Le hic, c'est que les quartiers voisins des IDPs, voient cette nouvelle communauté arriver d'un oeil effrayé. De confessions souvent différentes et d'habitudes différentes, des conflits se créent, ce qui ne facilite pas l'intégration des IDPs dans leur nouvel environnement.
C'est ainsi le but de mon nouveau projet qui a débuté la semaine dernière. Faciliter l'intégration de communautés d'IDPs dans leur milieu actuel et faire en sorte de gérer les conflits entre les communautés accueillantes et les IDPs en les conduisant sur le chemin de la compréhension et la coopération en leur fournissant des opportunités de travail et de génération de revenus.
Une première phase de recherche va nous permettre de mieux comprendre les dynamiques de ces relations entre communautés, une deuxième phase va mettre en contact les leaders de chaque communauté tout en les équipant d'outils de gestion de conflits, et une troisième phase va mettre en place des programmes de génération de revenus, une première idée étant de construire des ruches à abeilles.
Bientôt à vendre, du miel de Bagdad!
14:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.04.2007
Joyeuses Pâques
La tradition et la curiosité aidant, j'ai fêté Pâques avec Dina et sa maman. Samedi soir, c'est l'heure de la messe à l'église du coin... en arabe. Tout le monde s'est mis sur son 31: les drapeaux sont de sortis, et les prêtres, enfants de choeur, moines et fidèles défilent la tête haute dans l'église.
Messe un peu longue (2h) surtout quand tout est en arabe (ou en Latin mais pareil, moi pas comprendre beaucoup). Chants et prières, il n'y a pas un air que je connais. A noter, une jeune chanteuse qui nous effectue des vocalises pendant la communion qui a une voix magnifique. La clôture de l'office religieux s'effectue de la même façon, défilé autour de l'église et, chose qui jamais vue jusqu'à présent: les fidèles se présentent en file indienne pour embrasser la photo de Jésus.
Retour à la maison pour un diner auquel la viande est enfin présente après 40 jours de diète!
Mais le plus intéressant reste le lendemain, le déjeuner du dimanche. La maman de Dina est en cuisine depuis 6h du matin! Même si nous ne sommes que 3, la tradition est là, la table doit être couverte de plats! Au menu: lasagnes faites maison, plat de riz byriani couverte de poulet au curry, un autre plat de poulet au curry, un plat de poulet cuit à la chinoise avec nouilles. Vous pouvez facilement imaginer que les plats repartent presque aussi pleins que lorsqu'ils sont arrivés à table, sauf que maintenant, la moitié est présente dans mon congélateur :)
17:01 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.04.2007
En attendant la chute de Bagdad
Nous en venons à se raconter à chaque où l'on se trouve à la veille des deux guerres du golfe. En 1991, Hassan est encore jeune. Il se souvient d'ouvrir la télé et de recevoir la bonne nouvelle du matin: aujourd'hui, l'Irak a 18 principautés + 1: le Koweït!
2003 est une étape beaucoup plus mouvementée. A la veille de l'ultimatum lancé par papa Bush, Hassan a mis sa famille à l'abri dans la principauté d’Anbar à l’Ouest de Bagdad. Il reste à Bagdad avec son père et continue à se rendre à la clinique où il travaille de façon journalière. Le soir, il participe à des rotations dans une école primaire voisine, où les jeunes irakiens sont engagés pour être boucliers humains, sous les ordres du gouvernement. Hassan a croisé d’autres boucliers humains sans le savoir : il se souvient avoir vu quatre jeunes américains venant de l’Arizona marchant tranquillement dans une rue de la capitale, il s’est alors arrêté pour leur parler et prendre une photo avec eux.
Il garde un souvenir ému des premiers bombardements sur Bagdad. De jour, de service dans la clinique, il est assis sur une chaise avec son meilleur ami et se tiennent fort les bras pour se donner du courage alors que les bombes tombent autour d’eux. Les combats soulèvent le sable et la poussière, l’atmosphère est orange et irrespirable, comme lors des tempêtes de sable. Les chaises sur lesquelles les deux compères sont assis se déplacent malgré eux à cause des explosions. Cet ami là a depuis été tué par un groupe armé dans Bagdad.
Alors que les Américains sont aux portes de Bagdad, il décide de rejoindre sa famille hors de Bagdad. Il a rendez vous l’après midi même avec son père dans la maison familiale afin de quitter Bagdad. Mais Hassan attend sa tante qui travaille dans le même hôpital que lui et tous les deux arrivent en retard au rendez vous fixé. Le père est déjà parti, il était trop tard. L’oncle, la tante et Hassan prennent donc la voiture pour se mettre en route de leur côté. Mais peine perdue, la route est bloquée par les tanks américains. Les chemins de détours ne sont déjà plus accessibles car les américains sont entrain d’encercler la ville. Retour à la case départ bien difficile, chaque croisement de rues a été bombardé avec des bombes à fragmentations, rendant la circulation extrêmement dangereuse. La nuit est difficile. Les bombardements n’offrent aucun répit.
Ce que Hassan ne sait pas, c’est que sa famille entière va croire durant les 2 prochains jours que lui, son oncle et sa tante sont sûrement décédés sur la route en essayant de fuir Bagdad. En effet, depuis le début de la guerre, toutes les communications ont été coupées puisque les antennes et autres centres ont été bombardés par les américains.
Après une nuit cauchemardesque, notre petit groupe décide de ne pas passer une seconde nuit similaire. Au péril de leur vie, ils décident de rejoindre le reste de la famille hors de Bagdad. Hassan ayant déjeuné avec moi aujourd’hui, vous devinez le reste de l’histoire.
23:41 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









